Les séquelles des meurtres en série

«Séquelles» est une production originale qui s’appuie sur un roman de Johanne Seymour, «Le cri du cerf».
Photo: Séries + «Séquelles» est une production originale qui s’appuie sur un roman de Johanne Seymour, «Le cri du cerf».

Le « Nordic Noir », ça vous dit quelque chose ? La revue britannique Journal of Popular Television a fait le point l’an dernier sur ce genre télévisuel très prisé. Ce créneau désigne les séries tournées dans les pays scandinaves depuis deux décennies. Les plus récentes comme Wallander (2005-2014) ou Forbrydelsen/The Killing (2007-2012) poursuivent une longue tradition narrative utilisant les histoires policières pour aborder des questions d’ordre sociopolitique ou philoéthique.

Ces créations, souvent inspirées de romans policiers, ont été vues dans des dizaines de pays. Elles ont même influencé la production de nouvelles boutures ailleurs dans le monde, par exemple True Detective (É.-U.) et Broadchurch (R.-U.).

Le Québec est au nord, évidemment. Séquelles est une série policière sur des meurtres en série. Bref, il semble y avoir ce qu’il faut pour parler d’une production du genre Nordic Noir, et deux fois plutôt qu’une. Sur papier, on dirait même carrément un Broadchurch à la québécoise.

Photo: Séries + «Séquelles» est une production originale qui s’appuie sur un roman de Johanne Seymour, «Le cri du cerf».

Seulement, faire partie d’un genre ou assumer son influence c’est une chose. Le maîtriser, c’est une autre paire de manches.

La série commence pourtant avec une séquence très forte. Kate McDougall (Céline Bonnier), du service des enquêtes criminelles de la SQ (ou de ce qui en tient lieu) se réveille d’un cauchemar, sort de sa maison de campagne et plonge dans son étang. Elle y découvre vite le cadavre d’une préadolescente égorgée. Tout le reste, évidemment, selon le modèle établi, va osciller autour de l’enquête, des enquêteurs et des « enquêtés ».

De l’action en Estrie

Il y a beaucoup d’aspects positifs dans cette minisérie de six épisodes. La production originale s’appuie sur un roman de Johanne Seymour (Le cri du cerf), ce qui donne habituellement de la profondeur aux personnages et à l’action. La scène est en Estrie, c’est-à-dire dans une région, alors que la télé québécoise quitte trop rarement Montréal. La production est diffusée en primeur par Série +, les chaînes spécialisées étant ici à la traîne des généralistes pour le relais de séries québécoises originales de qualité, tandis qu’aux États-Unis les réseaux comme HBO ou AMC dominent outrageusement le créneau.

Le résultat ne tient pas promesse. Le récit des meurtres d’enfants devrait émouvoir à l’extrême et pourtant, il n’accroche pas. D’autant moins en fait que la narration s’éternise sur les rapports interpersonnels des policiers, leurs histoires de couchettes, leur passé trouble, leurs jalousies. Une des trames concerne une rivalité féroce, quasi maladive qui pousse le caricatural sergent Brodeur (Alexis Martin) à faire peser les soupçons de meurtres sur l’héroïne Kate McDougall. On n’y croit pas du tout. Les séances chez la psychologue jettent aussi des clichés à la pelle.

Les dialogues en rajoutent. Là comme ailleurs, dans cette série comme dans tant d’autres ici, pourquoi faut-il encore et toujours endurer des échanges écrits au surligneur ? Quand on a six bonnes heures pour développer une histoire à un public qui en a déjà absorbé des milliers et des milliers, on devrait lui faire un peu plus confiance pour découvrir patiemment les liens et les enjeux.

La minisérie (en tout cas les premiers épisodes visionnés) agace aussi par son incapacité à faire vivre la communauté dans laquelle s’inscrit la tragédie. Dans le modèle de la nordicité enténébrée, tout l’intérêt se concentre dans une volonté d’incarner des problèmes sociopolitiques. Sinon, à quoi bon ? On se retrouve avec des antagonismes organisationnels assez vite lassants.

La distribution elle-même finit par énerver un peu. Séquelles emprunte par exemple plusieurs de ses têtes fortes à Unité 9 d’ICI Radio-Canada (Céline Bonnier François Papineau, Élise Guilbeault), et on finit par se demander s’il y a de l’espoir pour les pauvres comédiens qui ne font pas partie du 1 %. L’agence de distribution des rôles a puisé dans une talle convenue, forte mais hyperexploitée. Le Bottin de l’Union des artistes ça vous dit quelque chose ?

Séquelles

Séries +, mercredi à 21 h