«Dark» — Prisonniers du cycle du temps

On ne s’attache pas d’entrée de jeu aux personnages, ceux-ci paraissant presque tous opaques.
Photo: Netflix On ne s’attache pas d’entrée de jeu aux personnages, ceux-ci paraissant presque tous opaques.

Broadchurch, Marchlands, L’ombre de Jesse, La disparition, Mémoires vives, Stranger Things : les séries mettant en scène le pire cauchemar des parents, la disparition d’un enfant, ont la cote tant à la télévision traditionnelle que sur les plateformes numériques. Forte du colossal succès de la série américaine Stranger Things, la chaîne Netflix suit la tendance et remet ça avec la série Dark.

Première production allemande de Netflix, Dark évoque d’emblée Stranger Things avec ses références aux années 1980, son intrigue tournant autour de mystérieuses disparitions d’enfants et ses éléments surnaturels. Là s’arrête toutefois la comparaison. N’y cherchez pas d’attachants protagonistes comme Eleven et ses joyeux comparses. Et ne comptez pas non plus sur les créateurs de la série, Baran bo Odar et Jantje Friese, pour vous réconforter d’une tendre nostalgie de l’époque du Walkman.

Glauque, glaciale, angoissante, la série Dark ne saurait porter mieux son titre. Campée en 2019, à Winden, petite bourgade allemande dominée par les hautes cheminées d’une centrale nucléaire, Dark repose sur l’hypothèse selon laquelle le temps n’est pas linéaire, que le passé, le présent et le futur ne sont pas consécutifs, mais plutôt réunis dans un cercle sans fin. Alors qu’une voix d’homme que l’on devine âgé explique cette théorie, défilent des photos datant de différentes époques des membres des quatre familles brisées par la disparition d’enfants à plus de 30 ans d’intervalle.


Aller voir Dark ou pas? La réponse de Manon Dumais.

 

Quand, plutôt qu’où

Marqué par la disparition de son petit frère en 1986, année de la catastrophe de Tchernobyl, Ulrich Nielsen (Oliver Masucci) enquête sur la disparition mystérieuse d’un adolescent. Fugue, enlèvement, suicide, meurtre ? L’enquête piétine. Ayant l’intention de mettre la main sur la provision de drogue du disparu, un groupe de jeunes, parmi lesquels le petit Mikkel Nielsen (Daan Lennard Liebrenz), fils d’Ulrich, se rend près d’une caverne, à l’orée d’une forêt, en pleine nuit.

Témoins d’étranges phénomènes, les jeunes prennent leurs jambes à leur cou, laissant derrière eux Mikkel. Après une battue, le garçon demeure introuvable. Puis, la police retrouve ensevelie sous des feuilles mortes la dépouille d’un enfant. Au grand soulagement d’Ulrich, il ne s’agit pas de Mikkel. Mais qui pourrait bien être cet enfant aux yeux brûlés et habillé comme dans les années 1980 ? Et que peut-il bien y avoir dans cette caverne ?

Surviennent alors d’autres phénomènes inexplicables : les oiseaux tombent du ciel et les moutons meurent simultanément d’une crise cardiaque. Au même moment, un homme surnommé l’Étranger (Andreas Pletschmann) s’installe à Winden. Contrairement aux habitants de Winden, l’Étranger semble comprendre ce qu’il est advenu de Mikkel : « Ce n’est pas “où est-il” qu’il faut demander, mais “quand est-il”… » dit-il pour lui-même.

Voyage dans le temps

À l’instar de Will dans Stranger Things, Mikkel a été balancé dans un autre univers. Toutefois, ce ne sont pas des monstres qu’il y rencontre, mais la version adolescente de son père (Ludger Bökelmann), qui n’a rien à voir avec le policier tourmenté de 2019. Ayant aperçu la manchette d’un journal, Mikkel comprend qu’il a été envoyé en 1986, peu de temps après la disparition de son oncle… Pendant ce temps, l’adolescent disparu en 2019 devient le cobaye d’expériences scientifiques qui le laisseront avec le visage mutilé comme le gamin du passé projeté dans le futur. Vous suivez ?

Avec son intrigue campée dans une petite ville où tout le monde se connaît, ses policiers impliqués de trop près dans l’enquête et son atmosphère suffocante, Dark n’est pas sans rappeler la série britannique Broadchurch. Outre la disparition d’enfants, ce ne sont pas les drames familiaux qui manquent dans Dark : suicide, adultère, délinquance juvénile…

En fait, les relations entre les quatre familles sont si problématiques, si tendues, si pleines de lourds secrets et de sous-entendus que les créateurs n’avaient même pas besoin d’avoir recours au surnaturel pour étoffer le tout. C’est dire comment Dark a beaucoup à offrir aux spectateurs exigeants… et patients.

De fait, à l’instar de la série française Les revenants, où les morts surgissaient du passé comme s’ils étaient toujours vivants, l’atmosphère est anxiogène à souhait, mais les différentes intrigues se déroulent à un rythme plutôt lent. De plus, on ne s’attache pas d’entrée de jeu aux personnages, ceux-ci paraissant presque tous opaques.

Si les grandes séries portant sur la disparition d’enfants captivent l’attention dès le premier épisode et nous clouent à notre canapé jusqu’à l’épisode final, il faudra toutefois demeurer très attentif à bien des détails afin de regarder en rafale les dix épisodes de cette sombre série.

Dans les trois premiers épisodes de Dark, non seulement faut-il démêler les liens qui unissent les quatre familles, mais il faut aussi reconnaître les protagonistes d’une époque à l’autre. Et attelez-vous bien puisque la série ne nous transporte pas que dans un futur rapproché, 2019, et en 1986, mais aussi en 1953. Serez-vous du voyage ? On vous le suggère fortement.

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