Oh! Les beaux Vikings!

La série «Vikings» raconte les raids du héros Ragnar Lothbrok dans la chrétienté.
Photo: Ho-Shaw Media La Presse canadienne La série «Vikings» raconte les raids du héros Ragnar Lothbrok dans la chrétienté.
Des productions télé aux études savantes, la passion pour le monde médiéval ne fléchit pas. Dans ce second et dernier texte, une spécialiste des Vikings analyse des téléséries récentes inspirées de ce monde ancien.
 

Vikings, The Last Kingdom, Game of Thrones. Trois séries campées dans un Moyen Âge plus ou moins réel. Alors allons y voir : que valent les détails des représentations par la fiction aux yeux de la spécialiste Karyn Bellamy-Dagneau ?

Vikings La série canado-irlandaise est diffusée depuis mars 2013 sur History Channel et ici sur le réseau Z. La nouvelle saison commencera à la mi-février, et deux épisodes ont été tournés par le réalisateur québécois Podz. La série raconte les raids du héros Ragnar Lothbrok dans la chrétienté.

Les costumes des principaux personnages semblent bien anachroniques. Les matières, les coupes, rien n’y fait. « Mais c’est mieux que dans le film Le 13e guerrier, où on voyait même un casque espagnol du XVe siècle dans un film censé se dérouler vers l’an mil », commente la diplômée en études médiévales de Reykjavik, la Québécoise Karyn Bellamy-Dagneau.

« Il y a des erreurs encore plus grossières, enchaîne-t-elle. Dans le premier épisode, tous les Vikings autour de Ragnar Lothbrok ignorent l’existence de l’Angleterre. On est au VIIIe siècle. C’est un non-sens. Historiquement, on sait que les Norrois faisaient déjà du commerce avec les Frisons, les Francs et les Anglo-Saxons au Ve siècle. Le poème épique Beowulf du VIIe siècle parle des contacts entre ces cultures. »

Pourtant, d’autres détails témoignent d’une maîtrise des sources historiques. Au sixième épisode de la première saison (Burial of the Dead), le rite des funérailles semble visiblement inspiré des récits de l’ambassadeur du califat de Bagdad Ibn Fadlân (également héros du film Le 13e guerrier), qui a vu et décrit des rituels d’apparence viking comme émissaire sur la Volga au Xe siècle. L’épisode paraît également puiser dans les vestiges archéologiques d’un drakkar funéraire découvert à Oseberg en Norvège.

La série introduit aussi les personnages en les faisant parler dans leur langue. Le roi de France, joué par le Québécois Lothaire Bluteau, parle d’abord en vieux roman avant de passer à l’anglais moderne.

The Last Kingdom Série de la BBC diffusée à l’automne 2015, disponible sur Netflix Canada mais toujours inédite en français. Le récit suit la vie de l’orphelin anglo-saxon Uhtred, kidnappé et adopté par les Danois à la fin du IXe siècle alors que le roi Alfred du Wessex tente de reprendre et d’unifier l’Angleterre contre les envahisseurs.

La série s’appuie sur le livre de Bernard Cornwell, qui a fait d’évidentes recherches historiques. Le récit a l’avantage de se concentrer sur une période restreinte de l’histoire anglaise de quelques décennies, alors que la série Vikings se base sur une saga semi-légendaire tout en essayant d’y enfouir toute une culture, quitte à télescoper, jusqu’à créer des anachronismes.

En plus, la série met bien en évidence la similarité des deux peuples, les anciens Anglais comme les anciens Scandinaves. Les portraits traditionnellement peu flatteurs légués par les moines et les chroniqueurs d’antan réduisent plutôt les Vikings à des pirates et des pillards semant la terreur. Cette image réductrice a perduré jusqu’à nos jours.

« C’est ce qui est intéressant avec les portraits qu’on dresse aujourd’hui de ces mondes : on essaie de les comprendre plus finement au lieu de se fier à une image noire ou blanche du passé, dit la spécialiste. Ce n’est pas parce que le reste de l’Europe était chrétienne qu’elle abritait des anges pour autant. Les Vikings deviennent des boucs émissaires dans cette histoire. On ne peut pas les excuser pour certaines atrocités. Mais leur monde était différent et leur vision du monde aussi. »

 

Game of Thrones La série de HBO, la plus populaire dans le monde actuellement (diffusée au Québec en français sur AddikTV) raconte les luttes sanglantes entre différentes maisons pour conquérir (ou conserver) Le trône de fer. Il ne s’agit pas d’une série historique, mais l’univers fantastique s’inspire constamment de sources médiévales.

« Les lieux de tournage de Vikings sont magnifiques, dit Karyn Bellamy-Dagneau. Game of Thrones a tourné des séquences en Islande, tout ce qui se passe au-delà du mur, dans le monde glacé. »

L’étudiante est arrivée en Islande pour ses études de maîtrise une année après les premiers tournages de Game of Thrones. Hafthor Julius Björnsson, dit « La Montagne », célèbre champion du pays des hommes forts, a joué dans la quatrième saison. L’office du tourisme du pays offre des « Game of Thrones Tours ».

« L’auteur des livres à l’origine de la série, George Martin, s’inspire probablement plus des histoires moyenâgeuses continentales que des sagas nordiques, note la spécialiste. Mais il y a un écho de ces oeuvres dans la sienne. Malgré leur ton très laconique, leur trame très compliquée serpente aussi d’une génération à l’autre, comme dans Game of Thrones, où les répercussions des décisions se font sentir sur des décennies. »

Et la violence omniprésente ? On meurt beaucoup dans toutes ces séries, et particulièrement dans celle-là, qui a d’ailleurs l’avantage d’avoir tellement de personnages centraux qu’elle peut en éliminer beaucoup, parfois en tas, pour surmultiplier les effets dramatiques. « Les sociétés médiévales étaient violentes, évidemment. Mais Shakespeare aussi est violent. »

La série Le trône de fer, diffusée en français sur AddikTV, n’est pas une série historique mais elle s’inspire constamment aux sources médiévales.

Photo: AddikTV
La série Vikings raconte les raids du héros Ragnar Lothbrok dans la chrétienté.

Photo: Ho-Shaw Media La Presse canadienne

 
1 commentaire
  • Robert Aird - Abonné 3 février 2016 08 h 03

    Et l’Antiquité?

    Westeros, le monde de Daenerys Targaryen qui cherche à faire tomber l’esclavage, Port-Royal, ces lieux évoquent davantage l’Antiquité que le Moyen-Age.