Un «Bye Bye 2017» mordant

Marc Labrèche a livré l’une de ses plus désopilantes prestations en Céline Dion. Le «Bye Bye» a rejoint 3 017 000 téléspectateurs en direct.
Photo: Radio-Canada Marc Labrèche a livré l’une de ses plus désopilantes prestations en Céline Dion. Le «Bye Bye» a rejoint 3 017 000 téléspectateurs en direct.

En 2016, l’équipe du Bye Bye, sous la direction de Simon-Olivier Fecteau, avait mis la barre très haut pour son éventuel retour en 2017, année où, plus que jamais, on avait drôlement, voire désespérément, besoin de rigoler un bon coup pour défoncer l’année.

Pour mémoire, en 2016, on avait laissé tomber les effets spéciaux et les numéros à grand déploiement pour revenir à l’essentiel : se moquer de ceux qui ont fait l’événement en s’appuyant sur des textes solides et sur une distribution cinq étoiles. Dès les premiers instants du Bye Bye 2017, force a été de constater que Fecteau et compagnie ont eu le flair de miser sur les mêmes forces. Après tout, quand une recette fonctionne, pourquoi la changer ?

(Re)voir le Bye Bye 2017, ou pas? Voyez la réponse de notre critique Manon Dumais, tout en découvrant la revue Tourlou 2017 des Appendices.

 

Pour 2017, année « chaotique, pas facile à suivre et nécessaire », a-t-on dit peu avant le décompte, on avait promis un Bye Bye plus frontal, plus mordant, où on n’allait pas mettre de gants blancs pour s’attaquer aux sujets délicats. Eh bien, promesse tenue ! Et pas qu’à peu près ! Première victime : Mélanie Joly. Renommée Mélanie Djoly (Marc Labrèche), la ministre du Patrimoine canadien devient la vedette d’une série sur « Mietflix », La spécialiste, où Justin Trudeau (Patrice L’Écuyer), qui passera au tordeur dans un numéro sur sa performance à l’ONU, l’envoie dans les pattes des journalistes pour leur servir des discours à leur faire exploser la cervelle.

Les têtes roulent

Plus encore que le sketch sur le dossier Netflix, le public attendait impatiemment le traitement qu’André Ducharme (chef scénariste), Maxime Caron, Simon-Olivier Fecteau, Rafaëlle Germain et Guillaume Lambert allaient réserver au roitelet déchu de V et à l’ex-grand manitou de Juste pour rire. Tous deux, incarnés par le toujours inspiré Marc Labrèche, avaient déjà été jetés aux ordures à Info, sexe et mensonges la semaine où les scandales avaient éclaté.

Si Éric Salvail a eu droit à un condensé quasi burlesque, incluant un plan tourné en « pénis-cam », de ses inconduites sexuelles, Gilbert Rozon a goûté à la plume acide des auteurs dans un clin d’oeil au film d’horreur de l’année, It (Ça). « Tu n’es qu’un clown dans un égout, tu n’as plus rien », lui lance une femme (Anne Dorval) ayant laissé échapper ses clés dans le caniveau. Kellyanne Conway, conseillère de Trump, avait subi le même sort il y a quelques semaines à Saturday Night Live. Quant à Jean-Claude « Giovanni » Appolo (Anne Dorval), il tente de faire passer du « baloney » pour du steak d’autruche. On n’est pas si loin de la vérité.

D’autres têtes sont tombées pendant ce Bye Bye au rythme soutenu orchestré par Simon-Olivier Fecteau et son complice François St-Amant. Dans l’un des meilleurs flashs de la revue de fin d’année, Gaétan Barrette (Patrice L’Écuyer), Manon Massé (Véronique Claveau) et Michaëlle Jean (Frédéric Pierre) sont devenus les sujets de publicités Bell cause pour la cause, respectivement pour cause de schizophrénie, de délire psychotique et de mégalomanie. Aussi bref que rentre-dedans !

Philippe Couillard (Patrice L’Écuyer, remarquable) est apparu en homme méprisant dans une parodie des épiceries Maxi. À l’instar d’Olivier Morin dans PaparaGilles, Marc Labrèche a livré l’une de ses plus désopilantes prestations en Céline Dion fashionista et vendeuse de sacoches qui aime les patates. La parodie a même été remarquée par Paris Match. La diva de Charlemagne étant une caricature d’elle-même, le trait paraissait à peine grossi.

Distribution d’enfer

Si ce Bye Bye n’a pas provoqué l’hilarité à tout coup, il faut saluer ce moment d’anthologie, « Passe-Partrump », qui a ravi la génération Passe-Partout, où l’on tirait à boulets rouges sur Donald Trump (Marc Labrèche) et Kim Jong-un (Anne Dorval, dans l’une de ses plus étonnantes performances), insupportables enfants terribles, où Grand-Papa Bi est devenu Grand-Papa Trans et où Doualé est contrainte de retourner dans son pays faute de papiers. Un sketch fourmillant de sujets chauds où les auteurs s’en sont donné à coeur joie en transformant les chansons de Passe-Partout en comptines assassines.

