«Cardinal», saison 2 — La saison des mouches noires

Quand l’inconnue amnésique — une belle rousse qui sera surnommée Red — est retrouvée, elle a le visage ravagé par des piqûres.
Photo: Super Écran Quand l’inconnue amnésique — une belle rousse qui sera surnommée Red — est retrouvée, elle a le visage ravagé par des piqûres.

Les revoilà ! Après le succès de la première saison en 2017, le détective John Cardinal (Billy Campbell) et la recrue aux enquêtes Lise Delorme (Karine Vanasse) font à nouveau équipe pour dénouer une intrigue meurtrière dans la ville inventée d’Algonquin Bay. Encore du Nordic noir à la canadienne, et c’est franchement très bon.

Cette fois, l’intrigue oscille autour d’une jeune femme retrouvée une balle dans la tête. L’inconnue a miraculeusement survécu, mais ne se souvient plus de rien, ni de son nom ni de la raison de sa présence dans les bois du nord de l’Ontario.

Il n’y a pas de grand divulgâchage dans cette information. L’intérêt de l’histoire réside dans l’enquête pour découvrir qui est cette inconnue et qui lui voulait du mal. La méthode de la série policière, c’est généralement le chemin parcouru.

Le nouveau travail sera bouclé en six épisodes, comme à la première saison de Cardinal. L’intrigue s’inspire encore de l’excellente matière des romans noirs du Canadien Giles Blunt. Le magazine Walrus a décrit Forty Words for Sorrow (Quarante mots pour la neige) — premier tome de la saga Cardinal, qui a donné la première adaptation pour la télé — comme le « meilleur thriller canadien jamais écrit ».

La deuxième adaptation puise dans le roman Black Fly Season, traduit en France chez Pocket sous le titre Surgie de nulle part au lieu de « La saison des mouches noires », probablement insensé là-bas, mais tellement plus parlant ici.

L’espace et le temps

Photo: Super Écran La recrue aux enquêtes Lise Delorme est interprétée par Karine Vanasse.

Revenons aux mouches. Les infernales sanguinaires se retrouvent au centre de la mécanique narrative. Quand l’inconnue amnésique — une belle rousse qui sera surnommée Red — est retrouvée, elle a le visage ravagé par leurs piqûres. Dans le livre et dans le premier épisode visionné, les insectes fournissent aussi d’autres indices au fur et à mesure du développement.

Surtout, les cruels diptères rappellent que c’est maintenant l’été à Algonquin Bay, comme la première histoire enneigée se déroulait en plein hiver. Dans les romans de Giles Blunt, les saisons jouent presque le rôle d’un personnage central. Quand tu liras ces mots, qui servira en partie d’inspiration pour la troisième saison de Cardinal, se déroule à l’automne.

Le basculement à l’écran assume aussi très bien cet encrage saisonnier, mouches comprises. Autant la première saison semblait saturée de blancs, avec d’évidentes inspirations tirées d’Edward Burtynsky ou Jean-Paul Lemieux, autant la nouvelle regorge d’eau, de verdure et de bibittes, avec cette fois des réminiscences de Tom Thomson. Le contraste devient encore plus évident dans les prises de vues aériennes, un des rouages les plus captivants de cette belle mécanique esthétique toujours menée par l’irréprochable Daniel Grou (Podz).

Il faut bien le redire : ça fait vraiment beaucoup de bien de suivre une histoire campée en région, loin des centres-villes de Montréal ou Toronto, dans ce pays continent. Faits divers, série présentée cet automne sur ICI RC Télé, installée dans les Laurentides, produisait automatiquement le même bel effet de surprise et de contentement.

Par contre, la traduction de cette nouvelle aventure, encore en « Mid-Atlantic French », s’avère aussi étonnante (et agaçante) qu’au premier versement. En ce pays-ci, personne, et surtout pas les policiers et les gars de base, ne parle de cette manière lisse, propre, disons radiocanadienne pour faire court. C’est quand même bête de tourner une série canadienne jusqu’au cliché dans ses lieux et ses personnages, mais de ne pas faire parler tout ce beau monde à la canadienne.

Le goût des autres

Photo: Super Écran Le détective John Cardinal (Billy Campbell) semble d’autant plus décidé à aider la jeune victime d’une tentative d’assassinat qu’elle lui rappelle la fin tragique de la première saison, avec sa fille.

Passons. On ne s’ennuie pas et il y a de quoi s’inquiéter d’Algonquin Bay, alter ego inventé de North Bay. Six mois auparavant, Cardinal et Delorme traquaient un couple maléfique de tueurs en série. En cet été des mouches noires, le duo lancé sur les traces d’une amnésique va finir par croiser des motards, des revendeurs de drogue et, finalement, un vilain gourou cubain.

Le thriller fait frémir, évidemment, c’est même là sa principale raison d’être. Ce suspense entretient une forte tension, et les développements narratifs finissent toujours en crescendo, sur des « cliffhangers », comme le veut le modèle.

De même, comme le demande un certain canevas du roman noir ou de la série policière, cette adaptation-là s’intéresse aussi à la vie des protagonistes. On ne peut pas dire que ces récits plus personnels se développent en filigrane ni même en parallèle. On a, par exemple, l’impression que la dépression profonde de la très sensible Catherine, femme de Cardinal, comme les angoisses de leur fille Kelly concentrent et exposent les conséquences de la vie à Algonquin Bay. Le paternel policier semble d’autant plus décidé à aider la jeune victime d’une tentative d’assassinat qu’elle lui rappelle la fin tragique de la première saison, quand Kelly s’est retrouvée un revolver sur la tempe.

Certaines histoires policières servent à exposer les déviances profondes d’une société. La charge porte plus férocement quand elle s’attaque à des mondes en apparence idylliques. Per Wahlöö et Maj Sjöwall, comme leur héritier putatif Henning Mankell, ont sans cesse démonté les mythes du bonheur scandinave en faisant du crime un révélateur de la Suède contemporaine.

De même, le duo Blunt/Grou expose pour ainsi dire l’envers du décor, les parts sombres du modèle canadien. Cette fois, les grands paysages naturels, les lacs, les rivières et les cabanes au Canada (comme celle que veut acheter John Cardinal, ce que refuse sa femme) cachent de vilains monstres encore plus dérangeants que les mouches noires.

Cardinal, saison 2

Super Écran, jeudi, 21 h

1 commentaire
  • Sylvio Le Blanc - Abonné 1 janvier 2018 16 h 06

    M. Baillargeon écrit :


    «Par contre, la traduction de cette nouvelle aventure, encore en 'Mid-Atlantic French', s’avère aussi étonnante (et agaçante) qu’au premier versement. En ce pays-ci, personne, et surtout pas les policiers et les gars de base, ne parle de cette manière lisse, propre, disons radiocanadienne pour faire court. C’est quand même bête de tourner une série canadienne jusqu’au cliché dans ses lieux et ses personnages, mais de ne pas faire parler tout ce beau monde à la canadienne.»

    Je n'ai pas vu la série, mais d'après le site «doublage.qc.ca», ''Cardinal'' aurait été doublé au Québec : http://www.doublage.qc.ca/p.php?i=162&idmovie=

    Si nos doubleurs québécois ne savent pas doubler nos propres oeuvres, pourquoi ne pas s'en remettre aux doubleurs français?