Il faut tout un village

Grâce à l’engagement d’Hawaou Adamou, 9000 jeunes filles au Cameroun ont été scolarisées.
Photo: TV5 Grâce à l’engagement d’Hawaou Adamou, 9000 jeunes filles au Cameroun ont été scolarisées.

Elles vivent au Sénégal, au Nicaragua, en Éthiopie ou au Cambodge. Peu importe la terre où elles habitent, qu’elles prient Dieu, Allah ou le Soleil, elles partagent toutes un même espoir : le combat pour le droit à l’autodétermination des femmes.

Depuis 1995, le droit des femmes trace peu à peu son chemin à l’ordre du jour international. Si des avancées ont été effectuées depuis la marche Du pain et des roses ou le fameux « Women’s Rights Are Human Rights » (les droits des femmes sont des droits de la personne) d’Hillary Clinton, le combat reste vif pour bon nombre d’entre elles autour du monde. Pour son documentaire Elles ont toutes une histoire, présenté sur TV5, le réalisateur Nils Tavernier (De toutes nos forces, Tout près des étoiles) est allé à la rencontre de femmes au parcours exemplaire.

Le cinéaste en est revenu transformé. « Je n’ai rencontré que des femmes exceptionnelles, qui ont un courage formidable. Elles sont d’une élégance et d’une classe étonnantes. Ce sont des gens qui m’ont fait grandir », a confié Tavernier sur les ondes d’Europe 1. Cinq portraits intimes de femmes dotées d’une extrême résilience autour de différents piliers fragiles de l’émancipation de la femme : l’accès à l’éducation, aux soins, à l’emploi ou le droit à l’avortement.

Éducation

Hawaou Adamou — maintenant présidente de l’Association des femmes haoussa pour le développement — a fièrement reçu son certificat d’études primaires à l’âge remarquable de 41 ans. Loin d’être la seule dans cette situation, les femmes représentent les deux tiers des analphabètes à travers le monde. Au Cameroun, d’où est originaire Hawaou Adamou, une petite fille sur trois ne va pas à l’école. « Mon plus grand rêve, c’était… Enfin, je ne sais même pas si j’avais un rêve. C’est à l’âge de 40 ans que j’ai su que quelqu’un pouvait avoir un rêve. Quand on n’est pas instruit, je ne sais pas si on peut savoir qu’on peut avoir des rêves », raconte Mme Adamou.

Photo: TV5 Des femmes apprennent le métier de maçon pour voir s’édifier leur propre maison de terre dans le quartier du Pantanal, au Nicaragua.

L’éducation représente une condition absolue pour rêver sa vie. Depuis qu’Hawaou l’a compris, c’est plus de 9000 nouvelles jeunes filles qui vont à l’école grâce à l’association qu’elle a mise sur pied. Sa force de persuasion envers les chefs de famille et chefs religieux contribue aujourd’hui à offrir un meilleur avenir aux jeunes filles camerounaises. De surcroît, elle réussit à éviter de faire subir aux prochaines générations ce qu’elle a elle-même vécu. C’est ce qui pousse Hawaou Adamou à se battre jour après jour.

Solidarité

À plusieurs milliers de kilomètres de là, dans la périphérie de Granada au Nicaragua, des femmes vivant dans la rue se rassemblent entre elles. Au beau milieu d’un bidonville, elles vont apprendre les différentes étapes de la construction d’une maison. En cinq mois, cinq nouvelles maisons feront leur apparition grâce à un programme local. Un projet qui a démontré à des femmes, célibataires ou non, qu’il est possible de se sortir d’une misère noire grâce à la solidarité féminine, avec ou sans études. Une véritable révolution des genres dans un pays où le machisme est encore roi.

Grâce au partage de leurs connaissances, elles donnent de l’espoir à d’autres femmes qui ne rêvent que d’un toit où leurs enfants pourront être en sécurité. Symbole de sa réussite, de son autonomie et de sa liberté, la maison d’Antonia est ce qui la rend le plus fière. « Je me souviens de la première nuit qu’on y a passée. Tout le monde était heureux, on courait dans tous les sens. On n’a pas réussi à dormir. On pensait que c’était un rêve », se souvient-elle, la voix encore nouée d’émotions.

D’abord réalisé dans le cadre de la Journée internationale du droit des femmes, le documentaire diffusé sur l’ensemble des chaînes et sites de France Télévisions a été vu par plus de 22 millions de téléspectateurs. Loin de porter un regard teinté de rose, le documentaire offre tout de même une vision remplie d’espoir. Le réalisateur présente un portrait empreint d’humanité, de respect et d’admiration envers ces combattantes. De petits et grands gestes au sein d’une communauté qui font boule de neige et contribuent à créer des miracles jour après jour. Chaque victoire des femmes bénéficie à tout le monde, filles ou garçons. « Chaque combat gagné mène à plus d’égalité, améliore les conditions de vie de toute la famille et prépare un avenir meilleur à tout le monde », raconte le documentariste Nils Tavernier.

Si les discours gouvernementaux ou tout questionnement possible autour d’une quelconque aide internationale sont totalement évacués du documentaire, on a plutôt fait le choix de présenter des gestes très concrets réalisés par des superfemmes au sein d’une société. Le film rappelle, tout au long des témoignages, que chacune d’entre elles porte l’espoir de construire un monde meilleur, malgré une longue traversée du désert.

« Un monde où l’égalité entre les êtres humains pourrait favoriser la prospérité de tous, cela ne sera possible qu’avec la solidarité entre les femmes et les hommes. L’égalité des sexes est la responsabilité de tous », explique le cinéaste. À l’heure où les États-Unis ont annulé leur financement aux ONG internationales soutenant l’avortement, on se dit plus que jamais qu’on ne peut pas abandonner ces femmes. En attendant, elles nous offrent ici une immense leçon de courage.

Elles ont toutes une histoire

TV5, mardi 21 h