La première saison de la série politique «Baron noir» arrive sur nos écrans

L’histoire raconte la lutte vengeresse du député-maire de Dunkerque Philippe Rickwaert (Kad Merad).
Photo: Canal + L’histoire raconte la lutte vengeresse du député-maire de Dunkerque Philippe Rickwaert (Kad Merad).

Il suffit de quelques minutes de visionnement de Baron noir pour y être accro, comme si on venait de recevoir sa première dose de Fentanyl. Le drame politique dynamique est porté par une écriture complexe, un jeu dynamique, une réalisation nerveuse.

L’histoire captivante raconte la lutte vengeresse entre deux pires amis, le député-maire de Dunkerque Philippe Rickwaert (irréprochable Kad Merad) et le candidat à la présidence de la République Francis Laugier (Niels Arestrup). Le champ de bataille socialiste où tous les coups semblent permis mène des usines en crise du nord paumé jusqu’au plus haut sommet empesé des ministères parisiens.

Bref, c’est un must, comme on disait autrefois par là-bas.

Il suffit aussi de quelques scènes pour regretter encore une fois l’absence déplorable d’au moins une, rien qu’une production semblable ici même. Oui bon, Paris paraît fournir à peu près autant de magouilles et de bassesses que Washington. Quand même, on ne peut pas dire que le jeu politique national manque d’affaires louches et de personnages intrigants. À lui seul, le rapport de la commissaire Charbonneau fournit plus de canevas de scénarios qu’une collection de numéros de TV Hebdo.

Bref, SVP, on en veut, nous aussi, au moins une bonne série politique à la Baron noir.

Bouilles et magouilles

Revenons-y donc. L’action débute juste avant le premier tour d’une élection présidentielle. Le candidat du PS Laugier a bénéficié de comptes trafiqués par son allié de longue date, le député Rickwaert. Étouffer l’affaire va faire monter la pression de plusieurs centaines de bars jusqu’à risquer l’explosion de tout un système, avec les dommages collatéraux qu’on devine.

Photo: Canal + Opposé à Philippe Rickwaert (Kad Merad), le candidat à la présidence de la République Francis Laugier (Niels Arestrup, à gauche).

Des films (Quai d’Orsay, Ides of March…) et des séries (House of Cards, Borgen, Veep, Our Cartoon President ou même Pérusse Cité) concentrent le regard au plus près et au plus haut du pouvoir. L’originalité et, à vrai dire, la force de Baron noir proviennent du décentrement de la perspective. L’action se concentre surtout à Dunkerque et le personnage devient le maire-député, le baron noir.

Ce gars-là fera passer l’ex-maire Vaillancourt de Laval pour un scout vendeur de chocolat. Comme disait l’autre, même le mal se fait bien et le député-maire n’a aucun scrupule : il pige dans les caisses des HLM, vole ou barbouille les affiches de ses adversaires, manipule les syndicats, achète les électeurs, pactise avec ses ennemis et poignarde à mort ses alliés, sans oublier de casser des urnes.

Avec sa bouille de gars bien ordinaire, Kad Merad rend presque le bonhomme acceptable. Seulement, ce prototype du Français bourru, frondeur, mal embouché appartient à un monde foutu. Les usines délocalisent la production et les grèves ouvrières n’y changent rien. Les très vieilles bases socio-idéologiques héritées du XIXe siècle disparaissent. Un des candidats qui se présente contre Rickwaert est communiste.

Mécanique et machinations

Les deux rivaux viennent du camp socialiste, ni plus ni moins croche que les autres. On comprend en visionnant les premiers épisodes de la première saison (il y en a deux) que la rivalité entre l’homme du sommet et celui de la base fournit l’essentiel de l’huile à la mécanique narrative. Une conseillère (Anna Mouglalis) formée dans les grandes écoles de la République, pure gauche caviar, a aussi sa part de responsabilités dans le jeu des machinations.

Le résultat réaliste dépend en bonne partie du travail d’Éric Benzekri, coscénariste avec le réalisateur Jean-Baptiste Delafon. Il avait des atouts précieux pour réussir, dont une connaissance du terrain. Diplômé en études politiques, il a milité au sein du mouvement socialiste et travaillé au cabinet de Jean-Luc Mélenchon au début du siècle. Il connaît donc la machine de l’intérieur.

Il a d’ailleurs confié en entrevue à Télérama avoir voulu parler de son pays avec Baron noir. « C’est une série sur la France, sur les difficultés du pays à gérer sa situation, à parler de lui-même, à savoir où il va. […] Qui sommes-nous ? Où allons-nous ? Qu’est-ce qui fait une nation ? Qu’est-ce qui fait une classe sociale ou un groupe d’intérêt ? C’est ça, la politique. »

On voudrait entendre parler de la même chose ici, avec notre propre baron noir, rouge ou bleu. Dommage qu’on ne le fasse pas.

Trump : un cauchemar américain

Le réseau en ligne Netflix propose depuis quelques semaines un documentaire consacré aux parcours professionnel et personnel de Donald J. Trump, de ses premiers pas comme promoteur immobilier de Brooklyn (dans l’ombre de son père) jusqu’à la présidence américaine. La série Trump : An American Dream, offerte en version anglaise et française, a d’abord été diffusé à Channel 4 en Grande-Bretagne. La production repose sur une impressionnante sélection dans les archives télé liées à des extraits d’entrevues avec des gens qui ont bien connu le magnat politicien, des amis, des journalistes, d’anciens employés. La démonstration pointe vers une conclusion forte qui ne surprendra personne : au fond, le président américain est tel qu’il a toujours été, frondeur, ambitieux, chanceux, imbu de lui-même, obstiné jusqu’à l’entêtement et surtout, surtout, sans aucune morale. Le trumpisme révélé tel qu’en lui-même, c’est du pragmatisme extrême (il n’y a que le résultat qui compte) lié à une conception darwinienne du monde où soit on mange (si possible, en s’empiffrant), soit on est mangé.

Baron noir

Tous les lundis, 20 h à partir du 16 avril, à Canal+ International Netflix, dès maintenant