Vent télévisuel de l’Est

Une scène de «Caught»
Photo: CBC Une scène de «Caught»

Ses allures de « télé à papa », avec des fictions comme Murdoch Mysteries et Heartland, donnent à la CBC l’illusion d’une télé qui n’arrive pas à se renouveler. Pourtant, la chaîne publique montre des efforts pour redorer son blason, avec des séries originales de qualité, telles que les récentes Alias Grace et Anne, qui ont d’ailleurs trouvé leur place dans le catalogue international de Netflix.

Les deux nouveautés qui débutent cette semaine, Caught et Little Dog, sont de cette trempe. Elles ont également la particularité d’avoir été créées dans un coin de pays que l’on n’associe pas naturellement à la production télé : Terre-Neuve.Thriller policier pour la première, comédie pour la seconde, les deux séries n’ont pas grand-chose en commun, sinon d’avoir pour personnages principaux des Terre-Neuviens en crise, qui font tout pour se sortir du pétrin, à leur façon.

Piégé, mais par qui ?

La série Caught, une adaptation du roman du même titre de l’auteure terre-neuvienne Lisa Moore, finaliste pour le prix Giller en 2013, nous entraîne à la fin des années 1970, dans le sillage d’un prisonnier originaire de l’île qui vient juste de s’évader d’un pénitencier du Nouveau-Brunswick (originalement en Nouvelle-Écosse dans le roman). Après avoir passé cinq ans derrière les barreaux pour une affaire de drogue qui a mal tourné, David Slaney part à la recherche de son partenaire de crime, qui s’en est beaucoup mieux tiré que lui et est même devenu un caïd respecté.

Le fugitif souhaite renouer avec ce dernier pour tenter une autre transaction illicite qui serait cette fois un succès. Ce que le principal intéressé ne sait pas au début de sa course, c’est que son évasion est connue et même « orchestrée » par certains membres des forces policières…

L’acteur, producteur et maintenant scénariste (il cosigne la série) terre-neuvien Allan Hawco, qui s’est fait connaître dans d’autres séries qui ont été tournées sur son île dans les dernières années (The Republic of Doyle, Frontier), souhaitait tourner une adaptation télévisée du roman de sa compatriote. Le projet était déjà en branle en 2014, mais n’a pu être concrétisé que l’été dernier.

Le premier épisode (le seul mis à la disposition de la presse) laisse entrevoir une production digne de ses cousines américaines à gros budget avec son rythme enlevant de chasse à l’homme, constellé de chansons rock des années 1970.

La distribution s’avère fort efficace, au premier chef, Paul Gross (Passchendaele), parfait en policier au lourd passé, qui tire les ficelles de l’histoire. Même s’il est un peu vieux pour jouer les jeunes premiers, Hawco incarne avec une dégaine convaincante le personnage principal, qui n’a pourtant que 25 ans dans le roman. La principale qualité de ce thriller plutôt classique, c’est qu’il ne semble pas toujours se prendre au sérieux, même s’il nous entraîne dans le dangereux univers du trafic de drogue. C’est sans doute là la petite touche « newfie » qui le distingue des productions du genre…

Petit chien, gros chagrin

Photo: CBC Une scène de «Little Dog»

La comédie dramatique Little Dog s’avère un peu plus originale et audacieuse que Caught, et même passablement plus réussie. Le « Little Dog » du titre, c’est le surnom de Tommy Ross, un boxeur professionnel déchu depuis cinq ans, après qu’il eut laissé tomber les gants en plein milieu d’un combat de championnat contre un adversaire qui lui avait ravi sa fiancée, alors que son entraîneur de père était absent pour cause d’emprisonnement récent…

Les hasards de sa vie d’un pathétisme intégral font qu’une vidéo le montrant en train de se battre à la sortie d’un bar le ramène dans l’actualité médiatique de Saint John’s. C’est assez pour convaincre le pauvre hère, qui erre de petit boulot en petit boulot, évincé de sa roulotte et contraint de retourner vivre chez sa mère, de reprendre sa vie en main. C’est ainsi qu’il accepte le défi de son ancien adversaire de remonter sur le ring pour l’affronter.

Les obstacles sont nombreux dans sa marche vers la rédemption. Sa famille, dysfonctionnelle mais tricotée serrée, ne semble pas vouloir revivre l’humiliation de jadis. La vue de son ex-fiancée ne l’aide pas à se sortir de son éternel spleen. Et la remise en forme n’est pas des plus faciles.

L’artiste multidisplinaire terre-neuvien Joel Thomas Hynes, créateur et producteur de la série, incarne avec une touchante mélancolie ce personnage aux traits comiques, toujours sur la mince ligne de la caricature. C’est également le propre de la plupart des personnages de cette comédie aux accents tragiques, souvent très drôle : la mère chanteuse ratée, la soeur motivatrice professionnelle ambitieuse à l’excès, le frère aîné grand flanc mou restent crédibles malgré leurs tares impossibles. Little Dog offre son lot de franche rigolade tout en arrivant à émouvoir, avec un petit fond d’air salin qui fait du bien. À voir.

Caught / Little Dog

CBC, lundi, 21 h / CBC, jeudi, 21 h