Récapitulatif de l’épisode final de la série «Cardinal»

Le dernier épisode de «Cardinal», diffusé sur CTV et Super Écran, réussit à clore le récit en déliant tous les noeuds.
Photo: Super Écran Le dernier épisode de «Cardinal», diffusé sur CTV et Super Écran, réussit à clore le récit en déliant tous les noeuds.

Le Devoir conclut l’examen récapitulatif de la minisérie policière Cardinal avec ce survol de l’ultime épisode de la première saison. Il y en aura d’autres.

L’époque favorise les miniséries bouclées. Qui a encore le temps de visionner huit saisons de The Good Wife, aussi intéressants soient certains épisodes de cette ixième production de toge ?

The Night Of réglait l’enquête en huit épisodes bien serrés, la somme dépassant en qualité ses excellentes parties. La production américaine diffusée sur HBO l’an dernier reprenait la courte première saison de Criminal Justice produite en Grande-Bretagne il y a une décennie.

La minisérie Big Little Lies qui vient de commencer sa vie utile sur la même chaîne sera aussi fermée en quelques moutures, sept épisodes dans ce cas pour raconter la vie de femmes, la plupart riches et toutes malheureuses, dans une ville huppée de Californie. Le Québécois Jean-Marc Vallée a dirigé cette nouvelle création du réseau HBO.

Le Québec prend franchement du retard sur ce mouvement à la concentration avec ses interminables productions. ICI Radio-Canada diffusera ce jeudi le 373e et dernier épisode dans le cadre de la quinzième et ultime saison de L’Auberge du chien noir. Mémoires vives, production rigolote, pour ne pas dire risible malgré elle, en est à sa cinquième saison sur la même chaîne. Au secours !

Le gars des vues

Cardinal a fait le bon choix en optant pour un récit ramassé en six étapes. Encore fallait-il doser intelligemment. Le dernier épisode diffusé sur CTV et Super écran réussit à clore le récit en déliant tous les noeuds. C’est la moindre des exigences.

En toute honnêteté, la grande boucle donne parfois l’impression de forcer un peu les explications et d’arranger un tantinet les conclusions avec le gars des vues, en l’occurrence le réalisateur Daniel Grou (Podz) et son équipe. Mais bon, il faut des punchs aussi dans le genre policier. Cette déclinaison en fournit en entortillant les principaux fils narratifs exposés au cours des cinq premières heures. Ces lignes de force concernent l’enquête sur les meurtres et celle sur le policier Cardinal, présumé ripou.

L’enquête de la police. La toute dernière scène du cinquième épisode montrait la meurtrière Edie poignarder sa dernière victime kidnappée. J’écrivais à la toute fin du texte la semaine dernière : « Elle assassine le jeune Keith. » Erreur. Le lendemain matin, la meurtrière ne retrouve plus le cadavre dans le coffre de sa voiture et elle quitte sa résidence. Plus tard, Cardinal retracera le jeune à l’agonie dans un hangar en suivant le sang sur la neige qu’Edie elle-même n’avait pas su voir. Ouin. Tout cela n’était pas dans le roman et passons.

John Cardinal remonte la piste jusqu’à la meurtrière à partir d’un sac de pharmacie retrouvé dans la camionnette de son complice Éric. Le pharmacien compte les comprimés d’une drogue forte dont les traces ont été retrouvées par les médecins légistes. Il en manque cinq selon l’inventaire et Edie est vite identifiée comme coupable. Bon flash assez plausible.

L’enquête sur le policier. Pour comprendre qui fait chanter John Cardinal, Lise Delorme arrive à ses propres recoupements avec des bandes vidéo et de la paperasse. Le lourd secret concerne une dérape qui a coûté la vie à un policier quatre ans auparavant. Delorme rencontre la « maître-chanteuse », Tamara Linstrom. Elle comprend in fine que la femme hyperdépressive de Cardinal a éventé ses sources auprès d’un cartel de la drogue en manipulant le téléphone de son mari.

On peut bien admettre cette histoire un peu farfelue. Les plus sceptiques continueront de se demander pourquoi le policier n’a pas tout simplement révélé la faute de sa femme malade au lieu de se compliquer autant la vie.

Cette révélation a toutefois le mérite d’éclairer autrement le personnage du policier en expliquant un peu mieux sa propre attitude sinon dépressive, au moins mélancolique. Au fond, John Cardinal protège sa femme — elle-même ignore tout de ses responsabilités — tout en poursuivant son travail d’enquêteur pour protéger d’autres victimes.

Une des dernières scènes place Edie dans la maison de Cardinal, où elle a bien l’intention de venger la mort de son infernal compagnon. Elle convainc Kelly Cardinal de la laisser attendre le retour de son père. Quand il se pointe, elle lui tire deux fois dans le ventre et au moment où elle a l’intention d’abattre la fille et d’achever le père, Delorme surgit dans la maison et tire sur Edie.

Et pourquoi pas ? Ces tournants et ces chutes s’inspirent en partie de l’intrigue livresque de référence. D’avoir sauvé Keith et Kelly Cardinal ajoute aux tensions et fait finalement de la très bonne tivi.

Cette première saison connaîtra non pas une mais deux suites, elle aussi bouclées et autonomes. Après le roman à succès Quarante mots pour la neige (2000) introduisant le détective John Cardinal, le romancier Giles Blunt a récidivé avec Sous un ciel de tempête (2002), mettant à nouveau son héros en scène, et quatre autres récits jusqu’en 2012. Il y a de quoi continuer. Et on se le souhaite maintenant.

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