Quelle famille?

La belle et bonne saison de «Mes petits malheurs» est celle de 1986, un été passé au chalet de la famille Dubé.
Photo: Source Radio-Canada La belle et bonne saison de «Mes petits malheurs» est celle de 1986, un été passé au chalet de la famille Dubé.

La série familiale, comme genre télévisuel, a beaucoup donné. Une liste américaine non exhaustive tirée de l’encyclopédie en ligne Wikipédia recense près de 100 titres, de Father Knows Best (1954-1960) à Modern Family (depuis 2009). La sous-catégorie des groupes dysfonctionnels en rajoute encore plus, de Dallas à The Sopranos. La famille s’expose maintenant généralement dans un portrait éclaté et fêlé.

La télé québécoise n’est pas en reste avec un tas de productions, des Plouffe à La galère. Les Parent ont occupé le créneau pendant huit saisons, jusqu’à l’an dernier, exposant l’amour d’une cellule nucléaire au temps des rapports égalitaires entre le noyau et les électrons. La série aurait d’ailleurs dû s’intituler Les enfants, tant la royale marmaille imposait ses règles dans ce petit monde quasi parfait.

Le relais

Mes petits malheurs prend le relais le même jour (le lundi), à la même heure (à 19 h 30), dès la semaine prochaine, sur ICI Radio-Canada Télé. Le visionnement de presse de lundi a permis de découvrir un autre groupe familial uni, heureux, à peine tracassé par les aléas d’une vie heureuse et généreuse. C’est de la série bonbon, positive, remplie à ras bord de bons sentiments et donc complètement à contre-courant des portraits de groupes tourmentés qui inondent maintenant les ondes.

Mes petits malheurs annonce en sous-titre une « chronique d’un été mémorable ». Cette belle et bonne saison, c’est celle de 1986, passée au chalet de la famille Dubé. Il y a Claude (Jean-Michel Anctil), médecin moustachu amoureux de son boulot, et sa femme Nicole (Catherine Proulx-Lemay), ancienne infirmière maintenant au service de ses trois enfants : Myriam (Rose-Marie Perreault), délurée de 18 ans, Sylvain (Luka Limoges), sportif de 16 ans, et puis Jeffy (Antoine Marchand-Gagnon), le petit dernier de 12 ans « et trois quarts », celui par qui les petits malheurs arrivent.

Le récit se fait à rebours, par les souvenirs de Jeffy maintenant adulte et lui-même papa. L’hyperactif télévisuel Louis Morrissette (qui a aussi été conseiller à la scénarisation, ceci expliquant cela) prête sa voix à l’adulte qui raconte l’été de sa prime adolescence au fur et à mesure qu’elle se déroule.

Un thème par épisode

Chaque épisode aborde un thème. Le tout premier place les personnages à l’arrivée au chalet. Le deuxième traite de l’amitié, le troisième de l’éveil des sens. Les interactions se font avec les autres estivants, le livreur de pain, les jeunes voisines, le dépanneur, etc.

Le résultat ne réinvente pas la roue sérielle. Cette production nostalgique expose le temps qui passe à travers ses manifestations superficielles, la mode, les coiffures, les autos, la bouffe (le Map-O-Spread…) et bien sûr la technologie (un Commodore 64, un Walkman jaune…). Ça va, on connaît. En passant, c’est un détail, mais le diable s’y cache : le niveau de vie de cette famille de médecin semble bien en deçà des normes d’hier et d’aujourd’hui.

La série reprend aussi la bonne vieille rengaine voulant que le temps passe alors que l’amour familial reste. C’était déjà la leçon des Parent et de tant d’autres.

On rigole, parfois même de bon coeur, mais n’est-ce pas la moindre des attentes dans une comédie ? L’auteur Jean-François Léger (des Bye Bye, de plusieurs épisodes d’Un gars, une fille) a le sens des formules et il a passé sept années à fignoler cette création.

Seulement, le fond comme la forme demeurent on ne peut plus traditionnels. On n’est pas devant la délicieuse Théorie du KO, mettons. On se retrouve plutôt devant une proposition télévisuelle qui semble plus tenir d’un Ancien Régime télévisuel (on ne dira pas des années 1980…), soit avant la révolution sérielle qui a tout chamboulé depuis le tournant du siècle.