Lune de fiel

Karine Vanasse tient la vedette de «Blue Moon», dont la distribution compte aussi Luc Picard.
Photo: TVA Karine Vanasse tient la vedette de «Blue Moon», dont la distribution compte aussi Luc Picard.

On en a vu d’autres, mais une des toutes premières scènes de la série québécoise Blue Moon est quand même assez pénible. L’action est en banlieue, dans les années 1990. Un homme rentre chez lui, l’air inquiet. Il passe rapidement d’une pièce à l’autre et découvre ce qui le taraudait tant dans la salle de bain : sa jeune fille soulève en vain les bras de sa mère suicidée au milieu d’une mare de sang.

Cette scène douloureuse a servi à vendre (comme dans « pitcher ») la série à Illico, le service de télévision numérique de Vidéotron qui s’est associé avec la maison Aetios, de Fabienne Larouche et Michel Trudeau, pour sa création scénarisée par Luc Dionne (Omertà). Il a finalement été décidé d’en tourner deux saisons de concert et de les diffuser en bloc, tout d’un coup, l’une après l’autre. Le premier relais a commencé lundi après-midi. L’autre saison pourrait suivre l’an prochain.

Illico a un peu procédé de la même manière il y a trois ans avec la série policière Mensonges ensuite relayée par AddikTV. Radio-Canada a proposé Série noire en entier sur ICI Tou.tv en décembre avant de passer au mode de diffusion traditionnelle, un épisode par semaine, sur sa télé généraliste. Comme il n’est toujours pas question d’une diffusion ultérieure de Blue Moon sur un réseau traditionnel et même si une simple projection rationnelle suffit pour l’imaginer à TVA, on peut dire qu’il s’agit de la première série québécoise imitant véritablement le modèle de diffusion en bloc inventé par le pure player Netflix.

« Cette idée originale est venue dans un brunch il y a trois ans », a expliqué Mme Larouche après le visionnement des deux derniers épisodes de la première saison, lundi matin. « Avec Illico, on vit une nouvelle façon de faire les choses. On espère beaucoup. Les gens s’abonnent à Netflix. Ce serait bien qu’ils s’abonnent aussi à Illico. C’est une nouvelle façon de faire pour nous et un nouveau marché pour des auteurs, des acteurs, des producteurs. »

Le choix a aussi permis aux journalistes de voir les dix épisodes avant d’en parler, rare avantage en critique télé. « En écriture, c’est différent, c’est sûr, dit l’auteur Luc Dionne. J’appelle ça un long métrage de dix ou vingt heures. Il n’y a pas de moment mort, pas de répits pour placer des publicités : c’est constamment en rythme. »

Blue Moon raconte les conséquences du suicide initial sur la vie de plusieurs personnages centraux deux décennies après le drame. La jeune fille, Justine Laurier, est devenue une soldate, spécialiste des explosifs. Sur un terrain d’opération, en Ukraine, elle apprend la mort de son père et qu’elle hérite du fait même de la majorité des parts de sa société militaire privée Blue Moon.

Le reste va de tournants en rebondissements. À la longue, Justine découvre que la compagnie familiale sert de paravent à des activités illégales, ce qui entraîne évidemment des relations fortement tendues avec ses collègues.

Fabienne Larouche avait promis un Homeland à la québécoise, en référence à la série américaine sur les services secrets et les complots. « On est exposés aux mêmes références, et je suis un grand consommateur de séries américaines », dit le réalisateur Yves-Christian Fournier, dont c’est la première série télé. Et les déboires sur les plateaux de tournage ont été abondamment médiatisés. « Reste que nous sommes au Québec, avec nos références, nos acteurs. Sur le terrain, il faut s’adapter, et le produit a finalement sa couleur unique. Pour réussir à faire quelque chose qui peut avoir un potentiel d’exportation, sachant combien les gens doivent travailler fort pour y arriver, il faut être fous en fait et ne jamais baisser les bras. »

Rôle musclé

Karine Vanasse est Justine Laurier. Elle s’est soumise à un entraînement intensif pour composer un rôle musclé de garçon manqué. « Yves-Christian a eu raison de me pousser à l’entraînement intensif, dit la comédienne. Pour croire à mon personnage, il fallait qu’il soit à la hauteur physiquement. J’ai eu le temps de me préparer. On n’a pas toujours ce luxe. »

Elle raconte s’être fait « un peu chicaner sur Revenge », la série américaine qu’elle a enchaînée après Blue Moon parce qu’« à la fin, les petites robes prévues ne faisaient plus vraiment ». Elle ajoute que « pour faire Blue Moon, il fallait tourner deux saisons en une et il fallait maintenir le fil de l’histoire ».

La distribution comprend aussi Luc Picard, Caroline Dhavernas, Isabelle Blais, Fabien Cloutier, Patrice Godin, et Éric Bruneau, également dans Mensonges. Cette fois, dans cette autre expérience de diffusion sur demande, il troque la police pour l’agent double crapule.