Pas de répit pour Valérie

Sophie Cadieux incarne Valérie, une femme de carrière au bord de la crise de nerfs.
Photo: ICI Radio-Canada Sophie Cadieux incarne Valérie, une femme de carrière au bord de la crise de nerfs.

« Isabelle Langlois, c’est la reine de la réplique qui tue ! » affirme le réalisateur Stéphane Lapointe (Tout sur moi, La théorie du K.O.). On ne saurait le contredire ! De fait, l’auteure de Rumeurs et de Mauvais karma n’a rien à envier à Amy Serman-Palladino et à ses répliques-mitraillettes de Gilmore Girls. Dès qu’entrent en scène Sophie Cadieux et Sylvie Léonard, qui forment un jubilatoire tandem mère-fille, on sait déjà qu’on ne s’ennuiera pas une seconde devant Lâcher prise.

Quel est donc le secret de ces répliques corsées qui fusent comme des balles ? « Mon sens de la répartie me vient de mon père, qui fait mouche à chaque coup. Je regarde beaucoup la télévision et je crois que j’ai de l’oreille. Dans la vie, je suis comme tout le monde : la bonne ligne, elle me vient quatre jours plus tard », confie Isabelle Langlois.

Ayant interprété Clara, la petite soeur de Benoît Dumais (James Hyndman) dans Rumeurs, Sophie Cadieux se retrouve une fois de plus au coeur de l’univers haut en couleur d’Isabelle Langlois. Cette fois, elle y incarne Valérie Daneau, 36 ans, femme de carrière au bord de la crise de nerfs.

« J’avais une petite réserve quand j’ai su qu’elle venait auditionner pour le rôle, révèle l’auteure. Elle a tellement été Clara pour moi que je me disais que je ne pourrais pas fermer la porte entre ce personnage et un nouveau. En audition, Sophie a joué une espèce de lassitude profonde et c’est ce qui m’a séduite. »

 
Photo: ICI Radio-Canada L’auteure Isabelle Langlois a voulu se pencher sur ce qui nous mène au surmenage avec ce «Lâcher prise».

Maman très chère

Mère d’un garçon de cinq ans, Valérie n’aura d’autre choix que de reprendre contact avec sa mère lorsque son ex-mari Éric (Simon Lacroix) et son amoureux Kevin (Éric Paulhus) — eh oui, monsieur est sorti du placard après 12 ans de mariage — ne pourront s’occuper du petit. Surnommée le monstre par Kevin, Madeleine est une ex-journaliste de Radio-Canada qui vit très mal sa retraite.

« Le duo est naturel, organique. Sylvie et Sophie pourraient être mère et fille dans la vie. Une fois que tu as le bon casting, le réalisateur a moins de travail », lance Stéphane Lapointe.

« Les relations mère-fille, c’est très riche, explique Isabelle Langlois. Ces deux femmes se ressemblent beaucoup plus que l’une et l’autre veulent l’avouer. Toutefois, Lâcher prise est plus axée sur la famille que sur leur relation. L’amitié, telle qu’on la dépeint dans nos séries, est très idéalisée. Valérie n’a pas nourri ses amitiés, alors, quand tout éclate, elle se retrouve Gros-Jean comme devant et il ne lui reste que sa famille, dont elle s’est occupée comme elle a pu, et assez mal, comme on peut voir. »

Bombe à retardement

Frappée par le nombre de personnes vivant un burn-out autour d’elle, Isabelle Langlois a voulu se pencher sur ce qui nous mène au surmenage. Bien que le sujet soit grave et encore tabou pour certains, elle a favorisé l’angle de la comédie. Sachez cependant que l’émotion sera aussi au rendez-vous.

« J’aime la comédie, mais surtout lorsqu’on y parle de quelque chose d’important, qu’il n’y ait pas que du rire pour le rire, explique Stéphane Lapointe. Lâcher prise parle beaucoup de notre époque. On vit dans un monde un peu malade, assez agressif, qui exige beaucoup de tout le monde. On est tous à deux stress et quart du burn-out. Ça va faire du bien aux gens de connecter avec un personnage sensible et humain qui vit dans ce monde à peine grossi. »

Alors que les personnages de Rumeurs et de Mauvais karma étaient de jeunes trentenaires en crise identitaire, Isabelle Langlois a voulu explorer un personnage approchant la quarantaine. « Ce qui m’intéressait, c’était ce moment-là de la vie où l’on ne se cherche plus, où l’on a accompli un certain nombre de choses sur les plans professionnel et personnel. Il y a comme un moment de bilan qui arrive où l’on revisite les choix qu’on a faits. Je regarde Valérie se démener dans les choix qu’elle a faits et je crois qu’il y a des questions à se poser sur sa liberté. Elle est prisonnière de beaucoup de ses choix. »
 

Souhaitant tourner une comédie à échelle humaine, Stéphane Lapointe s’est notamment inspiré de la série américaine Transparent. « On n’est pas dans la parodie ni dans la satire. Je voulais qu’on soit à fleur de peau, qu’on s’attache tellement à Valérie qu’on puisse la suivre dans les zones plus tendres, plus drôles, plus dramatiques. J’avais besoin d’un être humain authentique, car il fallait qu’on voie un personnage en difficulté et non une actrice qui s’amuse à nous faire rire. Au fond, Valérie, c’est un peu nous autres, elle nous ressemble. »

Dès le 9 janvier, les spectateurs pourront enfin découvrir le premier des 13 épisodes de Lâcher prise. Pour sa part, Isabelle Langlois écrivait le quatrième épisode de la deuxième saison au moment de l’entrevue.

« Le burn-out ne se prépare pas en trois jours. Dans le cas de Valérie, on imagine énormément d’accumulations, de trucs balayés sous le tapis. Étant une femme assez structurée, organisée, rigide, Valérie, qui craint l’héritage de sa mère, qui a eu des épisodes importants de dépression, peut aller longtemps dans le déni. Et elle y ira assez longtemps ! » promet Isabelle Langlois.

Lâcher prise

ICI Radio-Canada, lundi, 19 h 30

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