Le cinéaste Mathieu Roy rend hommage à son défunt père, le journaliste Michel Roy

Alors qu’il esquisse le portrait de son père, décédé en 2011, Mathieu Roy se livre en filigrane à une critique du journalisme, de même qu’à celle de la classe politique et de la société québécoise.
Photo: Guillaume Levasseur Le Devoir Alors qu’il esquisse le portrait de son père, décédé en 2011, Mathieu Roy se livre en filigrane à une critique du journalisme, de même qu’à celle de la classe politique et de la société québécoise.

Quatre ans après L’autre maison, fiction où il rendait hommage au « panache de son père devant la maladie d’Alzheimer », Mathieu Roy (Survivre au progrès) lui consacre cette fois un documentaire, Michel Roy, journaliste, où il salue sa carrière.

« Je considère que mon père est un monument du journalisme québécois, un homme très humble, méconnu des jeunes générations de journalistes, c’était donc important pour moi de retracer son parcours », explique le cinéaste.

Pendant des mois, Mathieu Roy s’est livré à des « fouilles archéologiques » dans les archives de Radio-Canada afin d’y trouver les entrevues qu’y avait menées son père avec des politiciens. Parmi les trésors qu’il y a trouvés, le réalisateur a notamment voulu partager un extrait où Michel Roy et Louis Martin s’entretiennent avec René Lévesque.

« Ce que j’ai trouvé intéressant, c’est de sentir le niveau de camaraderie entre les journalistes et les politiciens. À l’époque, il y avait une transparence, une sincérité, un respect. Il n’y avait pas de langue de bois, ce n’était pas des cassettes comme avec Couillard et Barrette aujourd’hui », juge-t-il.

Alors qu’il esquisse le portrait de son père, décédé en 2011, Mathieu Roy se livre en filigrane à une critique du journalisme, de même qu’à celle de la classe politique et de la société québécoise : « Dans le film, je fais quelques narrations et à un moment, je dis que mon père n’est pas le seul à perdre la mémoire. On se rend compte comment les sujets traités dans les années 1960 sont les mêmes qu’aujourd’hui : le salaire des médecins, la corruption, la collusion, qu’on appelait à l’époque le patronage. Ce sont exactement les mêmes problèmes dans lesquels on s’embourbe. »

Éloquent, le verbe élégant, le mot juste, celui qui a notamment écrit dans les pages du Devoir, de La Presse, du Soleil et du Droit a certes marqué bien des lecteurs et des spectateurs. Il est alors troublant de voir Michel Roy répondre laborieusement aux questions que lui pose son fils lors d’une entrevue que le cinéaste regrette de ne pas avoir tournée plus tôt.

« Je trouvais intéressant de mettre en relief ce voyage dans le temps avec l’entrevue que j’ai filmée chez moi il y a dix ans, où on sent que mon père s’enfonce dans la confusion. Comme je jumelle les images de lui malade avec celles de lui flamboyant, parfaitement vivifiant, on comprend qu’il n’a pas toujours été comme ça. On comprend aussi les ravages que cette maladie fait sur le cerveau. »

Requiem pour une profession

Ayant désiré suivre les traces de son père par admiration, Mathieu Roy a d’abord « pataugé » dans le journalisme avant de se tourner vers sa véritable passion, le cinéma. Toutefois, cela ne l’empêche pas d’écrire des textes sur les médias et sur la géopolitique pour le magazine Urbania.

« Je suis très critique de la caste journalistique québécoise contemporaine. J’ai l’impression que ça n’existe plus beaucoup des journalistes qui ne se contentent pas d’accepter un communiqué de la Maison-Blanche, qui fouillent au-delà de ça. »

Mathieu Roy se désole du formatage des bulletins de nouvelles, du peu de temps qu’on accorde aux recherches et à la réflexion, de la faible multiplicité des points de vue : « Si Le Monde et le New York Times disent quelque chose, si La Presse et Le Devoir disent la même chose, il n’y a personne qui va vraiment se questionner là-dessus. Des fois, je me pogne avec des journalistes sur ces questions-là. On m’a même déjà traité de conspirationniste ! Ce que je trouve tragique, c’est qu’on ne peut plus remettre les choses en question sans se faire discréditer, marginaliser. »

Le cinéaste poursuit : « Aujourd’hui, on est vraiment dans des réflexes idéologiques au détriment de l’information. On a suivi la tendance américaine de créer des vedettes au lieu de journalistes. L’information-spectacle et la confusion des genres inquiétaient beaucoup mon père. On dit qu’il faut amener du divertissement pour intéresser les gens à l’information. Je me souviens d’un texte de Stéphane Baillargeon dans Le Devoir sur la matantisation des médias, c’est une tendance affolante. »

Du même souffle, Mathieu Roy révèle qu’il consacrera d’autres textes et documentaires à la critique des médias. Comme quoi, le journalisme ne le quittera jamais tout à fait : « À la fin, mon père était toujours confus. Il savait que j’étais cinéaste, mais il me parlait comme si j’étais journaliste. Mon père était journaliste, ma mère et mon frère sont journalistes, ma soeur est diplomate, il y a un ADN qui ne me quitte pas et c’est sûr que c’est dans mon regard de cinéaste. »

Michel Roy, journaliste

ICI Radio-Canada Télé, samedi, à 21 h

2 commentaires
  • Anne-Marie Courville - Abonnée 8 septembre 2017 08 h 47

    Merci pour ce beau travail

    Votre père laisse un souvenir impérissable et le fils nous offre un cadeau en publiant une biographie du père. Je garde un grand souvenir de cet homme. Merci.

  • Pierre Samuel - Abonné 8 septembre 2017 09 h 59

    Ces géants disparus...

    Excellente idée ! En effet, Michel Roy fit partie à l'instar des André Laurendeau, Louis Martin, Jean-V. Dufresne, Pierre Nadeau, Pierre Olivier, André Payette, Gil Courtemanche, Laurent Laplante et combien d'autres d'un aéropage de journalistes dont on ne retrouve guère la trace de nos jours...

    Autre époque, autre moeurs dit-on. Etant aucunement redevable à l'instanéité des "réseaux sociaux" alors inexistants, ces "véritables investigateurs" ne considéraient pas leur profession comme un "pis-aller naturel" suite à des carrières publiques et/ou politiques.

    < Les faits et uniquement les faits > étaient leur unique objectif sans nul besoin de se travestir en animateurs et/ou chroniqueurs vedettes de variétés...

    Leur réputation basée uniquement sur la compétence et non sur la relation consensuelle, tout personnage public savait véritablement à qui il devait faire face sans faux-fuyants ni concessions médiatiques.