Urbania Média lancera cinq émissions de télé d’un coup en janvier

L’émission «Infiltration», avec Pierre-Yves Lord, est tournée en caméra cachée.
Photo: Urbania Média L’émission «Infiltration», avec Pierre-Yves Lord, est tournée en caméra cachée.

Urbania, c’est un magazine. Urbania Média, c’est toutes les plateformes, ou presque.

Le groupe, constitué il y a quelques semaines en fusionnant l’agence Toxa et la publication bien connue, lancera pas moins de cinq émissions télé en janvier en plus de gérer un site Web pour RDS et de continuer à s’activer en publicité.

La bande de jeunes créateurs réunis autour du fondateur Philippe Lamarre produit des séries télé depuis 2007. L’aventure a commencé avec Montréal en douze lieux, puis Québec en douze lieux (TV5, 2007). Elle se poursuit avec C’est juste de la TV, placée sous sa gouverne depuis deux ans.

Cinq séries, développées depuis trois ans, seront visibles d’un coup au début 2016 :

Infiltration (Z), tournée en caméra cachée pour aller dans les salons de massage ou pour accompagner des voleurs d’autos ;

Sexplora (Explora), avec Lili Boisvert pour guider vers le coquin ;

Chasseur d’épaves (Historia), une deuxième saison en plongée sous-marine dans le Saint-Laurent ;

Motos Cafe Racers (Historia), sur un designer de bolides à deux roues ;

Les millionnaires (Tou.tv), une première incursion en fiction.

Pour le patron Philippe Lamarre, il y a là une ferme volonté de faire autrement dans un milieu réputé conservateur, comme son magazine a voulu casser le moule des publications il y a quinze ans. « Il n’y a rien de plus aberrant que d’essayer de vendre un show télé à un réseau, commente le fondateur, toujours prêt à parler franc. Je crois que la télé a fait son propre malheur. Les directeurs de chaînes te parlent en caractérisant leur public comme la petite madame de la rue Panet ou le gars avec une boîte à lunch. Ils sont en haut et, avec leur média de masse, ils s’adressent au peuple en bas. C’est méprisant. Il faut au contraire être au niveau du public et parler aux gens un à un, comme avec les réseaux sociaux. »

 

Belle jeunesse

Il signale aussi l’oubli des jeunes adultes dans ce portait biaisé. « En faisant des shows pour plaire à ce qui serait leur public, les chaînes ont oublié les plus jeunes. Les jeunes adultes ne s’abonnent pas au câble ? Évidemment, puisque le câble ne leur parle pas ! »

Urbania Média vise ce créneau largement négligé par les compétiteurs, celui des 18-30 ans. La cible est atteinte par le contenu et le contenant, en mêlant la pub et l’info, s’il le faut. Et il semble que ce soit de plus en plus nécessaire, puisque bien des médias s’y mettent. Or, les millenials s’avèrent assez allergiques aux formes à l’ancienne comme à la pub traditionnelle, et il faut donc les comprendre pour s’adapter.

« De nouvelles alliances prennent vie entre le contenu et la publicité, dit M. Lamarre. Pour l’instant, nous sommes actifs dans les médias de divertissement et nous pouvons tirer profit de nos forces. »

Urbania Média a récemment dessiné une série publicitaire pour Desjardins. La comédienne Virginie Fortin a écrit les capsules. Une brochure imitant un peu le magazine existe. « C’est mieux que de la pub poubelle. On a été bien payés. Nous allons continuer. Idéalement, j’aimerais lancer des émissions télé financées par des marques. »

Le groupe suit le mouvement et l’alimente. Et les leçons valent pour tout le reste du secteur. Peu de jeunes s’abonnent aux journaux et regardent les téléjournaux. La consommation de l’info se fait à la pièce, par l’entremise de Facebook, sur un téléphone. La grande synthèse encyclopédique quotidienne ne les intéresse plus.

Cela dit, Philippe Lamarre est bien conscient des limites de cette option pour les médias de l’information, qui doivent idéalement se positionner à l’abri des influences idéologiques ou publicitaires.

« C’est là que le service public a un énorme rôle à jouer,dit-il. Je serai peut-être d’accord avec des subventions pour les journaux. Il y a un devoir social et politique d’entretenir la pureté de l’info. Le cahier A d’un journal est donc intouchable. Mais après ça ? Si les marques peuvent fournir de l’argent pour payer adéquatement les journalistes sans s’immiscer dans le contenu, pourquoi pas ? De toute façon, les marques savent que si elles se mêlent de contenu, ça devient moins bon. J’entends des clients qui me disent : parlez de nous de manière intéressante et humoristique, ça nous suffit. Je crois que cette révolution vient des réseaux sociaux. »

La compagnie a son site amiral (urbania.ca) pour les rejoindre, mais gère et conçoit aussi le site de RDS ballecourbe.ca, qui rejoint un public plus jeune et plus féminin aussi avec des listes sur « les plus beaux uniformes des années 1870 » ou des portraits des mascottes, par exemple.