«L’âge adulte»: Guillaume Lambert et le danger tranquille

Les funérailles de Bastien avec Alex, Amélie, Léonard, Lucille-Maude, Max, Shanel-Magali, Shonda et Tom
Photo: Maude-Soulières Les funérailles de Bastien avec Alex, Amélie, Léonard, Lucille-Maude, Max, Shanel-Magali, Shonda et Tom

Grâce à la popularité de Like-moi !, Guillaume Lambert ne passe plus inaperçu. Dans la rue, les gens le montrent du doigt en riant ou lui crient « Ross-Toupin ! ». Fort de la crédibilité que lui a apportée la série à sketchs de Marc Brunet, ayant récolté des critiques élogieuses pour son premier long métrage, Les scènes fortuites, sorti en janvier, et à quelques jours du lancement de la deuxième saison de la websérie L’âge adulte, on pourrait croire que le polyvalent trentenaire ne doute de rien. Pourtant, celui qui publiait en 2015 Satyrisias : mes années romantiques confie avoir le complexe de l’imposteur.

« Le doute créatif me tient en vie, j’ai besoin de cette petite angoisse que je cultive pour ne pas tenir les choses pour acquises. Mon début de carrière a été assez lent et je suis conscient que la roue tourne et que ça peut arrêter. Je suis assez en paix avec ça. Je suis conscient que je vis des belles années et qu’un projet comme Like-moi ! n’arrive pas vingt fois dans une carrière, que L’âge adulte s’est faite dans des conditions idéales. Je suis dans les premières fois de tout : premier roman, première série, premier long métrage. Il y a une effervescence qui est le fun. »

Quatre ans après s’être mis en scène dans « une réflexion sur l’artiste imbu de lui-même qui se met en danger », Le Guillaume Lambert Show, l’envie de se dépasser, de se réinventer, de repousser les cadres habite toujours l’acteur, auteur, scénariste et réalisateur. « Je suis attiré par une forme de danger tranquille. Je ne suis pas rendu à faire du Lars Von Trier, je ne suis pas non plus dans la douleur de l’artiste, parce que je n’y crois pas tellement, mais je suis beaucoup dans l’expérimentation. »

Joyeux Noël

Ce désir d’expérimenter l’a amené à créer L’âge adulte, série existentialiste centrée sur la fratrie Noël, les jumeaux non identiques Tom (Lambert) et Alex (Mikaël Gouin) et leur cadette Lucille-Maude (Sarah Anne Parent), ainsi que sur leur père Léonard (Richard Fréchette).

« Je voulais affirmer mon ton et ma signature avec L’âge adulte, faire une espèce de kaléidoscope. Dans mon écriture, je m’approche un peu de la bande dessinée, avec des cases fermées, c’est très peu découpé. Je voulais faire huit épisodes comme Toutes des connes, consacrer un épisode à chaque personnage, à partir d’un événement, d’un choc. »

Alors que le changement d’orientation sexuelle d’Alex entraînait une onde de choc au sein de son entourage dans la première saison, cette fois, c’est la mort de Bastien (Marc Beaupré), l’ex de Tom, qui bouleverse le clan Noël et ses proches. Rappelons aussi que le dernier épisode de L’âge adulte marquait l’entrée en scène de l’infirmière Shonda Diallo (Sharon James), demi-soeur d’Alex, Tom et Lucille-Maude.

Dès le premier épisode de la deuxième saison, on fera donc la connaissance de Shantel (Marie-Aimée Cadet), mère de Shonda et amour de jeunesse de Léonard, et de Shanel-Magali (Leïla Donabelle Kaze), fille de Shonda ayant le même âge que sa demi-tante Lucille-Maude. Les relations seront d’ailleurs tendues entre les deux jeunes femmes. Père du petit Rosaire qu’il a eu avec sa meilleure amie Virginie (Geneviève Boivin-Roussy), Tom, qui n’a pas l’instinct paternel, apprendra avec stupeur qu’il hérite de l’enfant à venir de Bastien.

« Je voulais m’amuser avec des personnages qui s’obstinent à faire incessamment ce qu’ils ne veulent pas faire dans la vie, qui font les mauvais choix. En fait, j’essaye de faire un triptyque sur le rapport à l’autre, la 1re saison étant celle d’Alex, la 2e saison, celle de Tom, et la 3e saison, déjà en développement, celle de Lucille-Maude. »

Un nouveau aux commandes

Ayant mis en scène la première saison, François Jaros, réalisateur du court métrage écrit par Guillaume Lambert, Toutes des connes, a dû céder sa place à Guillaume Lonergan (Émilie) afin de réaliser la comédie de Rafaëlle Germain, En tout cas.

« La 2e saison, qui nous amène un an plus tard, est dynamisée par l’arrivée de Guillaume, qui a chaussé les souliers de François avec beaucoup d’aisance. Les personnages, qui ont changé, qui ont vieilli, y apparaissent un peu moins statiques. Guillaume, qui était fan de l’émission, est un réalisateur d’expérience qui est souvent arrivé sur des deuxièmes saisons. Il est donc très habile à décoder une série et à la refaire sans la dénuer de son âme. »

À l’instar de François Jaros, Guillaume Lonergan a dû se plier à un horaire de tournage chargé : « On tourne environ 35 scènes par jour, pour un total de 250 scènes en 14 jours. C’est comme faire un blitz de théâtre. On a prouvé qu’on pouvait faire du cinéma en ligne. Je ne crois pas que L’âge adulte serait très bon à la télé ; les demi-heures seraient trop chargées, on s’essoufflerait. Le Web me permet de proposer une forme plus originale. Si on regarde les huit épisodes de la série en rafale, il y a quelque chose du long métrage. J’aime créer des sacs de chips : quand tu mets la main dedans, il faut que tu le finisses. Je suis content que les gens regardent la série en rafale et j’espère que les gens vont repartir de la 1re saison pour regarder la 2e saison. »

Tout en développant la troisième saison de L’âge adulte, Guillaume Lambert travaille sur son prochain long métrage, dans lequel il aimerait explorer la crise de la cinquantaine, l’insatisfaction et l’humiliation. « J’ai aussi le goût d’avoir du fun et de faire des affaires niaiseuses, des biopics cheaps comme on en a fait sur Britney Spears et Michael Jackson. J’ai déjà joué Denis Bouchard jeune dans la finale d’Annie et ses hommes, alors je voudrais faire son biopic, avec Karine Gonthier-Hyndman en Céline Dion, Ludivine Reding en Julie Masse et Mikaël Gouin en Étienne de Passillé. Pour l’instant, c’est plus une bonne joke autour d’un verre entre amis, mais j’aimerais vraiment ça le faire ! » À venir sur une plateforme numérique ?

L’âge adulte

Tou.tv, dès mercredi