Une enquête de Victor Lessard

Patrice Robitaille et Julie Le Breton donnent vie au duo de limiers, paire drôlement assortie.
Photo: Club illico Patrice Robitaille et Julie Le Breton donnent vie au duo de limiers, paire drôlement assortie.

Quand le roman policier Je me souviens est paru en 2012, Le Devoir a eu ces bons mots en parlant de « rebondissements étonnants », d’une écriture « flamboyante » et de « vrais personnages », celui de l’enquêteur Victor Lessard lui-même et de sa partenaire de terrain Jacinthe Taillon.

Le roman signé Martin Michaud a reçu un tas d’autres coups de plumeau, y compris des prix. Il s’agit du troisième volume consacré à l’inspecteur montréalais Victor Lessard. C’est ce volet que le tandem Pixcom/Québecor Contenu a choisi pour une première série policière originale diffusée par Club Illico et certainement bientôt sur une chaîne plus traditionnelle. Une bonne idée, parce que, franchement, des séries policières québécoises, il en manque.

Il faudra dix épisodes pour boucler cette boucle. Le premier commence avec fracas en montrant le meurtre mécanisé d’une professeure de psychiatrie impliquant un très cruel appareil de torture appelé la fourchette de l’hérétique. Suit le suicide d’un clochard relié à la première victime.

Le récit embraye autour d’un avocat à succès et d’un sadique avéré alors que d’autres meurtres rituels se préparent. Ce n’est pas briser un très grand secret que dire que cette intrigue en apparence hyperclassique tirera son originalité de ses liens avec des recherches médicales secrètes réalisées à Montréal dans les années 1960.

Chercher la grosse

Comme les romans, cette histoire policière se distingue aussi par ses protagonistes. Patrice Robitaille et Julie Le Breton donnent vie au duo de limiers, paire drôlement assortie. Les deux comédiens jouent en contre-emploi, l’une d’ailleurs plus que l’autre.

Robitaille, barbu, s’est laissé maigrir pour incarner un Lessard nerveux, fumeur, taraudé par d’inquiétants souvenirs, dont ceux d’une enquête précédente qui a mal tourné. Le récit débute au premier jour de son retour au travail.

Le réalisateur Patrice Sauvé expliquait mardi après le visionnement de presse des deux premiers épisodes que son psychothriller offre autant un parcours à l’intérieur de son enquêteur qu’un cheminement de l’enquête. « Le vrai mystère, c’est ce que Victor porte en lui », résume-t-il.

Julie Le Breton offre uneinterprétation encore plus surprenante. Dans son commentaire sur le roman Je me souviens, notre critique parlait du personnage de Jacinthe Taillon comme d’un « étonnant mélange de Berrurier (l’“enflure” fameuse de San Antonio) et du tristement célèbre matricule 728, qui carburait au gaz hilarant tout autant qu’aux beignes Tim Hortons… ».

On n’y est pas. Mme Le Breton n’abuse toujours pas de son droit à l’embonpoint, sans pour autant jouer à la coquette. Elle accentue surtout le côté brut de décoffrage du personnage mal embouché.

« Julie incarne une Jacinthe dans son essence, par sa façon de bouger et de parler », résume l’auteur Martin Michaud, devenu coauteur de l’adaptation. « J’ai vécu ça avec beaucoup de plaisir, avec un sentiment de libération,dit pour sa part Mme Le Breton. Les rides servent le personnage. Les plis aussi. Si j’avais pu prendre 50 livres, je l’aurais fait, mais les conditions de travail au Québec ne le permettent pas. »

Les marques du temps paraissent d’autant plus que le tournage a été réalisé en 4K. Ce format d’image numérique propose de l’ultra-haute définition, prisée au cinéma.

Reste à voir si les fans du livre accepteront cette composition de la belle jouant la fausse grosse lesbienne impertinente. Le reste de la distribution mélange les têtes connues (Michel Dumont, Marc Béland, Paul Doucet, Gilbert Sicotte) et des comédiens moins surexploités comme Sarah Dagenais Hakim et Maxim Mailloux, une autre policière, troisième pivot de l’enquête.

Illico diffuse la production en bloc, tout d’un coup, selon la nouvelle mode imposée par les pure players. Blue Moon a eu droit au même traitement à l’automne.