La saga télé du roi Podz

«Vikings» suit le parcours du roi scandinave semi-légendaire Ragnar Lothbrok (à gauche) et de son frère Rollo, interprétés respectivement par Travis Fimmel et Clive Standen.
Photo: Jonathan Hession/History/Associated Press «Vikings» suit le parcours du roi scandinave semi-légendaire Ragnar Lothbrok (à gauche) et de son frère Rollo, interprétés respectivement par Travis Fimmel et Clive Standen.

Le réalisateur Podz n’est pas vantard, c’est là sa moindre qualité. Et de toute manière, des collègues à lui se chargent de faire la promotion de ses activités créatrices.

Il y a trois semaines, le coup de chapeau est venu de Francis Leclerc (de la série Marche à l’ombre) alors qu’il participait à l’émission C’est Juste de la TV. M. Leclerc devait dire ce qui l’allumait sur les écrans en ce moment. Il a répondu : « Le fait que Podz tourne des épisodes de la grande série Vikings. » Il a aussi regretté qu’aucun journaliste n’ait appelé Podz pour en parler.

C’est fait et merci pour l’assignation. Il fallait tout de même attendre la fin du boulot et le retour au bercail de l’enfant prodige de nos écrans, petits et grands. Il est rentré vendredi.

« Ce n’est pas mon genre de trop parler de ce que je fais », dit le réalisateur rencontré lundi midi dans un restau d’Outremont. Il trouve « bien généreux » de la part de Francis Leclerc d’avoir un peu joué à son agent. « Ce n’est pas de la fausse modestie. C’est juste ma job. Mais là j’essaie de m’ouvrir un peu plus : j’ai mis quelques photos du tournage de Vikings sur Instagram. »

La série canado-irlandaise, créée en 2013, maintenant diffusée dans plus de cent pays, raconte la vie du héros Ragnar Lothbrok, roi scandinave semi-légendaire du tournant du IXe siècle qui a passé une bonne partie de sa vie à piller les villes chrétiennes du Sud. Podz a réalisé deux épisodes de la quatrième mouture qui sera en onde l’an prochain.

Le quadragénaire ne chôme pas. Il vient de terminer le montage du film King Dave, un plan séquence de 80 minutes. Depuis le début de la décennie, il a dirigé quatre autres longs-métrages, trois saisons de 19-2 et toute la série franco-française Xanadu, fiction campée dans le milieu de la porno. À la rencontre, il portait un t-shirt avec le proverbe anglais repris sur plusieurs lignes comme dans le film de Kubrick The Shinning : « All work and no play makes Jack a dull boy. »

Avec pas de L X

Daniel Grou tient son surnom de Podz du fait que son nom de famille, s’écrit sans le L et le X habituels. Il doit donc depuis toujours préciser « Grou, pas d’l x » formule ensuite réduite à Podz.

L’invitation à Vikings lui a été faite alors qu’il participait à un colloque sur les télés nordiques à l’UQAM, en 2014. Après sa masterclass, avec projection à l’appui de son fameux plan séquence de la deuxième saison de 19-2, la productrice canadienne Sheila Hockin est venue lui offrir de but en blanc de tourner des épisodes de la troisième saison de sa fiction historique.

« Elle m’a demandé si je connaissais Vikings, j’ai répondu non mais que je n’étais pas fermé à l’idée. Comme j’avais des engagements pour finir 19-2, j’ai dû refuser son offre. Je pense qu’elle a aimé que je sois loyal et elle m’a relancé. Quand j’étais en vacances en Espagne, elle l’a su et elle m’a invité à visiter le plateau en Irlande. Le reste est allé tout seul. »

Les décors permanents installés au nord de Dublin comprennent des drakkars, un village nordique, Paris, une ville anglaise, des lacs, etc. La première série de neuf épisodes aurait coûté environ 40 millions $. Le réalisateur québécois dit que chacun des deux épisodes qu’il a tourné du 21 septembre au 21 octobre a coûté plus cher que son dernier long-métrage Miraculum. Il a aussi consacré un mois à la préproduction et deux semaines au montage, à Toronto. La version finale appartiendra au producteur.

« Quand tu as de l’argent, ça simplifie les choses. Et au fur et à mesure des saisons, comme les décors restent et sont déjà payés, il y a de plus en plus d’argent pour les tournages. Ma plus grosse scène a pris quatre jours de travail. Mais tout est plus long sur un plateau aussi gros. »

En langue d’oïl

La série fait appel à des réalisateurs contractuels notamment parce qu’elle est écrite in extremis par son créateur Michel Hirst et son équipe. Le relais aux commandes n’impose pas pour autant une sorte d’unité factice.

« Il faut rester dans cet univers, évidemment, mais les producteurs m’ont constamment encouragé à me laisser aller, à explorer, à essayer des affaires. Je pense avoir apporté ma touche. Ceux qui connaissent mon travail vont le reconnaître. »

La coproduction a déjà employé à des cinéastes canadiens. Podz est le premier québécois. Elle embauche aussi plusieurs comédiens du pays, dont le Québécois Lothaire Bluteau en roi de France.

Vikings, souvent encensée, est parfois comparée à Game of Thrones, dont elle incarnerait la version plus réaliste, sans les échappées fantastiques. La fiction travaille les détails historiques tout en cherchant la vraisemblance au sujet d’une époque méconnue des contrées du soleil couchant.

La série se permet par exemple d’introduire les protagonistes dans leur langue d’origine avant de passer à l’anglais moderne. Un linguiste a validé les échanges en Norois et même en langue d’oïl, le très vieux français qui n’est plus parlé depuis un millénaire.

Élève studieux, Podz a lu tout ce qu’il pouvait sur le héros Lothbrok, y compris des sagas. Il ne peut trop en révéler sur les intrigues à venir, tout en précisant que ses épisodes charnières permettent au personnage principal de « faire le bilan de sa vie ». On découvrira tout cela vers la fin de l’année prochaine sur History Channel puis en français ici sur les chaînes Super Écran et Ztélé.

« C’est une magnifique carte de visite pour moi, conclut le réalisateur, en racontant avoir gardé contact avec plusieurs artistes et artisans de la série. J’espère être invité à nouveau sur ce plateau. J’espère aussi être invité sur d’autres séries. J’aimerais réaliser une série complète comme True Detective. J’aimerais aussi tourner de films à l’étranger. »

«Il faut rester dans cet univers, évidemment, mais les producteurs m’ont constamment encouragé à me laisser aller, à explorer, à essayer des affaires. Je pense avoir apporté ma touche. Ceux qui connaissent mon travail vont le reconnaître.»

Podz à propos de la série «Vikings»
1 commentaire
  • Diane Leclerc - Abonnée 10 novembre 2015 09 h 50

    Bravo !

    Bravo à notre Québécois ! Du talent à revendre.