HBO lance sa série controversée « The Young Pope »

L’acteur britannique Jude Law incarne le souverain pontife imaginaire dans la série télé The Young Pope qui débute dimanche sur HBO.
Photo: HBO L’acteur britannique Jude Law incarne le souverain pontife imaginaire dans la série télé The Young Pope qui débute dimanche sur HBO.

Il est beau et jeune (tout est relatif), ambitieux, surpuissant. Surtout, surtout, il est pape et il se prépare à casser la baraque catholique. C’est de la fiction, évidemment. Le comédien britannique Jude Law incarne ce souverain pontife imaginaire dans la série télé The Young Pope, qui débute dimanche sur HBO.

Dire que cette production est attendue relève d’un euphémisme assimilable à une faute, pour ne pas dire un péché d’expression. Mea culpa…

La série arrive avec de notables lettres de créance. D’abord, bien qu’en anglais, il s’agit bel et bien d’une production italienne, ce qui assure une haute qualité scénographique déjà palpable dans les bandes-annonces. Il n’y a rien comme l’Italie pour reproduire l’Italie et son enclave vaticane.

Ensuite, cette série est écrite et dirigée par Paolo Sorrentino. On lui doit la satire politique Il Divo (2008) ; le portrait de groupe avec Rome, dans La grande bellezza (2014), Oscar du meilleur film étranger ; et la réflexion sur l’être et le temps Youth (2015). Signor Sorrentino à un don particulier pour prendre avec un détachement cynique tout ce qui semble sinon sacré au moins important. Il préparait un biofilm sur le Donald Trump italien Silvio Berlusconi, mais le projet a été annulé. Dommage.

L’histoire papale fait le reste pour boulonner l’intérêt. C’est donc celle de Lenny Belardo, archevêque de New York, qui devient Pie XIII, en hommage à Pie XII, mort en 1958, avant l’aggiornamento de Vatican II.

Ce Pie machiavélique et restaurateur lance la machine en arrière. Ce jeune pape, c’est donc un vieux conservateur qui, dès sa première adresse urbi et orbi, exige des catholiques du monde entier qu’ils se retournent vers Dieu, corps et âme, à n’importe quel prix.

C’est de la fiction, évidemment. Quoique le vrai vieux pape François, au style décoiffant, dérange à sa manière progressiste l’Église sclérosée comme le révèlent plusieurs livres et reportages publiés au cours des dernières semaines. Des cardinaux conservateurs osent même lui tenir tête sur ses positions indulgentes concernant les divorcés remariés ou l’homosexualité. La réalité renverse la fiction.

Cela résumé et contextualisé, les critiques semblent généralement positives en Europe, où des journalistes ont déjà vu la série diffusée cet automne. The Guardian de Londres concentre l’éloge en disant que The Young Pope s’avère « fantastiquement anxiogène » tant sur le fond (un leader, seul contre tous, pour restaurer la gloire d’une institution deux fois millénaire) que sur la forme (avec insertion de rêves et de retours en arrière dans le récit). L’iconoclaste Sorrentino a par exemple inséré des images de parties de soccer entre nonnes en savates qui rajouteraient de l’incongruité troublante. Jude Law est encensé partout, tout comme Diane Keaton, qui incarne une soeur désignée comme secrétaire par le jeune pape.

Il y aura une deuxième saison. La première devrait évidemment trouver preneur sur une chaîne en français au Canada près de chez vous. Alléluia.