L’année Anne-Élisabeth Bossé

Stéphane Baillargeon Collaboration spéciale
La nouvelle série «Les Simone» à Radio-Canada offre un premier grand rôle à Anne Élisabeth Bossé.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir La nouvelle série «Les Simone» à Radio-Canada offre un premier grand rôle à Anne Élisabeth Bossé.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

À chaque comédien sa petite légende du Conservatoire (ou de l’École nationale de théâtre). La plus banale raconte qu’un tel a été admis dans le Saint des saints, sans même y avoir songé, parce qu’il rendait service en donnant la réplique à un ami inscrit aux auditions.

L’anecdote concernant Anne Élisabeth Bossé remonte plutôt à la toute fin de sa formation. Une enseignante faisant ses adieux à ses pupilles leur a lancé que chacune pourrait jouer les jeunes premières, toutes, « sauf vous peut-être, Anne-Élisabeth… ».

La vanne a touché et blessé, un peu. Comme une plaisanterie désagréable. « Ces choses-là doivent être dites et comprises, a reconnu plus tard la jeune professionnelle, mais peut-être avec un peu de délicatesse. »

Elle n’a donc pas joué les jeunes premières. Et alors ? Un tas de rôles complexes, passionnants, hors norme, lui ont été confiés depuis la promotion 2007. La jeune seconde s’est fait remarquer au cinéma dans Les amours imaginaires, en arrière-plan, des fonds de bouteille sur le nez. On l’a vue cet hiver dans une dizaine de pièces, dont Unité modèle (Théâtre d’Aujourd’hui).

Je suis surtout choyée d’avoir accès à des rôles aussi diversifiés. Je peux passer d’une prostituée à une religieuse dans la même année

 

Elle s’est fait connaître du grand public dans 30 vies (ICI RC Télé), puis dans Toute la vérité (TVA). Elle continue de délirer en bande depuis neuf ans dans Les appendices (TQ). Puis, elle a évidemment été Charlène, celle que l’animateur de radio Jean-Philippe Wauthier a présentée comme « la guedaille dans Série noire », adepte du « crosse-tette », aussi appelé branlette espagnole et cravate de notaire.


« On étudie pour apprendre à tout faire, ou presque, commente la comédienne à la carrière enviable. À l’école, on nous fait jouer des rôles qu’on n’aura peut-être jamais la chance de rejouer dans notre vie professionnelle. Mais moi, je ne suis pas quelqu’un qui réfléchit beaucoup à sa carrière. Je n’ai pas tant d’attentes. Tout ce qui m’arrive est vraiment accueilli avec joie et bonheur. »

Les Simone… de Beauvoir

C’est maintenant le temps d’embrayer en vitesse supérieure avec un premier grand rôle dans une série pour ainsi dire conçue pour elle. Les Simone prend l’affiche le 14 septembre à la chaîne généraliste publique. La série coécrite par Louis Morissette (CA) et l’humoriste Kim Lévesque Lizotte propose un portrait de groupe avec jeunes féministes, ici, maintenant. L’appellation fait référence à Simone de Beauvoir.

« Ce titre me fait peur un peu. Je crains que les féministes ne nous attendent avec une brique et un fanal. On se comprend : c’est un show d’humour, pas une illustration du Deuxième sexe. Quand même, moi, je retiens cette idée qu’on ne naît pas femme, qu’on le devient. Dans la vie, nous sommes mus par des valeurs inculquées, des modèles. Mais les femmes osent de plus en plus choisir des vies qui leur ressemblent, redéfinir leurs modèles. »

Voilà donc la trame de fond de la série qui expose les parcours entrecroisés de trois femmes dans la jeune trentaine : Nikki (Marie-Ève Perron), artiste déjantée ; Laurence (Rachel Graton), « Miss-parfaite-wannabe » ; et Maxim, personnage de Mme Bossé, qui plaque homme et maison de banlieue à Québec pour se retrouver à Montréal.

« Ma génération est sujette à beaucoup de jugements. Celle qui ne fait pas d’enfants est jugée. Celle qui ne choisit pas de faire carrière aussi. Traînent aussi un tas de clichés, par exemple cette idée que les femmes frustrent les hommes sexuellement. Autour de moi, j’observe surtout qu’il y a bien plus de filles mal baisées que de gars mal baisés. Dans la série, on parle de cette réalité, de notre modernité, avec un portrait juste et complexe qui essaie de dépeindre quelque chose. »

Elle dit alors : « Je ne suis aucune règle », jouant sur l’ambiguïté entre elle et son personnage. « J’ai quelque chose à amener à ce rôle. Je pense que, pour jouer Maxim, ça prend mon coeur et mes référents, mes gestes et ma façon de parler. Je me suis dit qu’en rentrant dans ce personnage, je pourrais le rendre intéressant et le mettre en lumière. J’y suis allée avec toute mon authenticité. »

Elle se donne à plein dans plusieurs autres projets pour faire de 2016-2017 l’année Bossé. Elle joue dans un autre nouveau show, Ça décolle (V), production à sketchs campée dans un avion. Elle poursuit dans deux productions de retour (Les pays d’en haut et Les appendices).