Qui dit Bye Bye dit émissions télé, et l’année 2017 n’y a pas échappé. Ont ainsi défilé des parodies réussies d’Occupation double, avec l’infatigable Véronique Claveau incarnant une Joanie sur le 220, de Génial, de District 31 (merci aux Coulisses du Bye Bye qui nous ont permis de découvrir que Jean-Sébastien Girard se cachait sous le maquillage de Michel « Bruno » Charrette !), de TVA Nouvelles, avec Pierre Brassard campant un Pierre Bruneau forçant l’admiration, et les gags sur l’UPAC, l’immigration, la Formule E, Valérie Plante (Anne Dorval), l’entrevue controversée de Louis-Philippe Ouimet (Simon-Olivier Fecteau) avec Gilbert Sicotte (Pierre Brassard) et la fausse nouvelle de la mosquée.

La bande de Simon-Olivier Fecteau s’est aussi moquée (gentiment) du Bye Bye en y allant de sa version du ver d’oreille de l’année, Despacito, où l’on a eu droit à l’apparition d’Adib Alkhalidey. Autre apparition remarquée que celle de Laurent Paquin en Denis Coderre, qui s’est fait dire « bye bye » par les Montréalais, peu avant le décompte.

Si les acteurs se sont surpassés dans leurs imitations, l’équipe du CCM (costume, coiffure, maquillage) mérite certainement quelques Gémeaux pour son travail impeccable. En somme, peu ont été épargnés cette année, pas même les Canadiens de Montréal, ni la Meute (menée par l’humoriste Jonathan Roberge), ni les dirigeants de Bombardier. Et c’est tant mieux ! On aime les Bye Bye qui frappent là où ça fait mal. Et dans le genre, la redoutable bande à Fecteau ne donne pas sa place.

Bye Bye 2017

Sur tou.tv

2 commentaires
  • Claude Poulin - Abonné 3 janvier 2018 14 h 43

    Inculture, paresse et trop d'argent

    . Voici quelques critique qui méritaient d'être soulignées. D’abord le fait de la surabondance de la publicité par ailleurs mieux traitée que le contenu des sujets proposés. À propos de ces sujets choisis, sauf exceptions, ils se limitaient à l’attention d’un seul auditoire. Celui du petit monde limité à l’attention de nos chaînes télé locales. Comme si, nous les exclus (qui vivons sur une autre planète médiatique) qui payons des taxes pour financer RC, ne méritions pas de bénéficier du même plaisir (en nous offrant d’autres fronts). Soulignons aussi le fait que pour l’ensemble de scénarios, aucune perspective large sur le monde (sauf Trump et Céline), n’a été retenue. Un choix qui dénote l’ignorance des auteurs et des réalisateurs de ce spectacle. À propos du traitement de ces sujets choisis, malgré la qualité de la réalisation technique (décors, costumes et maquillages) et celle du talent des acteurs trices , on s'en est tenu péniblement qu’au premier degré (le niveau des faits, des personnes et des paroles) sans pouvoir explorer celui du deuxième degré qui relève de l’intelligence fine. Ce degré qui donne la véritable jouissance : celle de l’esprit. Bref, ce sens de famille qui marqué les commentaires généreux que l'on sait, est assez typique de ce manque de distance, de cette peur de déplaire nous représente bien. Ce qui manquait à votre émission, c’est ce sens critique véritable qui permet de faire progresser le travail de ces gens plein de talent à qui ont rend la vie facile. L'humour au Québec est un domaine l'art en péril et ce Bye Bye en est la preuve: faute d'inculture, de paresse et de ce trop d'argent qui contribue à l’appauvrir.

  • Sylvio Le Blanc - Abonné 4 janvier 2018 13 h 46

    Les Bye Bye et la télé


    «Il y avait de bons sketchs dans le Bye Bye 2016 mais, comme pour les autres avant lui, il tournait trop souvent autour de la télévision, comme si le monde devait narcissiquement se ramener au petit écran. J’y vois même de la concurrence déloyale. En effet, pourquoi Radio-Canada profite-t-elle de ce célèbre et attendu bien-cuit annuel pour descendre des émissions de chaînes concurrentes ou s’en prendre avec véhémence à des ennemis séculaires (comme Pierre Karl Péladeau)? Bien entendu, quand la chaîne publique s’arrête sur ses propres productions, le regard est, somme toute, sympathique.

    Les Bye Bye coûtent cher aux Canadiens et devraient d’abord servir à passer en revue les événements marquants de la dernière année. Tout ce qui se rapporte à la télévision devrait se justifier (que vient faire France Beaudoin dans une revue de l’année?). Je recommande aux futurs scénaristes de revoir les classiques, et pas seulement ceux d’ici, mais aussi ceux d’ailleurs.»

    (Lettre de Sylvio Le Blanc parue dans «Le Soleil», Opinions, Carrefour des lecteurs, le mercredi 4 janvier 2017, p. 22.)