La CBC s’excuse du bout des lèvres et poursuit la diffusion

La série «Canada: The Story of Us», diffusée par CBC, suscite la grogne chez des collectivités et des nations qui se sont plaintes du traitement qu’elle leur a réservé.
Photo: CBC La série «Canada: The Story of Us», diffusée par CBC, suscite la grogne chez des collectivités et des nations qui se sont plaintes du traitement qu’elle leur a réservé.

La CBC a fini par s’excuser devant la pression populaire, mais elle entend toujours poursuivre la diffusion de la série Canada: The Story of Us, même dans l’univers des écoles.

Selon Emma Bédard, la directrice des affaires publiques de la CBC, jointe par Le Devoir, le diffuseur public va tout de même rendre disponibles la série et du matériel qui l’accompagne au bénéfice des écoles. « On croit dans le mandat de la série. Raconter des histoires d’une nouvelle perspective, c’était pour nous une façon délibérée. »

Pourquoi alors le directeur des affaires publiques du diffuseur d’État, Chuck Thompson, a-t-il senti le besoin de s’excuser si c’est pour continuer sur la même lancée ? Dans un communiqué publié mardi, il dit : « Après les deux premiers épisodes, certaines personnes se sont senties mal représentées, et nous nous en excusons. » Il ajoute qu’« à partir des commentaires que l’on reçoit, on va les intégrer ».

Le matériel scolaire lié à la série est-il déjà prêt à être diffusé via Curio, le site éducatif de la CBC ? « Il est avancé, mais il n’est pas terminé, explique Emma Bédard. Nous visons juin. »

Est-ce que, devant la levée de boucliers, la série sera en attendant révisée ? « Non. La série est déjà produite. »

Temporiser

Selon le directeur des affaires publiques de la CBC, « nous n’avons jamais eu l’intention d’offenser qui que ce soit ou quelque groupe que ce soit, ni de minimiser l’importance des histoires qui n’ont finalement pas été incluses dans la série ».

Mais la CBC temporise immédiatement ses excuses en affirmant que le diffuseur public est voué à « tisser des liens » et qu’au fond, il est inévitable que tout le monde ne partage pas le même point de vue.

« À titre de diffuseur public du Canada, nous sommes résolus à faire découvrir aux Canadiens leur pays et leur histoire et à les aider à tisser des liens. Lorsque nous racontons l’histoire d’un pays, il y a inévitablement des citoyens, des historiens et des politiciens qui ont une autre façon de voir les choses, et c’est de toute évidence ce qui se passe avec Canada : The Story of Us. » Ce qui conduit à poursuivre en fait le programme de diffusion.

Problématique

Lundi encore pourtant, la firme mandatée pour la production de cette série, Bristow Global Media, continuait de défendre bec et ongles le fruit de ses efforts.

Dans une lettre adressée au Devoir, les producteurs affirmaient pour se disculper que « Canada : The Story of Us n’est pas l’illustration du documentaire historique exhaustif typique ».

La série reprend, insiste Bristow Global Media, une formule utilisée en Grande-Bretagne, aux États-Unis et en Australie, à savoir une suite de dix émissions d’une heure dans lesquelles on retrouve dans chaque épisode cinq histoires principales. Il a fallu faire des choix, répètent donc les producteurs, en finissant tout de même par reconnaître que l’idée de représenter une collectivité aussi morcelée dans une approche semblable est problématique : « Nous reconnaissons que la notion du “nous” [Us] au sein d’une nation aussi diversifiée que le Canada peut être problématique. » Bristow Global Media dit aussi regretter « que certaines personnes se soient senties mal représentées ».

Mais ce ne sont pas des personnes autant que des collectivités et des nations qui se sont plaintes du traitement que leur a réservé jusqu’ici la série. Au premier chef, on trouve les Acadiens, dont le rôle est marginalisé.

Plusieurs élus de la Nouvelle-Écosse ont fustigé la série au cours des derniers jours. Le premier ministre de la Nouvelle-Écosse, Stephen McNeil, a même été parmi les premiers à sonner l’hallali de la série.

À Québec, le gouvernement de Philippe Couillard, peu suspect de vouloir jeter de l’huile sur le feu dans le cadre des relations avec Ottawa, a lui aussi exigé des excuses. Le ministre des Relations canadiennes, Jean-Marc Fournier, y est même allé d’une formule-choc pour illustrer sa pensée : « Il y a un os dans Story of Us. »

CBC a annoncé qu’à compter de mardi elle organisera une série de « conversations numériques en direct », en français et en anglais, histoire « d’alimenter ce dialogue important sur l’histoire du Canada ». En réplique aux critiques, la compagnie de production avait souligné à plusieurs reprises que la série avait été réalisée, en accord avec la CBC, uniquement à l’intention d’un public anglophone.

38 commentaires
  • Yves Côté - Abonné 12 avril 2017 02 h 53

    I'm sorry, but...

