Luttes et rêves de femmes

Diffusé dans le cadre de la Journée internationale de la femme, ce documentaire montre la force et la lumière de femmes dans le monde.
Photo: Ici RDI Diffusé dans le cadre de la Journée internationale de la femme, ce documentaire montre la force et la lumière de femmes dans le monde.

Qu’ont en commun la Sierra Leone, le Vietnam, l’Inde, le Cambodge, le Kenya, le Somaliland et, à bien y penser, tous les pays du monde ? Chaque jour, des femmes et des filles y sont victimes de violence, se voient contraintes de renoncer à l’éducation, meurent en couches, sont mutilées, exploitées, recluses dans des bordels ou soumises à leur mari. Cette réalité brutale est montrée sans filtre, mais non sans humanisme dans La moitié du ciel (2012), une série documentaire en quatre épisodes inspirée du livre Half the Sky : Turning Oppression Into Opportunity for Women Worldwide (2009) des journalistes américains Nicholas Kristof et Sheryl WuDunn.

Diffusé dans le cadre de la Journée internationale de la femme, La moitié du ciel est un double message. Ce message dit : l’horreur existe, elle se perpétue encore aujourd’hui, en voici d’ailleurs le portrait multiple. Mais des moyens existent pour retrouver l’espoir, la résilience, la justice, la réalisation de soi, l’égalité. Surtout, ne pas baisser les bras. « Sur cette Terre, dira Nicholas Kristof, le talent est universel, mais pas les opportunités. »

Photo: ICI RDI «La moitié du ciel» rend hommage à celles qui, quel que soit leur âge, gardent espoir.

Pour donner de la visibilité à la lutte contre l’oppression des femmes, et profitant du succès rencontré par leur mouvement, Kristof et WuDunn ont proposé à des célébrités, peu après la publication de leur livre, de participer au tournage de son pendant documentaire. La moitié du ciel est donc un voyage dans les pays susmentionnés avec Eva Mendes, Meg Ryan, Diane Lane, Gabrielle Union, America Ferrera et Olivia Wilde.

Inévitablement, on tique devant cet « occidentalisme » du développement, discuté et discutable, et devant l’évidente ignorance des comédiennes de la réalité dans laquelle elles atterrissent. Elles ne sont ici, à proprement parler, que des oreilles attentives et compassionnelles. Par conséquent, leur présence est souvent incongrue et leurs interventions banales, infusant tout au plus une chaleur humaine à des femmes qui en ont bien souvent manqué.

Se libérer d’un poids

Heureusement, La moitié du ciel donne largement la parole aux femmes, rencontrées dans chaque pays par l’entremise d’une initiative locale qui lutte contre la violence, l’exploitation ou la pauvreté dont elles sont victimes. À la maison, à l’école, à l’hôpital, Nicholas Kristof mène son enquête auprès d’elles et de leur entourage, questionnant sans détour et n’hésitant pas à cogner aux portes (même celle des bordels) pour montrer la réalité au premier degré. Et on la voit, crue. La mort rôde. La violence est omniprésente, tout comme la détresse et le danger.

« C’est un peu comme une carte de stratégie militaire. On a besoin de déterminer où on a besoin de gens pour combattre nos ennemis, c’est-à-dire la mort et la maladie. » Les mots sont d’Edna Adan Ismail, une femme politique somalienne très connue qui a fondé un hôpital au Somaliland, un « non-État » du nord-est de l’Afrique. Sa mission : former des sages-femmes et lutter contre la mutilation génitale et la mortalité maternelle et infantile de sa région, extrêmement pauvre. Son combat, Urmi Basu le mène dans les rues de Calcutta, en Inde, pour donner un refuge aux enfants de prostituées. Même chose pour Rebecca Lolosoli, la fondatrice d’Umoja, un village kenyan où vivent une vingtaine de femmes samburu qui, battues, violées ou déshonorées, se sont regroupées pour devenir entrepreneures.

La moitié du ciel ne s’arrête pas devant les tabous : il les affronte. Quand Nicholas Kristof assiste à l’arrestation d’un violeur présumé à Freetown, quand il se glisse dans la descente d’une maison close dans le nord du Cambodge, quand il rencontre une « exciseuse » dans sa hutte au Somaliland pour lui demander pourquoi ces pratiques continuent malgré le mal qu’elles engendrent, le malaise est immense ; mais il se justifie.

Car les femmes elles-mêmes désignent le poids des traditions comme l’un des grands responsables du cercle vicieux des violences et de l’oppression. En Sierra Leone, une jeune femme violée fait rejaillir la honte sur sa famille et les hommes, eux, tireraient une fierté de déflorer une femme. Au Somaliland, l’excision est pratiquée sur les jeunes filles de 5 à 8 ans pour « contrôler » leurs affects. En Inde, une adolescente de la sous-caste dont la profession traditionnelle est la prostitution acceptera son sort parce qu’il en a toujours été ainsi. Choquant ? C’est pourtant la réalité.

Bâtir un avenir

Pour transformer petit à petit ces pratiques qui non seulement génèrent d’immenses souffrances mais réduisent aussi les possibilités d’émancipation de la femme, l’éducation est bien sûr primordiale — chacun des projets de La moitié du ciel compte d’ailleurs un angle didactique. Mais ce n’est pas suffisant. Il faut des groupes, une force de frappe, la promesse que l’engagement de femmes, ici toutes braves et fortes, sera reconnu, respecté, reproduit.

Une morale à tirer de ce bref portrait du monde ? Que persévérance, confiance et solidarité sont essentielles pour servir la cause des femmes. « Nous réclamons des droits, dira doucement Rebecca Lolosoli, confiante malgré les défis continuels que traverse sa communauté. Nous voulons choisir nos maris. Nous voulons être propriétaires. Nous voulons aller à l’école. Nous ne voulons plus être coupées, nous voulons prendre nos propres décisions et participer activement à la vie politique. Nous voulons l’égalité. »


La moitié du ciel : des stars au secours des femmes

ICI RDI, de lundi à jeudi à 20 h