Olivier: l’enfant chargé de mensonges

Malgré la lumière caressante du directeur photo Martin Falardeau et la mise en scène vivante de Claude Desrosiers, les deux premiers épisodes d’«Olivier» se révèlent sombres, éprouvants.
Photo: ICI Radio-Canada Malgré la lumière caressante du directeur photo Martin Falardeau et la mise en scène vivante de Claude Desrosiers, les deux premiers épisodes d’«Olivier» se révèlent sombres, éprouvants.

Dans son roman Dans mes yeux à moi (Libre expression, 2011), Josélito Michaud s’inspirait de son expérience pour raconter le destin d’un jeune garçon, Olivier, abandonné à la naissance et ayant passé d’une famille d’accueil à l’autre. Ce récit sur la résilience levait le voile sur les conditions d’adoption au Québec dans les années 1960 et 1970.

Sept ans après la publication de son roman, l’animateur et producteur voit enfin se concrétiser la promesse qu’il avait faite à sa soeur avant qu’elle meure, soit de transposer au petit écran Dans mes yeux à moi. S’il s’est écoulé autant d’années avant qu’il y parvienne, c’est que Josélito Michaud attendait de rencontrer « les bonnes personnes » : le producteur André Dupuy (Apparences, Vertige), l’auteur Serge Boucher (Aveux, Apparences, Feux) et le réalisateur Claude Desrosiers (Vice caché, Aveux, Feux).

Sans famille

Comportant huit épisodes d’une heure, la série Olivier met en vedette Anthony Bouchard et Thomas Derasp, qui incarnent respectivement le héros enfant et adolescent. Dans les deux premiers épisodes, on fait la connaissance des Bilodeau (Sylvie De Morais et Francis William Rhéaume), couple aimant qui doit abandonner l’enfant après un an pour des raisons de santé, et des Surprenant (Évelyne Rompré et Sébastien Ricard), où l’on vit sous l’emprise tyrannique du père.

Malgré la lumière caressante du directeur photo Martin Falardeau et la mise en scène vivante de Claude Desrosiers, les deux premiers épisodes d’Olivier se révèlent sombres, éprouvants. Et dire que Josélito Michaud affirme avoir vécu ces émotions fois mille.

Photo: ICI Radio-Canada Dans le dernier bloc de quatre épisodes, on rentre chez les Dubreuil. On verra comment Olivier va vivre avec les séquelles de son enfance.

« Ce qui m’a beaucoup aidé pendant la série, c’est d’avoir été coproducteur, confiait-il lors d’une rencontre suivant la projection de presse. Le fait d’avoir été partie prenante m’a aidé beaucoup à construire et à déconstruire ce que j’ai vécu — qui n’est qu’une partie de ce qu’on voit. »

« C’est important de dire qu’au bout de la ligne, c’est la vie qui l’emporte, qui est plus forte que tout. Olivier est un enfant résilient ; il va rencontrer des mains tendues. Pour parler de résilience, il faut qu’il y ait eu préalablement soit drame, soit tragédie », avance Serge Boucher.

« Je pense que c’est fondateur, que c’est important d’ancrer ça pour montrer comment ces enfants-là vivent ça, c’est un passage obligé pour planter ça au départ, pour ensuite être soulagé. On ne peut pas y aller à moitié, ça ne peut pas être cute. Il faut avoir les vrais tons, mais avec une distance je dirais séduisante à un certain point », défend Claude Desrosiers.

Le réalisateur poursuit : « Dans la prochaine maison, c’est beaucoup plus lumineux, joyeux. La photo est différente. Dans le dernier bloc de quatre épisodes, c’est moins condensé. On rentre chez les Dubreuil [Steve Laplante et Catherine Proulx-Lemay], on a accès à la grand-mère [France Castel]. On va voir comment Olivier va vivre avec les séquelles de son enfance, d’où l’importance de ce qu’on voit dans les deux premiers épisodes. »

Secrets et mensonges

Malheureux chez les Surprenant, le petit Olivier trouvera le moyen de s’évader grâce à l’imaginaire de la télé, surtout de l’émission Fanfreluche, où l’héroïne n’avait pas son pareil pour raconter les histoires à sa manière. À son nouvel ami François (Adam Lapointe), il n’hésitera pas à raconter quelques mensonges. C’est ainsi que le jeune garçon confessera plus tard au curé (Bruno Marcil) que la vie est plus plaisante lorsqu’on ment.

« Pour une fois, le mensonge est positif, il sert à s’en sortir. À la rigueur, je dirais au petit gars : “Mens si ça t’aide à vivre !” Le résilient va chercher là où il peut le positif pour pouvoir s’en sortir. À la base, il a connu l’amour chez les Bilodeau, il sait que ça existe. Si la première famille qu’il avait connue avait été les Surprenant, à mon avis, l’enfant aurait été fait », croit Serge Boucher.

« On voit que l’enfant a des mécanismes de défense pour essayer de s’en sortir. On voit par sa façon de communiquer avec soeur Noëlla [Isabelle Vincent], même dans sa façon d’être confronté aux autres, comment il peut se défendre dans la vie », soutient André Dupuy.

Outre les mensonges, il y aura aussi les secrets de famille que l’on voudra taire. Il n’y a pas à douter que Serge Boucher s’est senti en terrain connu lorsqu’est venu le temps d’adapter le récit de Josélito Michaud.

« Je l’ai vraiment traité comme une fiction, confie le scénariste. J’ai un peu vécu le même rapport que lorsque j’ai écrit ma pièce 24 poses ; j’étais parti de ma famille, mais tout à coup, ce n’était plus ma famille. Il faut que ça parle aux gens, il faut que les personnages deviennent. En voyant la scène du fusil où Sébastien s’effondre, je me suis dit que monsieur Surprenant est un grand malade et qu’il faut l’aider. Tout à coup, on pense aux hommes violents, ce n’est plus juste un monstre. »

« Comme j’avais écrit le livre au “je”, quand je lisais les textes de Serge, soudainement, il y avait du relief avec les personnages. Chaque fois, j’avais hâte de lire ce qu’il allait faire dire à ces gens-là », se souvient Josélito Michaud.

S’il a vécu bien des émotions à la lecture du scénario et en voyant la série, Josélito Michaud ne cache pas que cela lui a fait beaucoup de bien. Toutefois, il se défend bien de ne pas avoir écrit son récit ni coproduit Olivier pour des raisons thérapeutiques.

« Je voulais donner une voix aux Olivier. Mon seul but était d’écrire ce livre pour mes filles, que je suis allé chercher au bout du monde, à un moment où je croyais que j’allais mourir, afin qu’on n’abuse pas d’elles. C’était important pour moi que ça se dise, pas de pointer du doigt ceux qui m’ont fait du mal parce que je ne suis pas là-dedans du tout, bien au contraire, car je ne serais pas l’individu que je suis. Est-ce qu’on s’en sort ? On ne s’en sort pas, mais on vit avec », assure Josélito Michaud.

Olivier

ICI Radio-Canada Télé, lundi, 21 h