Game of Thrones: quand l’hiver fait oublier l’été

Les péripéties épiques de Jon Snow et autres prétendants au trône de fer tiennent en haleine des millions de téléspectateurs.
Photo: HBO Les péripéties épiques de Jon Snow et autres prétendants au trône de fer tiennent en haleine des millions de téléspectateurs.

En 2016, HBO annonçait des cotes d’écoute faramineuses pour la série culte inspirée des romans de George R.R. Martin, Game of Thrones (Le trône de fer). De fait, plus de vingt-cinq millions de spectateurs se retrouvaient devant le petit écran le dimanche soir pour suivre les péripéties épiques de Jon Snow (Kit Harrington), Tyrion Lannister (Peter Dinklage) et Daenerys Targaryen (Emilia Clarke) — les trois prétendants préférés au trône selon les « gonzillions » de théories circulant sur le Web.

Dimanche dernier, la popularité de la série ne s’est pas démentie puisque les sites de HBO et de la chaîne française OCS ont crashé lors de la diffusion du premier des sept épisodes de la septième, et avant-dernière, saison de Game of Thrones. Moins de vingt-quatre heures plus tard, les fans trépignaient encore plus d’impatience en découvrant la bande-annonce du deuxième épisode. Pour tuer le temps, certains d’entre eux n’hésiteront pas à consulter tous les sites et forums consacrés à la série afin d’y recueillir le moindre « divulgâcheur ». Avertissement : ce n’est pas ici que vous en trouverez !

Coups de théâtre

Bien qu’elle ait eu le coup de foudre dès le premier épisode en 2011, Raphaëlle Huysmans, productrice chez Urbania, n’était pas au rendez-vous dominical, préférant attendre que sa bande revienne en ville afin de vivre collectivement l’événement télévisuel de l’été, de l’année : « Depuis deux ans, on a développé des habitudes. Je suis abonnée à HBO, donc ils viennent regarder la série chez moi, on se fait des soupers thématiques, on sélectionne les vins et les mets selon la maison choisie », raconte-t-elle.

Fidèle depuis la première saison, Michel Demers, professeur d’histoire, jure que personne n’aurait pu l’empêcher de renouer avec les Lannister et compagnie dimanche dernier. Passionné de Game of Thrones, il ne consulte aucun site afin d’en savoir plus, contrairement à Raphaëlle Huysmans, qui n’hésite pas à s’y référer afin d’y comprendre les moindres détails. N’ayant ni l’un ni l’autre lu les romans de George R.R. Martin, tous deux carburent aux coups de théâtre que leur réserve la série.

Photo: HBO La série «Game of Thrones» parvient à rejoindre différents publics en amalgamant savamment plusieurs genres, et en mettant en avant des personnages féminins forts.

« Cette série nous amène des surprises quand les personnages auxquels on s’est tellement attaché trouvent la mort. Ça tient en haleine constamment parce qu’on ne sait jamais ce qui va arriver, il y a toujours des revirements. Parfois, je me jetterais à terre tellement c’est trop. Les noces pourpres : je n’en suis pas encore revenue ! », confie la productrice.

« Quand de tels personnages meurent et on se dit que ça se peut pas ! C’est comme si l’on tuait Aragorn à la moitié du deuxième volet du Seigneur des anneaux, renchérit l’enseignant. À l’inverse, il y a les personnages qu’on aime haïr. Chaque fois que le roi Geoffrey (Jack Gleeson) mangeait une claque sur la gueule, il y avait une ovation partout dans le monde. C’est la même chose avec Cersei (Lena Headey) ; on aime la haïr, on ne veut pas qu’elle meure parce qu’on aime ça quand elle mange une volée ou qu’elle exécute la marche de la honte. »

Les coulisses du pouvoir

Puisant dans les codes de l’épopée, du drame historique, du récit d’apprentissage, du récit de vengeance, de la fantasy et du cinéma d’horreur, Game of Thrones parvient en amalgamant savamment plusieurs genres, et en mettant de l’avant des personnages féminins forts, à rejoindre différents publics.

