Jean-Philippe Dion conjugue contenu, émotion et large auditoire

L’animateur veut du fond, mais qui titille beaucoup le cœur, et idéalement le cœur de beaucoup de monde.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir L’animateur veut du fond, mais qui titille beaucoup le cœur, et idéalement le cœur de beaucoup de monde.

Avec sa populaire émission La vraie nature, la suite logique de ses longues entrevues à Accès illimité, l’animateur chéri de TVA Jean-Philippe Dion jongle habilement sur la fine ligne entre le contenu et l’émotion. Et il ne s’en cache pas, ce qu’il vise c’est le grand public, qu’il ne faut surtout pas mépriser, estime-t-il.

Il a la gueule de l’emploi, Jean-Philippe Dion, mais aussi la tête et les épaules qui viennent avec. Issu du monde de la création mais intéressé par les histoires des gens connus, l’homme de 34 ans perce l’écran avec son sourire généreux, son regard curieux et son air de bon petit gars. Il le dit lui-même, pour beaucoup de téléspectatrices croisées dans la rue, « je suis comme le fils qu’elles aimeraient avoir » !

Remarqué à l’écran avec les quotidiennes de Star académie en 2012, Dion a multiplié les projets où il pouvait poser des questions à des invités populaires du milieu culturel. Après avoir franchi les échelons chez Production J avec Julie Snyder — devenue un modèle pour lui —, il a passé une année à Salut, bonjour, puis a travaillé sur beaucoup d’émissions du type « en coulisses », notamment avec Céline Dion et Marie-Mai.

Son premier tremplin majeur aura été Accès illimité, émission qu’il a animée pendant six saisons avec Anouk Meunier. Et quelque chose s’est cristallisé plus récemment dans sa carrière avec La vraie nature, qui a attiré en moyenne cet hiver à TVA plus d’un million d’auditeurs. Conséquence, peut-être : on lui a proposé de coanimer le Gala Artis le 13 mai avec Maripier Morin.

« Et je produis les projets que j’anime », souligne celui qui, comme vice-président contenu et stratégie aux Productions Déferlantes, a récemment travaillé sur le documentaire Bye sur la santé mentale, avec Alexandre Taillefer.

« C’est toujours le contenu qui m’a fait triper », souligne d’entrée de jeu Jean-Philippe Dion, attrapé après l’émission de radio qu’il coanime avec Mitsou à Rythme FM. « J’ai commencé comme recherchiste, puis comme aide-réalisateur au contenu, ç’a toujours été là. Ma force aujourd’hui comme animateur, c’est que je crée, je génère un contenu. Je ne suis pas quelqu’un qui va recevoir des textes et à qui on dit : “Anime ça, amuse-toi.” Je ne suis pas heureux avec ça. J’ai besoin de sentir qu’on a du matériel fouillé, approfondi, intéressant et ludique aussi. »

Et c’est là que la jonglerie commence. Dion veut du fond, mais qui titille beaucoup le coeur, et idéalement le coeur de beaucoup de monde. « L’émotion, c’est ce que j’aime travailler », lance-t-il. Et il n’aime pas les demi-teintes en la matière.

« Je fais beaucoup de réunions, pour le Gala Artis et d’autres projets, et j’entends souvent : “Mais qu’est-ce que les gens vont penser ?” Ben là, à un moment donné, il faut foncer. On est tellement dans une société où on a peur de tout, on met des gants blancs, des genouillères, pis des coudes, des casques… Il n’y a plus de saveur dans ce qu’on fait. Et moi, je veux que ça goûte quelque chose ! »

Je ne suis pas quelqu’un qui va recevoir des textes et à qui on dit : “ Anime ça, amuse-toi. ” Je ne suis pas heureux avec ça. J’ai besoin de sentir qu’on a du matériel fouillé, approfondi, intéressant et ludique aussi.

 

Jean-Philippe Dion veut rejoindre le plus grand nombre, il a ça en lui. Mais il refuse de « prendre les gens pour des cons ». À preuve, dit-il, il faut prendre du recul par rapport au concept de La vraie nature — diffusée après la pétarade de La voix —, où trois invités passent 24 heures… à parler dans un chalet.

« Ce format-là vient de France 2, donc pas du tout l’équivalent québécois de TVA. On est plus proches de Radio-Canada. Mais ça prouve que les gens sont capables d’en prendre, croit Dion. Après, mon travail avec l’équipe de réalisation, c’est d’avoir des courbes dramatiques, des fluctuations, des changements de ton, d’émotions, des façons différentes d’amener de l’information, pour que ce soit digeste pour le téléspectateur. »

Il souligne par la bande que certaines émissions plus nichées décortiquent tellement qu’elles ont tendance à présenter « des gens qui s’écoutent parler ». Ce sont souvent des gens brillants, « mais ils ne se mettent pas au service du sujet », dit Dion, qui estime qu’on oublie trop souvent de se mettre à la place du téléspectateur visé.

Poser des questions

Depuis quelque temps, Jean-Philippe Dion se définit davantage comme un intervieweur. Vrai qu’au fil de ses émissions, il multiplie les questions, épluche feuille par feuille les protections de ses invités. Celui qui cite en modèle le travail à l’époque de Claire Lamarche et de Claude Charron s’avoue très curieux, mais on l’a déjà dit bienveillant, qualité qu’il chérit.

« Je vais être incertain par rapport à mes capacités de générer, d’accomplir quelque chose, mais dans la vie, je n’ai pas vraiment peur de ce que les gens vont penser de moi, raconte-t-il. Ça m’aide beaucoup. Après ça, si l’invité ne veut pas répondre, il n’y a pas de problèmes, mais je me dis : pourquoi se mettre des tabous ? La société nous en impose tellement, arrêtons de nous en rajouter. »

Et même si son copain est comédien, Dion dit ne pas frayer dans le milieu artistique et n’affectionne pas particulièrement les tapis rouges et les 5 à 7 de gens de l’industrie. Ce qui lui donne des coudées plus franches.

« Et l’affaire aussi qui change mon rapport en entrevue, c’est que je ne suis pas groupie dans la vie. J’ai un immense respect pour l’artiste, je comprends à quel point c’est dur, mais le côté groupie, je ne l’ai pas pantoute. »

On lui a souvent demandé à la télé de montrer des photos de lui avec Céline Dion, « mais jusqu’à tout récemment, je n’en avais même pas, de photos avec elle. C’est une espèce de distance ».

Quand on jongle sur une fine ligne, c’est là un bon filet de sécurité.


Faire « oeuvre utile »

L’animateur et producteur Jean-Philippe Dion croit qu’il est en ce moment dans sa période d’émancipation. « Je sens qu’à 34 ans, j’ai le plein contrôle sur ce que j’ai envie de faire, je sais où j’ai envie de m’en aller. Tout est possible et c’est l’fun. » Après le documentaire Bye sur la santé mentale, il a envie de travailler à nouveau sur le sujet, mais d’un autre point de vue. Il table aussi en ce moment sur un projet sur les personnes âgées. Bref, il souhaite diffuser une prose de parole, susciter la réflexion. « Jamais je n’écrirais un livre de psycho pop, jamais je ne ferais une émission sur comment vous aider avec vos problèmes, c’est pas ça. Mais tant mieux si ça peut faire “oeuvre utile”. »