« Je suis surtout choyée d’avoir accès à des rôles aussi diversifiés. Je peux passer d’une prostituée à une religieuse dans la même année. Cette fois, je passe d’une hôtesse de l’air à une femme de la fin du XIXe qui défriche des terres, à une héroïne surpermoderne, tout en continuant de faire des niaiseries pas possibles avec la gang des Appendices. »

Osez, les filles !

L’écran l’emporte sur les planches, qu’elle ne néglige pourtant pas au rythme d’une ou deux pièces par année. Elle devait y remonter bientôt. On lui a proposé deux pièces, elle en a refusé une et en a accepté une autre, qui ne se fera finalement pas.

« On pense encore à moi pour le théâtre et j’espère que ça va durer. Même si ça me stresse beaucoup plus qu’avant. Avec le temps qui passe, je suis plus consciente de certains dangers et je suis plus fébrile quand je monte sur scène. J’ai eu des blancs, des angoisses. Ce qui est dur, c’est de se lever à 4 h du matin, de tourner toute la journée, puis de jouer le soir. Avant, j’étais en téflon. Maintenant, j’ai plus conscience de mes limites. »

Des limites, par contre, elle n’en connaît pas avec sa bande surrigolotte des Appendices. On lui a tout fait faire, des mâles de base comme des femmes du monde. Elle a déjà vomi des torrents dans un sketch.

« Je n’ai pas d’orgueil avec eux. Ils peuvent me demander n’importe quoi, je leur fais confiance. Je pense d’ailleurs qu’on demande moins aux filles d’oser autant et que c’est bien dommage. »

Alors, pourquoi le lui demande-t-on à elle ? « Je ne sais pas trop. Je suis facile d’approche. Je ne cultive pas de mystère autour de ma personne. On sait que je suis game. Je pense aussi qu’on n’a pas trop de contrôle sur ce qu’on dégage, et moi, je dégage probablement de l’audace. »

Elle avoue que le personnage dans Les amours imaginaires a servi à établir cette réputation. Elle rappelle surtout avoir fait sa marque doucement, en gravissant les échelons un à un. Elle explique que les choix dans son métier peuvent se faire en se laissant guider par un projet, ses porteurs, ou même l’argent, puisqu’il faut bien vivre.

« Moi, j’y vais pour les gens, ajoute-t-elle. Et j’y vais avec beaucoup de spontanéité. Je pense que j’ai eu le plus de flair en quittant 30 vies après trois saisons. Cette série m’a mise sur la map et je n’ai jamais autant appris que sur ce plateau. C’est une école militaire. J’aurais pu continuer longtemps, mais je trouvais ça dangereux de continuer parce que ce genre de production ne laisse pas d’espace pour le théâtre ou d’autres projets. Je pense par exemple qu’on ne m’aurait pas offert Série noire si je n’avais pas lâché 30 vies. »

Cinq nouveautés à surveiller

Feux, une nouvelle série dramatique scénarisée par Serge Boucher, ICI RC Télé, lundi soir, 21 h, dès le 12 septembre.

L’imposteur, un thriller urbain avec Marc-André Grondin, TVA, lundi 21 h, dès le 12 septembre.

ALT (Actualité légèrement tordue), une revue de l’actualité proposée par Phil Roy, Vrak, mercredi 14 septembre, 17 h.

Prémonitions, une série fantastique avec Pascale Bussières, Addik TV, le jeudi à 22 h, depuis le 22 août.

Info, sexe et mensonge, la nouvelle création de Marc Labrèche, Artv, vendredi à 21 h, dès le 23 septembre, rediffusion le samedi 8 jours plus tard à 22h30 sur ICI RC Télé.
2 commentaires
  • Gaston Bourdages - Abonné 27 août 2016 09 h 02

    Cette «enseignante faisant ses adieux....

    ...s'est trompée. Tant mieux pour madame Anne Élizabeth et pour nous.
    Sur un passage de votre article, fort intéressant monsieur Baillargeon, je me suis spécialement attardé; madame Simone et madame Bossé qui disent: je ne suis pas née femme.
    Je ne suis, moi non plus, né homme. Je suis à le devenir. Oui en compagnie, je dirais, de mes 72 grisonnants et heureux printemps, à l'automne de leurs vies et de l'aide des «autres», je deviens. Vais-je y voir la fin de ce devenir? J'en doute. J'y fais de mon mieux alors que «mon» épouse y contribue, y collabore, essentielle complice qu'elle est.
    La plus chaleureuse et cordiale bienvenue «Aux Simone»
    Bravos à madame Bossé, enfin si tel est le cas...première.
    Gaston Bourdages,
    Auteur.

  • Martin Dupuis - Inscrit 27 août 2016 14 h 00

    Deux prenoms de reine

    Anne-Elizabeth la bien nommee, m'enchante depuis la premiere fois ou je l'ai vue dans "Les amours imaginaires". Du talent a revendre direz-vous, absolument.

    Je lui souhaite un parcours parseme d'etoiles.