«Les maîtres de la mémoire» — Souvenirs à la carte

Même évacuée de sa dimension sociopolitique, l'expression «Je me souviens» aura emprunté mille détours pour dessiner les contours de ce que nous sommes.
Photo: Explora Même évacuée de sa dimension sociopolitique, l'expression «Je me souviens» aura emprunté mille détours pour dessiner les contours de ce que nous sommes.

« Je me souviens. » Même évacuée de sa dimension sociopolitique, cette expression galvaudée aura emprunté mille détours pour dessiner les contours de ce que nous sommes. Ou plutôt, de ce que nous croyons être. Car cette fabuleuse mémoire que nous avons jugée plutôt fidèle jusqu’à présent serait beaucoup plus malléable que nous le pensions, suggère Les maîtres de la mémoire.

Ce fascinant documentaire, mené tambour battant par une équipe de recherchistes sur le 220 volts, fouille les moindres replis de notre mémoire. Il le fait d’abord par le truchement des principales découvertes en neurosciences, qu’il développe avec force détails sans jamais ennuyer. Il trace ainsi le fil rouge délimitant un territoire éminemment complexe où chaque souvenir et son rappel viennent avec des changements structurels dans le cerveau.

Il poursuit son examen à travers les trajectoires particulières d’individus pour qui la mémoire a joué un rôle fondamental dans la manière dont leur vie s’est édifiée. Comme ce garçon de 11 ans dont l’hypermnésie le force à se souvenir de chaque jour de sa vie dans les moindres détails, ou encore cette jeune adulte à qui on a littéralement reconstruit la mémoire pour lui faire passer sa peur des araignées.

Cibler un souvenir, l’effacer, le reformater, même le substituer à un autre, construit de toutes pièces celui-là. Ce ne sont là que quelques-uns des prodiges (et des dérives potentielles) que l’on voit défiler à l’écran. Avec un mélange de fascination, d’effroi et de déjà-vu.

Les maîtres de la mémoire

ICI Explora, mercredi, 21 h. Rediffusion samedi 1 h et dimanche 19 h 30.