Dans sa caméra

Le personnage d’Édith Cochrane est une vipère déguisée en racoleuse.
Photo: TV5 Le personnage d’Édith Cochrane est une vipère déguisée en racoleuse.

Il faut le dire tout de go : c’est franchement très rigolo et on s’amuse beaucoup devant les capsules thérapeutiques proposées par TV5 pour l’été. La nouvelle série bidonnante Web thérapie met en vedette Édith Cochrane dans le rôle d’une très délicieuse et parfaitement machiavélique fausse thérapeute exerçant (illégalement) en ligne. La production subdivisée en courtes séances captées par des caméras d’ordinateur devrait en plus cartonner au max sur le Web puisqu’elle est aussi faite expressément pour cette déclinaison et pour consultation à volonté.

Reprenons, en long. Mme Cochrane incarne Florence Champagne, femme d’affaires on ne peut plus centrée sur elle-même qui a quitté son emploi dans des circonstances nébuleuses. Pour se refaire, elle s’autoproclame webthérapeute express, à coup de séances de trois minutes, et pas plus.

Ses premiers (et seuls) clients proviennent de son ancienne entreprise. Entre deux enregistrements similicliniques, les captations permettent d’éclairer ses relations tordues avec son mari (Pierre Brassard), avocat conservateur prêt à se lancer en politique, sa mère bobo millionnaire et son assistant Jérôme.

La technique frontale de tournage peut faire penser (un peu) à la défunte série Caméra café, qui se déroulait dans l’oeil fixe d’une machine distributrice. La convention permet cette fois de diviser l’écran pour placer côte à côte l’image de l’improbable coach de vie et celle de son infortunée clientèle incarnée notamment par Marie-Soleil Dion, Antoine Vézina, Sarah-Jeanne Labrosse, Diane Lavallée, Pascale Bussières et Anne-Marie Cadieux.

Photo: TV5 Les captations permettent d’éclairer les relations tordues de la thérapeute avec son mari, joué par Pierre Brassard.

Un humour noir

Ça donne quoi ? Dans une des premières séances, la doctoresse s’acharne sur le sort de son cobaye préféré, son assistant (Olivier Morin). Il lui explique qu’il a consulté ailleurs pour comprendre qu’il avait des choses à régler avec son père. « Ton père ? lui demande Florence en consultant ses notes. Ah oui, celui qui t’a abandonné dans une banque de sperme… »

Il lui confie ensuite qu’il vient de découvrir que sa fiancée est le produit d’une insémination artificielle de la même origine. « Ce qui en fait ta fiansoeur », lui propose alors la vilaine, qui va finir par se vanter de ses surprenantes capacités compassionnelles auprès de son mari : « Édouard, je soigne maintenant l’inceste ! »

Les échanges claquent et portent souvent autant en assumant un humour noir et décapant. Les personnages sont tous très typés, jusqu’à la caricature. Et, oui, Katia, la réceptionniste, est cocotte et cochonne.

Web thérapie peut en plus compter sur le succès de la version originale américaine Web Therapy, inédite ici. Les webépisodes ont commencé leur vie utile en 2009 et ont vite été transférés sur la bonne vieille plateforme télévisuelle l’année suivante par le réseau Showtime.

Le sort ne manque pas d’ironie ici puisque TV5 a adapté et diffusé In Therapy, sérieuse et bouleversante série israélienne sur un psy et ses patients. Voilà donc maintenant une version disjonctée et renversante où les pauvres patients ne reçoivent aucune aide de leur thérapeute narcissique et manipulatrice à souhait.

L’indéniable qualité de la série repose sur des interprètes de haut niveau, en commençant par Édith Cochrane qui, il faut le redire, surélève la performance. Elle s’avère franchement tout entière dessinée pour incarner ce personnage et dans ce format.

Ses mimiques constantes, ses moues hyperexpressives cadrent parfaitement avec la mécanique frontale de tournage. Mme Cochrane, comme ses malheureux patients, n’apparaît qu’en gros plan fixe et son physique atypique, à la fois charmant et rigolo, sied à la contrainte.

Elle incarne en fait un mélange saugrenu de femme charmeuse et médisante qui donne toute l’ampleur souhaitée au personnage. Sa Florence n’est pas qu’une simple charlatane : c’est une vipère déguisée en racoleuse.

On s’amuse beaucoup, mais reste à voir si l’intérêt va perdurer. La formule pourrait vite tourner à la formule, justement. On verra bien à l’usage. Mais bon, pour l’instant, telles qu’elles sont, ces jouissives séances de défoulement tiennent leurs divertissantes promesses. Champagne pour tous et merci !

Web thérapie

TV5, mercredi, 21 h 30