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Le grand rendez-vous de la planète sérielle

La version 2016 de Séries Mania comprend «Marche à l’ombre» de Ian Lauzon et Ludovic Huot, diffusée ici sur Super Écran.
Photo: Source Super Écran La version 2016 de Séries Mania comprend «Marche à l’ombre» de Ian Lauzon et Ludovic Huot, diffusée ici sur Super Écran.

Séries Mania veut devenir le Festival de Cannes de la série télévisée et s’approche encore un peu plus de son ambition en organisant pour la première fois une compétition internationale. La septième édition du festival télévisuel se déroulera du 15 au 24 avril au Forum des images à Paris.

Huit productions venues d’Europe (Belgique, France, Norvège, Suède et Royaume-Uni), d’Australie, d’Israël et d’Argentine concourront avec des oeuvres inédites ou fraîchement diffusées dans leur pays d’origine. Le jury international de cinq membres sera dirigé par l’Américain David Chase, créateur de la série cultissime The Sopranos. Il distribuera deux récompenses (Grand Prix et scénario).

Le ministère de la Culture et des Communications de France a mandaté Séries Mania, en décembre dernier, pour développer le festival sur le plan international. Les références évoquées mentionnent le Festival international du film de Cannes, le Festival international du film d’animation d’Annecy et le Festival international du court-métrage de Clermont-Ferrand.

Le nouvel âge

L’événement parisien a été créé en 2010 en misant sur le nouvel âge d’or des séries, leur popularité croissante, la diversité des productions dans le monde et la multiplication des coproductions internationales. L’édition 2015, au printemps dernier, a rassemblé quelque 22 000 festivaliers et près de 1000 professionnels.

« On se demandait si le public viendrait voir sur grand écran, en salle de cinéma, ce qu’il regarde à la maison et maintenant parfois sur les smartphones », explique Laurence Herszberg, directrice générale du Forum des images et fondatrice de Séries Mania. Elle a été jointe à Paris, avant la présentation de la programmation. « En plus, on ne montre que deux épisodes par série. Eh bien, le succès a été instantané, preuve de la nécessité d’un tel rassemblement autour des séries. Maintenant, on fait des nuits marathons, on présente des créations de Netflix ou d’Amazon. Mais depuis le début, l’idée, c’est de montrer des séries du monde entier puisque le genre intéresse tous les pays, comme le cinéma. Nous avons d’ailleurs programmé plusieurs séries du Québec qui a une forte production. »

«Thrillers»

La version 2016 comprend Marche à l’ombre, de Ian Lauzon et Ludovic Huot, diffusée ici sur Super Écran. Elle fait partie d’un nouveau tour du monde avec 53 autres productions présentées en avant-premières, dont 6 britanniques (War and Peace par exemple) et 6 de France (Au-delà des murs serait « très spectaculaire »).

Le festival ouvre avec la présentation du pilote de Vinyl histoire imaginée et produite par Sir Mick (Jagger), tournée par Martin Scorcese. La soirée de clôture (avec la remise des prix) présentera 11.22.63, une mini-production de science-fiction d’après un roman de Stephen King.

La nouvelle version diffuse aussi 16 webséries, dont une du Québec, L’écrivain public, sur un justicier du clavier campé dans Hochelaga-Maisonneuve. Les différentes sélections (américaine, francophone et internationale) sont soumises à des jurys particuliers, qui s’ajoutent donc à ceux de la nouvelle compétition internationale.

« Cette année, on voit bien le retour du thriller, dit la directrice qui s’y connaît après des centaines et des centaines de visionnements. Ce genre a aussi beaucoup évolué au fil des ans. On a vu le thriller noir à la scandinave. On a vu des thrillers fantastiques et d’autres plus politiques. C’est donc un genre présent partout qui sait très bien se renouveler. »

La directrice explique que les Turcs font « de très, très longues séries sur les sentiments », tandis qu’en Inde les séries servent à passer des messages sociaux. « C’est difficile de montrer deux épisodes d’une suite de 80, mais on essaie. Nous avons programmé des productions de Chine, du Japon, de Corée. Nous avons suivi la montée en force des Scandinaves et nous avons aidé à faire découvrir en Europe les productions israéliennes et australiennes, de très haut niveau. »

Des pros

Le festival du Forum des images, haut lieu de la cinéphilie parisienne, sert aussi à faire se rencontrer des artistes, des artisans et les connaisseurs de leurs réalisations. L’affiche 2016 inclut Cuba Gooding Jr qui incarne O. J. Simpson dans American Crime Story et Clyde Phillips (Dexter) venant présenter sa nouvelle production Feed the Beast.

« Nous avons eu les plus grands show runners à Séries Mania », dit fièrement la directrice en citant Matthew Weiner (Mad Men), Vince Gilligan (Breaking Bad), Nic Pizzolatto (True Detective), David Simon (The Wire), Terence Winter (Boardwalk Empire). « Ils sont tous venus et ils sont tous fascinés par les questions que posent les journalistes et les spectateurs. En fait, nous avons une politique très large d’invités. Ils viennent tous raconter ce qu’il y a derrière, ce qui les a motivés, comment la série a été écrite, etc. Même derrière un thriller il y a toujours quelque chose, une envie de raconter autrement. La série le permet encore plus que le cinéma puisqu’elle se développe sur dix heures au moins. »

Le festival, comme Cannes, offre en plus aux professionnels de se rencontrer entre eux pour des conférences et un marché. Le Forum de coproduction européen organisera le mardi 19 avril une séance de « pitch » autour de 15 projets présentés à quelque 300 partenaires potentiels.

« Ces rencontres n’existaient pas en télé quand nous les avons créées il y a quatre ans, termine la directrice fondatrice. Le succès a été formidable et immédiat. On répondait à un manque sans le savoir. On arrivait au moment où la coproduction se développait, au moment où on se rendait compte que la planète entière pouvait s’intéresser au destin de la première ministre du Danemark, comme dans Borgen. Les questions très locales peuvent voyager, et pas seulement les standards américains. Du coup, ces rencontres deviennent de formidables creusets de business à un moment où le système cherche de l’argent. »


Au programme

Les huit séries de la compétition internationale : Beau Séjour (Belgique), Cannabis (France), El Marginal (Argentine), Jour polaire (France et Suède), Mama’s Angel (Israël), Nobel (Norvège), The Five (R.-U.) et The Kettering Incident (Australie). Made in USA :The Path, The Man in the High Castle, The Catch, Show me a Hero, Mr Robot, Colony, Master of None, American Crime. D’Europe : Mitten in Deutschland : NSU (Allemagne), Norskov (Danemark), Lola Uppochner (Finlande), Rebellion (Irlande), Capital, Thirteen et The Night Manager (R.-U.).