    "I'm sorry but over all, keep going to hell !"
    Voilà en résumé selon moi la signification politique de la propagande nationaliste étroite du Canada qui se cache dans ces mots de désolation.
    Il y a quelques jours dans ces pages électroniques, je m'inquiétais du risque pour nous que le Canada n'organise la diffusion en tambours et trompettes à l'international de ce tissus de mensonges, en le présentant comme exceptionnel en vérités absolues.
    Ce matin, par réalisme et expérience de ce à quoi j'assiste en France depuis plus de vingt ans au sujet du discrédit canadien constant de la nation québécoise et de ses ressortissants, je crains que la chose soit déjà dans les tuyeaux de plusieurs diffuseurs "très bien intentionnés"...
    Raison pour laquelle il nous faut plus que jamais et partout où nous nous trouvons, rester debout et solidaires autour de l'idée et des fondements de la légitimité de nos droits humains collectifs les plus essentiels.
    Dont en premier celui de notre peuple à l'auto-détermination et à la responsabilité unique de celui-ci à contrôler son territoire national, le Québec...
    Bien entendu.

    Vive le Québec libre !

    • Serge Lamarche - Abonné 12 avril 2017 13 h 58

      Vive le Québec libre? C'est ça, bravo, abandonner le Canada au sort que lui réserve les anglais va beaucoup aider la francophonie.
      Ben non, ce qu'il faudrait faire, c'est une réplique en forme de série, mais du point de vue canadien français.

  • Gilles Théberge - Abonné 12 avril 2017 04 h 45

    La CBC, vous savez ce qu'on en pense de la CBC...?

    Lisez plutôt les livres de Serge Bouchard sur les remarquables oubliés, ou sur ces femmes remarquables qui ont fait le Québec, vous en apprendrez beaucoup plus sur vos ancêtres que sur le torchon de la CBC...!

    Quand je pense que même Trudeau a cautionné ça. Ça vous donne un aperçu de son niveau d'assimilation.

    • Alain Lavallée - Abonné 12 avril 2017 08 h 03

      Le gouvernement Trudeau a fait bien plus que cautionné cette série discriminant les Francos et glorifiant les Anglos.

      Il l'a financé. En réalité ce sont nos impôts que paient cette série qui sert à glorifier le Nous canadien(anglo) et discréditer ou effacer le Nous (franco).

      Les fêtes du 150e nous coûtent 500 millions $$$.

    • Claude Bariteau - Abonné 12 avril 2017 12 h 37

      Un torchon est un torchon.

      Il n'y a pas d'excuses acceptables pour assurer sa diffusion. Et faire un procès d'intention sera totalement inutile.

      Une seule chose s'impose : son retrait et sa destruction.

      Toutes autres approches seraient faire indirectement ou dirtectement la promotion d'un torchon.

    • Serge Lamarche - Abonné 12 avril 2017 14 h 02

      Détruire physiquement la série est inutile. Au contraire, on apprend maintenant comment les anlgais continuent à se motiver malgré leurs abus incessants.

  • Alain Lavallée - Abonné 12 avril 2017 04 h 48

    Larmes de crocodile et on continue à diffuser... ces contes discriminants les francos

    Inacceptable que ces docudrames basés sur des silences, et des faussetés soient diffusés dans les écoles.

    L’histoire du Canada est revue et réinterprétée à travers des portraits où les Anglais sont peints de manière positive, tout en dépréciant ou dépeignant négativement, la présence des ancêtres français installés deux siècles plus tôt, ou en la passant sous silence.

    Le but fabriquer un NOUS anglo-Canadien attrayant pour les anglos, les allophones et les francos,

    En bout de ligne, "" de nombreux francophones en viennent à intérioriser un sentiment d'être inférieurs, les poussant vers l'assimilation, car beaucoup cherchent à fuir une identité stigmatisée"" (Michel Bouchard)

    En fait, la diffusion de ces contes pour anglos induit une forme de discrimination systémique à l'égard des francos. La COmmission Couillard doit se pencher là-dessus.

  • Nicole Ste-Marie - Abonnée 12 avril 2017 05 h 02

    "CBC" : Canadian Bashing Corporation

    Avec "the story of us" ce qui est remarquable c'est le bashing anglo-saxon qui se perpétue contre les Québécois francophones.
    Qu'ont-ils donc a se reprocher les Anglos canadiens, loyalistes américains réfugiés au canada, pour tant déblatérer et vouloir banaliser les premiers fondateurs du canada ?

  • Gilles Théberge - Abonné 12 avril 2017 05 h 05

    Voyez jusqu'où va le cynisme de ces gens, dont Emma Bédard, francophone de service dans cette affaire. Comme quoi ça dépend de qui te paie, tu peux dire ce qu'ils veulent, même si tu pense le contraire? Comment à avaler le tas de couleuvres de la CBC n'est-ce pas?

    Nous somme conscient, et c'est normal que les historiens aient une autre façon de voir les choses, répond-on...

    Et pendant ce temps ça va être diffusé dans les écoles anglophones... Ah oui? Les écoles anglophones du Québec aussi...?

    Est-ce que c'est normal?

    "En réplique aux critiques, la compagnie de production avait souligné à plusieurs reprises que la série avait été réalisée, en accord avec la CBC, uniquement à l’intention d’un public anglophone".

    Ah bon!