Jean-Marc Vallée fait craquer le vernis des riches

«Big Little Lies», qui compte sept épisodes, met notamment en vedette Reese Witherspoon, Shailene Woodley et Nicole Kidman.
Photo: HBO / Super Écran «Big Little Lies», qui compte sept épisodes, met notamment en vedette Reese Witherspoon, Shailene Woodley et Nicole Kidman.

Ce sera donc une autre très bonne année pour les réalisateurs québécois sur la scène internationale. La meilleure jusqu’ici en fait, mais il y en aura certainement d’autres.

Xavier Dolan sortira son premier long métrage en anglais, The Death and Life of John F. Donovan, avec une distribution olympienne comprenant Jessica Chastain, Kit Harington, Natalie Portman et Thandie Newton. Après avoir remporté quelques Oscar (c’est bien possible), Denis Villeneuve lancera à la fin de l’année Blade Runner 2049, suite du classique de science-fiction de Ridley Scott sorti en 1982.

Pour commencer, voici maintenant Big Little Lies, minisérie réalisée par Jean-Marc Vallée qui débute dimanche à 21 h. La production de HBO, chaîne la plus prestigieuse des vingt dernières années, devrait ensuite faire le tour du monde. Elle sera au programme de Super Écran au printemps.

La très bonne réputation du réalisateur de C.R.A.Z.Y. (2005) et de Wild (2014) y fait pour beaucoup. Mais, très honnêtement, la distribution de rêve pèse encore plus lourd dans la balance des contrats et des attentes.

La production fermée en sept épisodes met en vedette Reese Witherspoon, Nicole Kidman, Laura Dern et Shailene Woodley. Que des femmes, donc, qui ont pour une part coproduit cette histoire rouge et noire racontée du point de vue des protagonistes féminines.

Photo: HBO / Super Écran Laura Dern

Le canevas s’inspire du roman éponyme de l’Australienne Liane Moriarty sur la vie faussement paradisiaque de trois mères. Ici, l’action se transporte à Monterey, ville idyllique de Californie.

Elles sont belles, leurs maris sont beaux, leurs enfants aussi. Ils sont riches, vivent dans de grandes maisons, joggent au bord de l’océan, roulent en Audi, mangent bio dans de magnifiques restaurants.

Ce n’est que de la frime, évidemment. Du vernis, de la façade, du maquillage pour masquer une réalité profondément malheureuse. Ces beautés désespérées ont toutes leurs lourds secrets qu’une chaîne d’événements va finir par dévoiler.

La misère des riches

Celeste (Kidman) est battue par son mari. En fait, elle raconte à sa psy qu’elle entretient une relation tordue et violente avec son beau banquier pour maintenir une dévorante passion sexuelle. Personne n’est dupe à part elle. La comédienne-productrice a précisé en entrevue qu’avec ce rôle elle souhaitait stimuler les débats sur la violence conjugale. Elle a ajouté qu’elle voulait participer à d’autres projets télévisuels féministes.

Jane (Woodley) a été violée par un flirt d’un soir qu’elle recherche pour se venger. Son fils est né de cette agression.

Madeline (Witherspoon) a un amant. Elle offre l’interprétation la plus impressionnante du lot avec celle de Kidman. Tandis que cette dernière incarne en retrait une femme enfermée dans son malheur, incapable de s’extirper de sa relation avilissante, la comédienne chouchoute de Vallée (elle portait Wild) donne de l’ampleur à une antihéroïne pleine de rage assouvissant son besoin d’autre chose, quitte à dévorer quelques innocents au passage.

Renata (Dern) montre le plus insupportable de ce monde faux et méchant. Elle découvre des morsures sur l’épaule de sa jeune fille, accuse le fils de Jane et se lance dans une quête obsessive d’aveux et d’expiation.

Cette anecdote de départ rapproche de l’étincelle dramatique de la série australienne The Slap, retournée aux États-Unis en 2015. Big Little Lies se démarque en introduisant assez vite une histoire de meurtre qui paraît pourtant accessoire dans l’ensemble.

Une tragédie antique

L’essentiel ne se concentre pas dans cette histoire policière. Le noeud concerne la misère psychologique des riches, ou plutôt les luttes intestines d’un univers artificiel exposé comme un champ de bataille où tous les coups sont permis, où les tactiques d’avilissement et d’anéantissement de l’autre prennent des proportions homériques. Un choeur de commères intervient sporadiquement pour accentuer une impression de tragédie antique.

Les lieux de ces affrontements épuisants et destructeurs demeurent pourtant on ne peut plus banals, familiers à tous. Il y a la cour d’école, bien sûr, les terrasses des cafés, les cuisines et les salons des résidences cossues. Les fêtes d’enfants et les dîners en famille deviennent des luttes rangées où les vannes remplacent les poignards.

Jean-Marc Vallée amplifie l’atmosphère psychodramatique en introduisant constamment des extraits de rêves parfois sanglants. Il joue aussi avec les effets sonores, les ralentis et l’exposition de flux de conscience.

La critique se divise devant le résultat. Les plus sévères jugent qu’il s’agit d’une sorte de soap avec plus de moyens, plus de stars, plus de jurons et de nudité. Big Little Lies ne ferait que reprendre les sempiternels thèmes de la famille moderne éclatée, à commencer par les tensions entre les professionnelles et les mères à la maison.

Les plus généreux préposés au sens multiplient les éloges. Le critique de Variety a osé des rapprochements avec la première saison the True Detective, par exemple pour son exposition de l’intime dans un cadre social étouffant.

Qui verra jugera. Et peu importe, ce sera tout de même une excellente année pour les réalisateurs québécois.