Une autre tuile pour la chaîne ADR

Le réseau ADR (pour Avis de Recherche) voit encore reculer son espoir de figurer dans l’offre télévisuelle. Le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes vient de rendre publique ce jeudi matin son rejet la plainte de ADR contre Vidéotron.

La décision du gardien des ondes aux pays lève le statu quo dans ce dossier. Elle n’oblige plus le cablôdistributeur à offrir Avis de Recherche dans son bouquet de service.

ADR est une chaîne spécialisée de catégorie B en langue française, comme ICI Explora. Son contenu n’est distribué qu’au Québec. Elle se concentre sur les questions sécuritaires, aussi bien les recherches de criminels que de personnes disparues, tout en proposant des émissions sur différents types de crimes (la violence conjugale, la maltraitance des enfants ou des aînés, etc.).

Le CRTC a décidé en 2013 d’éliminer de façon progressive la distribution obligatoire du réseau. Vidéotron et Bell pouvaient le retirer de leurs offres respectives à compter du 31 août. Des négociations ont ensuite permis d’étendre le sursis jusqu’à la fin novembre. ADR a déposé un avis de contestation qui a été réglé par la voie d’un médiateur. Le statu quo s’appliquait pendant l’examen du dossier.

Conditions « raisonnables »

ADR demandait de retrouver des conditions de distribution « raisonnables ». La chaîne plaidait aussi que Vidéotron accorde une « préférence indue » à ses propres services, dont LCN qui la concurrencerait en partie.

Vidéotron a répliqué que la préférence indue n’était pas prouvée et que de toute manière la distribution des services de catégories B n’est pas obligatoire. Bell, concurrent de Vidéotron en a rajouté dans une intervention auprès du Conseil en alléguant qu’ADR faisait preuve de « mauvaise foi », par exemple en comparant des services incomparables.

« […] Le Conseil conclut que Vidéotron ne s’est pas accordé une préférence et n’a pas assujetti ADR à un désavantage », dit la décision. « […] Le Conseil a conclu qu’il n’était pas approprié de maintenir l’ordonnance de distribution […] pour Avis de Recherche puisqu’il ne pouvait plus conclure que le service contribuait de manière exceptionnelle à l’expression canadienne, au reflet d’opinions et de valeurs canadiennes, non plus qu’à l’atteinte des objectifs de la Loi. »

Une mort annoncée

Le fondateur de la chaîne ADR trouve cette décision aberrante. « Aucune surprise, écrit M. Vincent Géracitano au Devoir. Le CRTC sous la guide de Jean-Pierre Blais est déterminé à fermer notre service, peu importent les preuves soumises. Il est scandaleux de toujours faire face à un même Commissaire qui semble vouloir écarter toutes les preuves et tous les témoignages puisqu’ils sont incompatibles avec sa vision des faits. Il n’y a rien à faire contre un aveuglement volontaire. Il est temps que la ministre Joly impose son pouvoir et regarde ce que fait ce petit fonctionnaire qui s’est doté d’un pouvoir et qui bâillonne, même à l’interne, tous ceux qui s’opposent à sa vision distortionnée de la réalité. »

Le Devoir était en contact avec M. Géracitano depuis deux jours pour refaire le point sur la mort lente de sa chaîne. ADR existe depuis une décennie et a été offert le service de base à compter de 2007. Elle se bat ferme depuis 2013 pour tenter de survivre. Le réseau a reçu de nombreux appuis officiels. Tous ses journalistes ont maintenant été congédiés, faute de revenus pour les payer. Le service coûte 6 sous par mois à l’abonné.