«Fugueuse», une série sur l’exploitation sexuelle des adolescentes

Lynda Johnson (Mylène), Ludivine Reding (Fanny) et Claude Legault (Laurent) lors de la projection
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Lynda Johnson (Mylène), Ludivine Reding (Fanny) et Claude Legault (Laurent) lors de la projection

À l’automne 2015, Pour Sarah, qui illustrait les conséquences de la conduite automobile avec facultés affaiblies, est devenue la série, toutes chaînes confondues, à rejoindre le plus les spectateurs de 18 à 24 ans.

Fort de ce succès, TVA lancera en janvier une nouvelle série dramatique réunissant l’équipe de Pour Sarah, le producteur Louis Bolduc d’Encore Télévision, l’auteure Michelle Allen et le réalisateur Éric Tessier.

Mettant en vedette Ludivine Reding (La théorie du K.O.), Fugueuse raconte comment une jeune fille de bonne famille se retrouve dans l’univers des clubs de danseuses et de la prostitution par amour.

Le piège

Le premier des dix épisodes de Fugueuse démarre sur les chapeaux de roue alors que l’on découvre Fanny (Reding), le visage ensanglanté, la chevelure noire, tentant d’échapper à son proxénète dans les rues de Montréal. Escortée au poste de police, l’adolescente de seize ans apprend d’une travailleuse sociale (Karen Elkin) que ses parents, Mylène (Lynda Johnson) et Laurent (Claude Legault), désirent la placer dans un centre jeunesse.

Puis, le récit nous renvoie quatre mois plus tôt. Fanny, blonde comme les blés, prépare un voyage à New York avec son petit ami Fred (Madani Tall) et ses meilleures copines, Jessica (Camille Felton) et Ariane (Laurence Latreille). N’ayant pu mettre de côté la somme nécessaire pour ce voyage, Fanny demande à sa grand-mère (Danielle Proulx) de lui donner de l’argent. Laurent s’y opposant, Fanny voit donc ses trois amis partir sans elle vers la Grosse Pomme.

Déçue, elle accepte alors l’invitation de Natacha (Kimberly Laferrière), rencontrée quelques jours plus tôt, à une soirée VIP dans son chic appartement de Montréal. Elle y rencontre l’amant de Natacha, Carlo (Iannicko N’Doua), et le rappeur Damien dit Bone (Jean-François Ruel des Dead Obies). Le lendemain, elle se réveille dans le lit de Natacha sans savoir ce qui s’est réellement passé durant la soirée.

« Fanny est innocente, excitée, curieuse, elle ne sait pas ce qui l’attend quand elle découvre cet univers-là », explique Michelle Allen, rencontrée lors d’un point de presse suivant la projection des deux premiers épisodes de Fugueuse. Il y a toutes sortes de profils de filles qui vont se faire happer par ça, mais il y a aussi celles comme Fanny qui vont y aller parce qu’elles sont aventurières, qui pensent qu’elles contrôlent la situation. »

« Ce qui nous tient, c’est qu’on essaie de comprendre ce phénomène. On voit ce mécanisme implacable se déployer. Il y aura des scènes dures, mais il va y avoir quelque chose à retirer de tout ça. Le défi, c’est de ne pas perdre l’affect, c’est-à-dire l’empathie. On ne ferait pas ce que Fanny fait, mais on comprend qu’elle puisse faire ça », croit Éric Tessier.

Briser les clichés

Élevée dans le confort de la banlieue par des parents aimants, bonne élève, entourée d’amis, Fanny a tout pour être heureuse. Avec la complicité de sa grand-mère, elle planifie d’aller vivre avec Fred à Montréal afin de pouvoir faire tout ce qu’elle veut.

« Il y avait beaucoup de clichés : les centres jeunesse, les mauvaises familles, la drogue, les gangs de rue, Montréal-Nord… Je voulais sortir de ça parce que c’est étouffant. Deux policières ont validé à peu près toutes les décisions que je prenais. Je tombais sur le cul tout le temps ! Le proxénétisme est un crime d’opportunité, ce qui veut dire que n’importe quel gars, de n’importe quelle couleur, pour n’importe quelle raison, se rend compte que c’est une façon de faire beaucoup d’argent parce que les filles sont plus rentables que la drogue », confie Michelle Allen.

« On n’a pas fait de Damien l’archétype du mal », enchaîne le réalisateur. C’est quelqu’un qui a l’air cool ; même lui, dans sa tête, il ne se dit pas le matin qu’il va faire le mal. Il se trouve que tout à coup, ça donne de quoi de tragique. C’est intéressant, les zones d’ombre. »

Fanny envie les vêtements et chaussures griffés de Natacha, qui ne cesse de la complimenter sur son physique. L’adolescente ignore comment celle-ci peut se permettre ce mode de vie qui la fait rêver.

« En ce moment, et ça évolue constamment, le recrutement se fait surtout par des femmes. Natacha a son histoire, on va apprendre à la connaître. Elle non plus ne se lève pas le matin en disant qu’elle va faire le mal. Elle aussi peut avoir une réelle affection pour Fanny », dévoile l’auteure, qui a rencontré des policiers, des éducateurs et d’ex-prostituées lors du processus d’écriture.

Pour l’accompagner dans cette aventure, Éric Tessier est allé chercher le directeur photo Pierre Gil : « On aspirait au réalisme ; ça donne un “show pas propre” dans le style documentaire, en grand-angle, où l’on filme près des acteurs. On laissait Ludivine et Damien improviser, on ne se souciait pas des raccords. »

Afin de sensibiliser les spectateurs au phénomène de l’exploitation sexuelle des adolescentes, Fugueuse aura un volet Web comportant des capsules informatives et des capsules docu-fictions. En mars paraîtra aussi Et si ma fille fuguait ? Guide pratique pour prévenir et réagir de Claude Samson (Trécarré).

« Ce qui est le plus étonnant, c’est qu’à la première réunion de production de Fugueuse, tout le monde a raconté son expérience, de près ou de loin, avec ce phénomène. Il y a une conscientisation de ce phénomène-là que je n’avais jamais rencontrée avant », conclut Louis Bolduc.

Fugueuse, TVA, lundi, 21 h