Une famille moderne

«Transparent» raconte l’histoire d’une famille juive bo-bo de Los Angeles aux prises avec des problèmes existentiels.
Photo: ICI Artv «Transparent» raconte l’histoire d’une famille juive bo-bo de Los Angeles aux prises avec des problèmes existentiels.

Série d’Amazon sortie en 2014, lauréat de cinq prix Emmy et de deux Golden Globes en 2015, Transparent raconte l’histoire d’une famille juive bo-bo de Los Angeles aux prises avec des problèmes existentiels. En quoi cette série créée par Jill Soloway se démarque-t-elle des autres ? Elle est la première à avoir pour personnage principal un personnage trans, Maura/Mort Pfefferman, professeur de sciences politiques à la retraite, qu’interprète le prodigieux Jeffrey Tambor.

Bien connu des téléphiles pour ses rôles de George Bluth Sr. et Oscar Bluth dans Arrested Development, brillante télésérie à l’humour décalé mettant en scène une famille joyeusement dysfonctionnelle, Tambor a raflé un Emmy et un Golden Globe pour son rôle de Maura. Deux honneurs hautement mérités tant l’imposant acteur fait montre de sensibilité et de nuance dans le rôle de cette sexagénaire prisonnière d’un corps d’homme.

Un peu d’histoire

Il s’en est écoulé du temps depuis l’apparition à la télé américaine, en 1953, de la première transsexuelle et l’arrivée de Maura sur Amazon, non ? Revenue du Danemark où elle venait de subir une chirurgie de réattribution sexuelle, Christine Jorgensen, ex-GI, a capté l’attention des chaînes américaines au début des années 1950. Si cette transsexuelle a marqué l’imaginaire américain à l’époque, la télévision n’était pas encore prête pour engager des acteurs trans ou y faire évoluer des personnages trans.

De fait, il aura fallu 20 ans pour voir apparaître sur les ondes de la télé australienne l’actrice trans Carlotta dans la série Number. Dans les années 1980 et 1990, les personnages trans ne sont pas légion ; relégués à l’arrière-plan, ils sont soit travestis ou prostitués. Les années 2000 voient les personnages trans prendre de l’importance avec l’apparition d’Ava Moore (Famke Janssen) dans Nip/Tuck, Moira (Daniela Sea) dans The L Word, Carmelita (Candis Cayne) dans Dirty Sexy Money et Alexis Meade (Rebecca Romijn) dans Ugly Betty. Chez nous, l’arrivée de l’énigmatique et séduisante infirmière Gwendoline Bachand (Patricia Larivière) dans Unité 9 a piqué la curiosité de bon nombre de spectateurs.

En 2005, Alexandra Billings, que l’on retrouve dans le rôle de Davina dans Transparent, devient la première actrice ouvertement trans à incarner un personnage à la télévision américaine (le téléfilm Romy and Michelle : In the Beginning). Huit ans plus tard, c’est au tour de l’actrice trans Laverne Cox de se démarquer sur Netflix dans Orange is the New Black, où elle interprète Sophia Burset. En 2015, toujours sur Netflix (décidément), l’actrice trans Jamie Clayton crève l’écran dans le rôle de Nomi Marks dans la série de science-fiction Sense8 d’Andy et Lana (anciennement Larry) Wachowski.

Et Jill créa Maura

Pour créer Transparent, dont elle a signé quelques épisodes en plus d’en être la productrice exécutive, la scénariste Jill Soloway s’est inspirée de l’histoire de son père, qui a fait sa sortie de placard trois ans avant la diffusion de la série. Si la transsexualité y occupe de premier plan, Transparent est d’abord et avant tout une remarquable chronique familiale où Soloway, qui a notamment fourbi ses armes avec l’équipe de Six Feet Under, traite avec humour, intelligence et lucidité de questions identitaires.

Dès le premier des 10 épisodes de la première saison, alors que Mort veut annoncer à ses trois enfants qu’il souhaite vivre ouvertement sous le nom de Maura, on découvre que ces derniers n’ont pas une vie des plus reposantes. Mariée à Len (Ron Huebel) et mère de deux enfants, l’aînée Sarah (Amy Landecker) est troublée lorsqu’elle croise Tammy (Melora Hardin) avec qui elle a vécu en couple lors de ses études universitaires.

Travaillant dans le milieu de la musique, Josh (Jay Duplass) collectionne les idylles sans lendemain jusqu’au jour où il s’éprend follement d’une toute jeune chanteuse, Kaya (Alison Sudol). Bien qu’elle paraisse plus futée que sa soeur et son frère, Ali (Gaby Hoffmann) n’a pas de travail stable et excelle dans l’art de saboter ses relations amoureuses. Et la mère dans tout ça ? Shelly (Judith Light) s’est remariée avec Ed (Lawrence Pressman) qui, gravement malade, lui cause bien de soucis.

Ponctuée de retours en arrière éloquents, la série illustre avec finesse le cheminement de Mort/Maura qui explore en secret sa nature féminine. Naviguant savamment entre le drame et la comédie, d’un cynisme parfois décapant, d’un humour souvent irrévérencieux, Transparent séduit autant par sa finesse que par son audace.

Transparent

ICI Artv, dès jeudi à 21 h