«Jessica Jones», saison 2: femme forte (en devenir)

Le personnage central, toujours interprété impeccablement par Krysten Ritter, semble gagner une assurance qui lui faisait parfois défaut dans la première saison.
Photo: Netflix Le personnage central, toujours interprété impeccablement par Krysten Ritter, semble gagner une assurance qui lui faisait parfois défaut dans la première saison.

Le choix de la journée du lancement de la deuxième saison de la série Jessica Jones n’est pas anodin. Lancée le 8 mars, Journée internationale des femmes, la nouvelle fournée de cette série policière « noire » mettant en vedette une ex-superhéroïne reprenant petit à petit le contrôle de son existence laisse dépasser des fils féminins (et féministes) pour la cause, même si elle ne le fait pas toujours subtilement. Il faut admettre que l’écurie Marvel, dont est issu ce personnage membre de la bande des Defenders (d’ailleurs mis en scène dans une autre récente série disponible en ligne), n’est pas toujours un exemple de parité entre les sexes et d’égalité des chances.

Dans ce deuxième effort dont tous les épisodes ont été scénarisés et réalisés par des femmes, les personnages féminins cherchent à trouver leur place et leur voix. Sans se laisser manipuler ou marcher sur les pieds.

Ainsi, ceux qui ont aimé la Jessica Jones de cette série télé estampillée Netflix devraient trouver leur bonheur dans cette deuxième saison, dont Le Devoir a pu voir les premiers épisodes. Élaborée par la scénariste Melissa Rosenberg (Dexter), la série télé est passablement plus sombre que celle dépeinte dans les bandes dessinées de son créateur, Brian Michael Bendis.

Le personnage central, toujours interprété impeccablement par Krysten Ritter, semble gagner une assurance qui lui faisait parfois défaut dans la première saison, occupée qu’elle fût à se débarrasser de son pire ennemi, Kilgore, qui l’a trop longtemps harcelée et manipulée grâce à ses dons de persuasion relavant de l’hypnose. Maintenant que ce terrible enjôleur qui lui a fait commettre des crimes terribles sous son emprise n’est plus de ce monde, Jessica Jones essaie de mener une existence tranquille de détective privée.

Presque un drame psychologique

La neutralisation de son ennemi lui a malheureusement attiré une notoriété non désirée. De même que des clients qui veulent engager une superhéroïne, ce qu’elle n’est plus depuis longtemps, même si elle affiche toujours une force surhumaine, héritée du terrible accident de la route dans lequel elle a perdu tous les membres de sa famille et qui l’a contaminée par des substances radioactives.

Jones sera amenée, grâce aux efforts périlleux de sa meilleure amie et soeur adoptive Trish (Rachel Taylor), à tenter de découvrir ce qui s’est réellement passé durant la période de temps séparant ce fameux accident, et sa reprise de conscience avec des superpouvoirs, période qui a grandement défini ce qu’elle est devenue. Des souvenirs d’enfance douloureux qui remontent à la surface et des rencontres surprenantes l’aideront dans ses recherches au potentiel explosif…

Notre héroïne devra naviguer entre cette enquête très personnelle, ses mandats « rémunérés » pour lesquels elle a maintenant l’aide d’un apprenti, son voisin et ami Malcolm, et d’autres turbulences professionnelles et personnelles que nous vous laissons le loisir de découvrir. Ces soucis du travail et du coeur participeront à la quête d’identité de Jones, un des thèmes récurrents de la série.

L’autre personnage féminin particulièrement intéressant de Jessica Jones, l’avocate aux allures de dame de fer Jeri Hogarth, interprétée avec toute la retenue nécessaire par Carrie-Anne Moss, voit son existence chamboulée par des circonstances hors de son contrôle. Ces bouleversements auront une incidence intéressante sur le cours du récit, dont on se garde, encore une fois, de vous révéler la nature.

Ces deux magnifiques personnages féminins, qui sont entourés d’une galerie de figures moins bien esquissées mais pas inintéressantes pour autant, sont servis par une mise en scène toujours aussi fine que dans le premier effort, dépourvue d’artifices pétaradants qui alimentent souvent les films et séries de superhéros, mais qui sait éblouir quand il le faut. Les dialogues et l’évolution du récit s’accordent à ce rythme posé, patient, qui met en relief leur richesse et leur profondeur.

Au point où on a souvent l’impression d’être devant un drame psychologique plutôt qu’un « produit » de l’usine Marvel. Une grande qualité qui, on l’espère, saura inspirer d’autres créateurs du petit écran à proposer des histoires de superhéros un peu plus humaines…

Jessica Jones

Netflix, dès jeudi