« Outre la gamme d’émotions, la complexité des relations entre les personnages, entre les familles, il y a les enjeux politiques qui sont aussi super intéressants. Il y a du surnaturel, des dragons, mais pas trop. Il y a un côté médiéval, de barbarie, qui est bien intéressant et qui va puiser dans les ramifications de notre propre histoire. La série aborde aussi des tabous, comme l’inceste, l’esclavage, les castrats, la montée des religions extrémistes. Il y a vraiment des parallèles intéressants à faire. Moi qui la regarde en groupe, je peux dire que ça suscite énormément de discussions », explique Raphaëlle Huysmans.

Michel Demers croit aussi que la série séduit d’abord par ses intrigues politiques et ensuite, pour son aspect « pseudo-médiéval-fantastique à la Seigneur des anneaux ».

S’il y reconnaît divers éléments empruntés au Moyen Âge, telle la Guerre des Deux-Roses, l’enseignant suggère que Martin ait pu reculer davantage dans le temps, d’où la grande violence sanglante de la série.

« Au Moyen Âge, il y a beaucoup de jeux de coulisses qui se font à l’intérieur de la cour royale pour savoir qui va éliminer le roi pour prendre sa place. À partir de la crise du troisième siècle dans l’Empire romain, les prétendants au trône jouent des coudes, du glaive pour prendre le trône impérial. On est à peu près dans le même pattern dans Game of Thrones. Je ne me servirais pas de la série pour illustrer la Guerre des Deux-Roses, je l’exploiterais beaucoup plus pour expliquer la décadence à partir du troisième siècle jusqu’à 476 avec la déposition du dernier empereur d’Occident », avance Michel Demers.

« On avait passé en classe Apocalypto de Mel Gibson, poursuit-il. J’avais eu des critiques de parents qui trouvaient le film trop violent. Je leur ai répondu que c’était ça, la réalité, qu’il fallait arrêter de dire que les civilisations anciennes, c’est Walt Disney. Au Moyen Âge, une épée ne servait pas à transpercer une armure, mais à casser des membres. Des séries comme Vikings et Game of Thrones amènent ce réalisme-là. Le problème, c’est peut-être pour ça que les réactions aussi violentes dans la vie d’aujourd’hui deviennent banales ».

Détestant les films d’horreur, Raphaëlle Huysmans affirme s’accrocher à la qualité de la trame narrative, de la réalisation, de la direction artistique et de la construction pour supporter cette violence. À l’instar de Michel Demers, elle ne croit pas que celle-ci soit recherchée par les spectateurs, mais qu’elle joue tout de même une fonction cathartique : « Il y a eu des temps plus barbares que l’époque présente, qui l’est d’une autre manière. Est-ce que c’est une façon de reconnecter avec ce côté-là ? Je ne sais pas. C’est une manière de s’évader de notre époque, mais j’ai l’impression que la série aurait pu fonctionner à une autre époque. »

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1 commentaire
  • Nicole D. Sévigny - Abonnée 18 juillet 2017 12 h 44

    Cela s'appelle

    vivre dans le déni de la réalité! ...Une fonction libératrice? ...mon oeil !

    Déjà que, la moitié de la génération X , confrontée à un taux de divorces et/ou séparations qui génèrent des psychoses ou dépressions chez la majorité, un déni de la réalité en est un symptôme agravant.

    Affirmer aussi que ces films propulsent les femmes dans des rôles de personnages féminins forts...dans l'irréel cinématographique, c'est laisser à penser que la violence pourrait être un modèle dans la vraie vie ? On n'est plus à l'Âge de pierre ou au Moyen âge ...?!
    Que des professeur(e)s en fassent la promotion...ça dépasse tout bon entendement.
    Ça les conforte peut-être dans leur ego ou leur mysogynie.