Des dilemmes déchirants

Tourné aux États-Unis, le reportage «Génération trans» rencontre des jeunes appelés à faire des choix cruciaux au sujet de leur identité sexuelle.
Photo: Télé-Québec Tourné aux États-Unis, le reportage «Génération trans» rencontre des jeunes appelés à faire des choix cruciaux au sujet de leur identité sexuelle.

Leur situation est intenable. Tout jeunes, ils n’ont pas hérité du genre qui leur convient. Vivant une vie de fille dans un corps de garçon, ou une vie de garçon dans un corps de fille, ils se trouvent, juste avant la puberté, devant des choix cruciaux : garder le corps dont ils ont hérité à la naissance, ou le modifier pour le conformer à leur sentiment identitaire.

À l’heure où les médicaments peuvent changer la donne, la question est encore lourde d’un avenir qu’on ne peut imaginer.

Deux enfants, respectivement de cinq et treize ans, qui vivent cette situation complexe, participent avec leur mère à l’émission Format familial, de Télé-Québec. Olie et Finlay sont toutes deux nées avec un corps de garçon, mais vivent désormais comme des filles.

Le documentaire Génération trans, tourné aux États-Unis, va plus loin dans l’analyse de ce phénomène, qui touche de plus en plus de jeunes. Autrefois, y explique-t-on, les thérapies concernant les transgenres ne s’adressaient qu’aux adultes. Or, depuis quelques années, on tente d’intervenir de plus en plus tôt dans la vie de ces enfants pour leur éviter l’épreuve de la puberté dans un corps qu’ils rejettent.

Juste avant la puberté, donc, on peut administrer des inhibiteurs, qui empêchent le corps de se développer en adulte. Une fois la puberté passée, à partir de 16 ans, toujours aux États-Unis, le jeune pourra décider de prendre des hormones de l’autre sexe, testostérone ou oestrogène, pour que son corps se transforme en fonction de son désir.

Le reportage suit ces jeunes dans leurs derniers retranchements. « Je suis une fille emprisonnée dans un corps de garçon », dit une petite fille de neuf ans qui ouvre le documentaire. L’équipe a également rencontré les parents de ces jeunes, qui doivent prendre des décisions sans en connaître tous les tenants et aboutissants.

Effets et conséquences

En effet, de nombreux experts, participant au suivi des enfants et des adolescents transgenres, relèvent que très peu d’études existent sur les effets secondaires des diverses thérapies proposées. Une pédiatre souligne même qu’il n’y a aucun test qui permet d’évaluer hors de tout doute si le désir de l’enfant de changer de sexe perdurera au fil des ans. Tout ce qu’on peut établir, c’est que plus ce désir est grand chez le jeune enfant, plus grandes sont les chances qu’il perdure à travers les années.

« C’est extrêmement difficile de voir un jeune de 13 ans tenir les commandes » d’une décision aussi difficile que celle de bloquer sa puberté pour éventuellement changer de sexe, raconte la mère d’un jeune transgenre.

Les jeunes enfants qui sont suivis dans le documentaire ne font cependant preuve d’aucune équivoque. « Durant cinq ans, j’ai été une fille, et depuis trois ans je suis un garçon », dit le jeune Daniel, qui a changé de nom et de tenue vestimentaire avant de décider s’il prendra des inhibiteurs de puberté.

« Devenir un garçon serait la chose la plus horrible qui pourrait m’arriver », dit Arielle, qui a changé d’école en même temps qu’elle a adopté un nom et une allure de fille, et qui s’apprête à poursuivre la médication pour demeurer une fille. Arielle, qui s’est fait un nouveau cercle d’amis, trouve cependant très difficile d’entendre ses copines parler de l’éventualité d’avoir des bébés, alors qu’elle sait que son futur corps de fille ne lui permettra peut-être jamais.

Assumer le changement

Les témoignages de ces jeunes sont sans ambiguïtés. Ils souhaitent de tout leur être changer de sexe, et vivent de façon très difficile l’opposition que peuvent leur présenter leurs familles.

Mais l’un des derniers témoignages à être présentés dans le cadre du reportage porte cependant à réflexion. Isaac, 19 ans, est devenu un homme après avoir pris des inhibiteurs de puberté, puis de la testostérone, et après avoir subi une mastectomie pour vivre « le côté masculin » de lui-même.

Quelques années plus tard, il réalise que ces interventions n’ont pas réglé l’ensemble de ses problèmes. Il pose par exemple la question de l’inhibition de la puberté. Cette période cruciale du développement de l’individu, qui est en quelque sorte supprimée par les médicaments, pourrait avoir beaucoup à voir avec la capacité de s’identifier avec le sexe de naissance, croit-il. Évitant d’avoir recours au mot « regret » au sujet de son opération,le jeune homme souligne aussi qu’il peut être très facile pour un enfant, qui n’a pas la même notion du temps, de dire qu’il souhaite par-dessus tout une opération qu’il sait irréversible.

Isaac relève qu’il doit maintenant vivre avec une masculinité qui demeure « fabriquée ». Ce qui confirme ce qu’avancent différents jeunes rencontrés dans le cadre de ce dossier : il leur faudra désormais s’assumer comme transgenre, et non seulement comme personne ayant changé de sexe.

Génération trans et Format familial

Télé-Québec, lundi à 20 h et à 21 h