Le crime de Shelly Chartier

«Indictment: The Crimes of Shelly Chartier»
Photo: CBC «Indictment: The Crimes of Shelly Chartier»

L’affaire avait fasciné les tabloïds. Comment une jeune Métisse anonyme, depuis l’isolement de sa réserve manitobaine, avait-elle pu extorquer une vedette de la NBA (et la jeune fan de 17 ans avec qui il s’était lié) en toute impunité ? Porté par un stratagème d’une redoutable efficacité, le cas Shelly Chartier a fait école en matière d’usurpation d’identité. Il aurait aussi pu le faire en matière de justice, avance le documentaire Indictment : The Crimes of Shelly Chartier.

Pour les réalisateurs, le Métis Shane Belcourt et l’Anichinabée Lisa Jackson, il était clair que cette histoire comportait des zones d’ombre qu’il fallait mettre en lumière. D’où leur volonté d’enquêter jusqu’à Easterville, d’où la femme dans la fin vingtaine avait tissé son impressionnante toile. Derrière le glamour et les détails salaces de cette affaire utramédiatisée (Shelly Chartier avait réussi à obtenir des photos compromettantes de la jeune fille qu’elle a fait chanter), une histoire d’inégalité se dessine tranquillement à l’écran.

Tous les membres de cette drôle d’histoire défilent à la caméra : le joueur de basket contrit, la fan échaudée, le mari adoré de Shelly, sa mère tant aimée, mais aussi quantité de spécialistes médicaux, sociaux ou judiciaires. Une scène très troublante fait d’ailleurs entendre les voix de certains d’entre eux conjecturant sur la véritable nature de Shelly, ses motivations, ses cassures, tandis qu’on la voit réagir, s’étonner, puis se renfrogner à leur écoute.

Car elle est là, elle aussi : cette femme-enfant, qui a souffert de la rudesse de la vie dans la réserve. De l’alcool et de la violence surtout, omniprésents. « Je crois que je n’ai pas eu une vie facile », laissera-t-elle tomber sans épiloguer davantage. Il y a bien un côté sombre chez Shelly Chartier, et c’est celui-là qui s’est exprimé en ligne. Elle le sait, elle y travaille, tout comme elle essaie de se reconnecter au monde dont elle s’est tenue à l’écart si longtemps. « J’ai peur de tout. […] J’essaie juste de surmonter cette peur. »

Son cas a fait école en usurpation d’identité, il aurait dû en faire autant en justice.

Indictment : The Crimes of Shelly Chartier

CBC, dimanche, 21 h