Six fois l’école alternative

«Il était 6 fois» suit une poignée d’enfants à l’école primaire alternative L’Étoile filante, de Notre-Dame-de-Grâce.
Photo: Productions Liane Simard «Il était 6 fois» suit une poignée d’enfants à l’école primaire alternative L’Étoile filante, de Notre-Dame-de-Grâce.

Toutes les mères ont connu un moment d’interrogation et d’inquiétude en regardant leur enfant passer pour la première fois la porte de sa première année d’école. La cinéaste Liane Simard ne fait pas exception. Dans le documentaire Il était 6 fois, elle a choisi de suivre quelques enfants de la classe de son fils, Arnaud, à l’école primaire alternative L’Étoile filante, de Notre-Dame-de-Grâce.

Intriguée par l’orientation de l’école, qui inscrit l’apprentissage de certaines valeurs au bulletin des élèves, elle a tenté de voir, année après année, comment les élèves intégraient ces concepts dans leur vie de tous les jours. Comme c’est le cas dans plusieurs écoles alternatives, l’école L’Étoile filante exige un engagement des parents des enfants admis. Liane Simard a donc choisi le documentaire pour y arriver. La cinéaste a d’ailleurs sa propre école de coaching de jeunes acteurs.

La femme qui prend la caméra dans Il était 6 fois est pourtant une femme vulnérable, qui se demande elle-même si elle sera assez autonome, lorsque son fils aura terminé sa sixième année, pour le laisser prendre seul le chemin du secondaire.

Photo: Productions Liane Simard La cinéaste Liane Simard et son fils Arnaud, que l’on suit dans ce documentaire

Il est intéressant de voir comment les mots « autonomie », « ouverture », « collaboration » ou « respect », « générosité » et « indulgence » prennent graduellement forme dans le vocabulaire des enfants, et les moyens utilisés par l’école pour les incarner. On remarque notamment le couplage entre mentor et apprenant, qui permet aux enfants d’échanger leurs compétences.

«Ces valeurs font que leur personnalité peut se développer avec les autres. On leur apprend l’empathie », dit Liane Simard. La réalisatrice avance d’ailleurs que des études ont démontré que les enfants réussissent mieux dans les écoles où on enseigne précisément l’empathie. L’approche de L’Étoile filante, dit-elle, est d’apprendre aux enfants à devenir ce qu’ils sont, à trouver leur propre essence et à la cultiver. La taille de l’école, qui compte en tout 132 élèves, y est pour beaucoup.

Le constat que Liane Simard en fait est très positif, même si Il était 6 fois semble parfois manquer de recul par rapport à son sujet. Il aurait été intéressant, par exemple, de comparer l’évolution des enfants de cette école à celle d’enfants d’une école ordinaire. « Cela aurait été superintéressant, mais c’était déjà beaucoup pour moi de suivre ces enfants pendant six ans », dit-elle.

L’école à la maison

Liane Simard raconte aussi comment elle a décidé, au cours de la quatrième année scolaire de son enfant, de s’installer à la campagne et de faire l’éducation à la maison. C’est l’envie familiale d’être ensemble, à défaut de pouvoir s’offrir un voyage de six mois sur un voilier, qui a justifié ce choix. La maison devenait alors « un bateau immobile ».

Alors qu’elle souhaitait lui faire connaître les grands espaces, qu’elle-même avait connus dans sa jeunesse, elle réalise que son enfant unique s’ennuie de ses amis de Montréal.

« On s’est extrait de notre milieu, dit-elle. Et on a réalisé qu’on avait besoin des autres pour être soi-même. » Liane Simard réalise aussi qu’elle doit cumuler tous les rôles, amie, professeure, et mère. Elle ne conclut pas que l’école à la maison ne convient à personne, mais a constaté que cela ne correspondait pas à ses besoins.

Les apprentissages scolaires, explique-t-elle, peuvent être parcourus en deux heures par jour, et son fils a d’ailleurs réussi haut la main ses épreuves à la fin de l’année. Ce qu’il manque, c’est la nécessité de partager avec d’autres enfants, les travaux d’équipe par exemple. Au cours de cet épisode d’éducation à la maison, la réalisatrice écrit cependant un petit roman et demande à son fils de corriger ses erreurs pour lui faire travailler le français.

Réalisé à compte d’auteur, le film a été tourné à temps perdu, et la réalisatrice a dû choisir ces scènes dans de nombreuses heures de tournage. Le produit final a d’ailleurs été précédé d’autres versions.

Le film se termine au terme du primaire, alors que certains élèves ont la larme à l’oeil tandis que d’autres, dont le fils de la réalisatrice, se projettent avec bonheur dans le secondaire.

En fait, c’est plutôt Liane Simard elle-même qui exprime le regret de quitter la petite école qui est devenue pour elle une seconde maison, et les conversations avec les autres parents. L’admission de son fils dans une école privée semble confirmer que les peurs initiales de la mère, qui craignait que l’école alternative ne livre pas ses promesses sur plan scolaire, étaient infondées.

Il était 6 fois

Planète+, dimanche, 20 h 30. Aussi aux Rendez-vous du cinéma québécois, ce samedi, à 15 h.