Caroline Dhavernas: la mort vous va si bien

L’actrice Caroline Dhavernas tient le premier rôle de la nouvelle série «Mary Kills People», une urgentologue mère célibataire.
Photo: Corus Publicity L’actrice Caroline Dhavernas tient le premier rôle de la nouvelle série «Mary Kills People», une urgentologue mère célibataire.

Caroline Dhavernas est en ce moment au centre d’une importante campagne promotionnelle à l’approche de la première, le 25 janvier, de la série Mary Kills People. La comédienne y défend le rôle-titre, celui d’une médecin qui pratique des euthanasies clandestines. Il y a un « buzz » autour de ce drame mâtiné de comédie noire, et à cause du sujet, le réseau Global s’attend à une certaine controverse.

« Ça fait tellement du bien de parler français », s’exclame Caroline Dhavernas, toujours à Toronto où la série a été tournée, et un brin essoufflée au terme d’un marathon d’entrevues accordées à divers journaux, télés et radios anglophones.

Un premier rôle, donc, que celui de Mary Harris. Urgentologue et mère célibataire, Mary compose tant bien que mal avec une existence d’autant plus compliquée qu’elle mène depuis six mois une double vie : sollicitée par des patients en phase terminale, elle leur permet de mourir dans la dignité au moment de leur choix. Or, son action clandestine menace de l’envoyer en prison. En effet, dans la ville nord-américaine anonyme où se déroule l’intrigue, le suicide assisté est illégal.

« J’ai été séduite par le personnage et par le sujet, simultanément, précise Caroline Dhavernas. C’est important pour moi que ces deux aspects soient au rendez-vous. Le sujet est en l’occurrence d’actualité, mais c’est un peu accidentel : Tara Armstrong [la créatrice] a commencé à travailler sur la série bien avant que le projet de loi sur l’aide médicale à mourir soit sanctionné en juin dernier. Quant au rôle lui-même, je crois que tous les acteurs aiment pouvoir jouer des personnages pleins de zones grises, de contradictions… Mary est un être compliqué. Elle agit par compassion, mais elle a aussi des raisons plus intimes, qui remontent à l’enfance. Et il y a de l’humour — comme on peut trouver le moyen de rire, contre toute attente, lors d’un enterrement. Ça m’a plu également. »

Ici comme ailleurs

Elle n’en a pas l’air avec son beau visage perpétuellement jeune, mais cela fait déjà plus de 25 ans qu’elle roule sa bosse en télévision, Caroline Dhavernas. Vrai, elle y a débuté toute gamine. Il n’empêche, après avoir collaboré à des séries québécoises (Blue Moon), canadiennes-anglaises et américaines (Hannibal), elle cumule une expérience impressionnante. Comment ces télés se comparent-elles entre elles ?

« La différence fondamentale réside dans le budget alloué. Quand on a plus d’argent, on a davantage de temps pour faire les choses. Ça permet aussi d’écrire différemment, dans la mesure où on écrit ce qu’on est capable de tourner. J’aime travailler avec des producteurs qui prennent soin de leur équipe et des réalisateurs qui ont une vision. Dans le cas de Mary Kills People, non seulement on tournait dans le désordre, mais on se trouvait à raconter une histoire très complexe. Ç’a aidé qu’une seule personne — Holly Dale — réalise tous les épisodes ; elle a fait un travail formidable. »

À cet égard, Mary Kills People est une série imaginée, écrite, produite et réalisée par des femmes.

« C’est la première fois que je collabore à une série où il y a autant de femmes qui occupent des postes de pouvoir. Une partie de moi a envie de célébrer ça, mais en même temps, je voudrais que ce soit normal, qu’on ne soit plus obligé de le signaler. Mais justement, il faut encore en parler parce qu’il y a encore du chemin à faire : j’ai participé à tellement de séries où il n’y avait que des hommes qui réalisaient… »

L’autre écran

Côté cinéma, où on l’a vue récemment dans La chambre interdite, de Guy Maddin, et Chasse-galerie : la légende, de Jean-Philippe Duval, Caroline Dhavernas a achevé aux États-Unis le tournage du film indépendant Easy Living. Elle y incarne une vendeuse en pleine déroute existentielle. Au Québec, elle est attachée au prochain film de Martin Laroche, réalisateur du puissant Les manèges humains, en attente de financement.

« Je continue mon travail de porte-parole pour Lise Watier ainsi que mon implication auprès de la maison Passages, qui vient en aide aux femmes en difficulté. Quant aux autres projets de films et de séries, c’est difficile de me commettre davantage : tout dépend du futur de Mary Kills People. L’équipe planche sur une deuxième saison : on croise les doigts. »

Quoi qu’il advienne de Mary, on ne s’inquiète guère pour son interprète, qu’il fait toujours bon retrouver au petit comme au grand écran. Du reste, comme le fait remarquer son personnage dans le premier épisode : « Même s’il y a de l’incertitude, ça ne veut pas dire qu’il y a quelque chose à craindre. »

Et de fait, Mary Kills People a d’ores et déjà été achetée par la chaîne américaine Lifetime, qui diffusera la série aux États-Unis à partir du 23 avril.

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