Marie-Andrée Labbé, la passion faite compétence

Ne se définissant pas comme une auteure à suspense, Marie-Andrée Labbé se distingue par son ton et son habileté à créer des atmosphères.
Photo: Catherine Legault Le Devoir Ne se définissant pas comme une auteure à suspense, Marie-Andrée Labbé se distingue par son ton et son habileté à créer des atmosphères.

Lancée au printemps dernier sur la plateforme Véro.tv, la série Trop a tôt fait de séduire la critique et le public avec ses attachantes soeurs, incarnées par Évelyne Brochu et Virginie Fortin, ses répliques inspirées, ses situations tour à tour tendres et loufoques, ainsi que son univers lumineux.

Bien avant que Trop se retrouve l’automne dernier à la télé de Radio-Canada le lundi à 19 h 30, on comparait déjà son auteure, Marie-Andrée Labbé, à celle que l’on surnomme la reine de la télé, Isabelle Langlois (Rumeurs, Mauvais karma, Lâcher prise).

« Si je fais ce métier-là aujourd’hui, j’en dois une partie à Isabelle Langlois, confie Marie-Andrée Labbé. Je ne pourrais pas faire ce que je fais de cette façon-là s’il n’y avait pas eu cette auteure-là au Québec. »

De la télé, Marie-Andrée Labbé en mange depuis sa tendre enfance. Fascinée par les acteurs, elle admet qu’elle a voulu devenir auteure pour se rapprocher d’eux, pour leur écrire des histoires.

« Quand j’étudiais à l’UQAM en télé, je connaissais tout de la télé et ça me faisait capoter de voir que les autres ne la regardaient même pas. Finalement, ce qui avait l’air d’un passe-temps de paresseux était devenu une compétence. Je n’ai pas étudié en scénarisation, mais quand j’ai une demi-heure à faire, je sais comment l’écrire. Je fais donc ce métier grâce à la passion que j’avais quand j’étais toute petite. »

Culte télé

Ayant fourbi sa plume sous le nom de La zappeuse sur le site Dans ma télé, Marie-Andrée Labbé a appris son métier en collaborant à diverses émissions, telles Les Parent, Les enfants de la télé et Le gala Québec Cinéma.

« Au départ, je ne l’ai pas dit tellement fort que j’allais faire de la télé. Ce n’était même pas une question de gêne, quand tu veux être un artiste, tu ne sais pas comment tu vas y arriver. Je faisais mon petit chemin jusqu’au moment où les gens autour de moi ont compris que c’est ce que j’allais faire. »

De son propre aveu, Marie-Andrée Labbé n’a pas de message à faire passer. Ne se définissant pas comme une auteure à suspense, elle se distingue par son ton et son habileté à créer des atmosphères. Moins de deux jours après avoir été contactée par Sphère Média, l’auteure proposait une comédie dramatique dans cet esprit mettant en scène deux soeurs, dont la cadette doit apprendre à vivre avec le trouble bipolaire.

Si au cinéma les scénaristes se sentent laissés pour compte, Marie-Andrée Labbé assure que la suite s’est déroulée dans le plus grand respect. Une fois la série écrite, elle a même assisté aux auditions des réalisateurs. C’est ainsi qu’elle a pu jeter son dévolu sur Louise Archambault (La galère, Nouvelle adresse).

« J’avais joué à la balle-molle avec Louise ; j’aimais beaucoup son humour, on riait beaucoup ensemble. J’avais aussi vu Gabrielle et je savais qu’elle pouvait traiter avec douceur d’un sujet pas facile. À l’audition, elle était celle qui était le plus proche de ce que j’avais comme idée, qui comprenait le mieux ce que je voulais. »

Devant tourner la série Catastrophe, Louise Archambault a partagé la réalisation de Trop avec Chloé Robichaud (Féminin/féminin) : « Quand Chloé est arrivée, on savait qu’elle avait du talent et après une demi-saison de Trop, on sait maintenant qu’elle peut tourner sa propre série. »

Durant le tournage, au cours duquel elles pouvaient la contacter, Marie-Andrée Labbé a senti la volonté des réalisatrices d’être fidèles à son univers : « C’est moi qui suis maîtresse du ton. Des fois, je vois que des gens ont pris des risques sur un texte, sans consulter l’auteur, et ça paraît. Les réalisateurs gagnent à faire un appel à l’auteur puisqu’ils gagnent soit une joke, soit des larmes. »

Ensemble, séparément

Au cours de la deuxième saison de Trop, Isabelle (Évelyne Rompré) et Anaïs (Virginie Fortin) devront envisager le déménagement de la seconde. Alors qu’Isabelle pourrait enfin rencontrer l’amour, au grand dam de son ex Marc-Antoine (Éric Bruneau), Anaïs devra gérer l’absence de son chum Romain (Pierre-Yves Cardinal)… en plus de sa carrière d’artiste. Pour leur part, Manuela (Alice Pascual) et Samir (Mehdi Bousaidan) attendent non sans fébrilité l’arrivée de la cigogne.

« Comme j’aime jouer avec les atmosphères d’un épisode à l’autre, je souhaite qu’on regarde Trop en rafale. J’aime aussi jouer avec les transferts ; dans la première saison, je m’amusais à dire que celle qui a besoin de l’autre n’est pas toujours celle qu’on pense. J’aimais l’idée d’inverser les rôles. Éventuellement, Isabelle et Anaïs ne vivront plus ensemble, mais elles auront encore besoin l’une de l’autre. »

« Le cas d’Anaïs est particulier parce qu’elle vit avec sa maladie, que sa vie fonctionne par cycle », poursuit l’auteure. Il faut donc que je résiste à fonctionner par cycle, sinon ça deviendrait redondant. Mon défi avec Anaïs, c’est que les gens arrêtent de se demander dans quel état elle est. J’essaie de faire en sorte que ce qui lui arrive va au-delà de la maladie mentale. »

C’est moi qui suis maîtresse du ton. Des fois, je vois que des gens ont pris des risques sur un texte, sans consulter l’auteur, et ça paraît. Les réalisateurs gagnent à faire un appel à l’auteur puisqu’ils gagnent soit une joke, soit des larmes.

À quelques jours de la mise en ligne de la deuxième saison, Marie-Andrée Labbé ne semble pas angoissée. « La pression, c’est entre moi et moi. Quand je suis satisfaite de mon texte, que je sais que j’ai voulu me dépasser, explorer autre chose, je suis pas mal blindée aux réactions. J’ai donc procédé de la même façon pour la deuxième saison, sauf que cette fois, j’avais la connaissance de mes acteurs. Le défi, c’est de me faire plaisir. »

Alors qu’une troisième saison est déjà en chantier et qu’elle rêve d’une quatrième saison, Marie-Andrée Labbé n’a plus vraiment le temps de se détendre devant la télé, mais elle se fait un devoir de jeter un coup d’oeil aux séries québécoises afin d’évaluer le registre des acteurs.

« Ma façon de regarder la télé a changé, mais je suis très, très heureuse en ce moment. Je vis un rêve, je sais que je suis à ma place et que je veux faire ça toute ma vie. Si je fais de la télé, c’est peut-être parce que je n’ai aucune ambition de réaliser. Le cinéma, je ne pourrais pas en faire : il faudrait que je me lève à cinq heures et que je dirige du monde. Ce que je veux, ce n’est pas la gloire, c’est passer mes journées en bobettes à écrire ! » conclut Marie-Andrée Labbé.

Trop

Véro.tv (Tou.tv Extra), dès mercredi