«BazzoTV» disparaît

Photo: Télé-Québec

De nouveaux critères d’attribution des crédits d’impôt ont raison de BazzoTV. L’émission phare de Télé-Québec (TQ), animée depuis une décennie par Marie-France Bazzo, ne reviendra pas en ondes à l’automne 2016.

« Je suis en tab[blip], dit carrément Mme Bazzo en entrevue. Je ressens de la tristesse, un mélange de désolation et de colère. Mais j’éprouve aussi une envie de me battre. »

Elle ne sera pas seule. BazzoTV n’est que la première victime avouée du resserrement dans l’application des critères de financement d’un programme administré par le Bureau de certification des produits audiovisuels canadiens (BCPAC), lié à Patrimoine canadien. Selon les informations obtenues par Le Devoir, une vingtaine d’autres émissions québécoises pourraient être touchées par les nouvelles interprétations réglementaires, dont une dizaine de magazines télévisuels.

« Les réponses des demandes de crédits commencent à rentrer, et elles sont négatives », explique Hélène Messier, présidente de l’Association québécoise de la production médiatique qui regroupe les compagnies indépendantes du cinéma et de la télé. « Les règles n’ont pas changé, mais l’interprétation des genres devient plus restrictive. »

BazzoTV se présente et se conçoit depuis dix ans comme une émission d’opinion et de débat. Les critères revus et corrigés de l’organisme fédéral placent maintenant la production dans une catégorie dite d'interview-variétés, non admissible.

« Les règlements sont restés les mêmes, mais les façons de les interpréter ont changé, dit Mme Bazzo. Nous avons toujours été considérés comme un magazine. Et là, sans que les règles changent, sans que l’émission change, nous ne sommes plus admissibles. »

TQ est également touché par des compressions imposées par le gouvernement Couillard. Le diffuseur ne pourrait donc pas compenser les pertes fédérales totalisant 12,5 % du budget de BazzoTV.

« Comme maison de production, je veux continuer à produire ce genre de magazine, dit Mme Bazzo. Nous avons le droit d’avoir une diversité d’émission qui nous représente. Il en faut, des émissions de débat. »

Elle entend donc se battre pour faire changer le Bureau fédéral. La sortie publique fait partie de cette démarche combative. Elle mise aussi sur le nouveau gouvernement libéral, en précisant que les transformations du programme datent des conservateurs.

 

« Il faut une interprétation moins intransigeante et tatillonne. Sinon, on va se retrouver avec une émission très lisse. Toutes les émissions vont se ressembler. »

De même, l’Association des producteurs promet de continuer les pressions. Des représentants du BCPAC ont été rencontrés en décembre et le seront à nouveau le 2 février. « On espère un moratoire et éventuellement une révision de la décision, dit Mme Messier. Il semble y avoir une méconnaissance de ces émissions québécoises. »

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