La francophonie canadienne à l’écran

La population autour de Caraquet avait développé une grande passion pour «Belle-Baie».
Photo: ICI Radio-Canada La population autour de Caraquet avait développé une grande passion pour «Belle-Baie».

Cécile Chevrier est la grande dame derrière la télé d’Acadie. Elle vient de coproduire la série Le clan, qui fait ses débuts samedi soir sur ICI Radio-Canada (RC) Télé. Mme Chevrier possède et dirige Phare-Est Média depuis 2006. Le catalogue de la compagnie fondée à Moncton en 1988 compte une centaine de productions, surtout des documentaires et des téléséries, dont les cinq saisons de Belle-Baie (2008-2012) également diffusées par RC. Cécile Chevrier a aussi été présidente de l’Alliance des producteurs francophones du Canada.​

Le clan se passe en partie en Acadie, avec des comédiens acadiens et québécois. La télésérie
Belle-Baie se passait dans la Baie-des-Chaleurs. Comment jugez-vous la place faite à votre partie de la francophonie canadienne dans la télé nationale ?

Je trouve qu’on ne nous fait pas assez de place. Je pourrais reprendre le discours sur le mandat national de Radio-Canada. Les gens du réseau haïssent ça pour mourir, on s’entend. Ce n’est donc pas populaire, mais c’est une réalité quand même : la télévision de Radio-Canada est financée par les fonds publics et ce n’est pas une télévision québécoise, je m’excuse. Sauf pour ce qui est du contenu, parce que là, oui, on dirait bien que Radio-Canada c’est une télévision québécoise. Il y a donc des millions de francophones hors Québec qui ne se voient jamais sur cet écran national, sans compter les francophiles qui voudraient aussi voir autre chose que des histoires en provenance du centre-ville de Montréal.

Pourquoi est-ce important de tourner et de diffuser vos histoires ?

Je vais répondre par une autre question : que diraient les Québécois si les réseaux de télé ne diffusaient que des émissions de France ? Ne pas exister à la télé, sur les écrans, ça revient à ne pas exister, quasiment. Pour moi, c’est fondamental. Pour les Acadiens, c’est fondamental. C’est d’ailleurs une des raisons qui expliquent que je sois devenue productrice. Je viens des îles de la Madeleine. Je suis installée à Moncton depuis longtemps. J’ai jugé à un moment donné que c’était essentiel pour les Acadiens de se voir à la télé et dans une perspective de modernité. Les gens éprouvent un tel sentiment de fierté en se voyant là, quand on leur raconte leurs histoires, leur réalité. Belle-Baie a été exemplaire de ce point de vue. La population autour de Caraquet a développé une grande passion pour cette série et les gens du sud-est de l’Acadie ont embarqué eux aussi. Quand on est revenu pour tourner Le clan, la réponse enthousiaste a été instantanée.

Ce sont des exceptions. Comment expliquez-vous la fermeture quasi totale de la fiction à votre réalité ?

Je dis toujours à ceux que cette situation fâche que les gens de Radio-Canada veulent toujours plus de Radio-Canada. Je leur dis : ce n’est pas parce que les dirigeants du télédiffuseur nous haïssent, c’est juste qu’ils aiment mieux continuer à se voir. Finalement, c’est un blocage structurel, un problème de culture d’entreprise.

Le nouveau gouvernement libéral fédéral a promis de refinancer RC/CBC. Souhaiteriez-vous que la bonification de l’enveloppe soit liée à l’obligation du diffuseur de mieux respecter le mandat qui l’oblige théoriquement à couvrir toutes les réalités canadiennes ?

Je ne sais pas dans quelle mesure le gouvernement peut imposer ce genre de normes. Je répète que c’est un problème de culture d’entreprise. Même si le gouvernement donne des directives, même si la haute direction souhaite des changements, si toute la culture de la boîte bloque, on n’avancera pas. Louis Lalande [vice-président des services français] et Sylvain Lafrance [son prédécesseur] sont des amis de la francophonie canadienne. Mais pour obtenir des changements profonds, il faudrait ébranler toute la pyramide. Et il n’y a rien de délibéré ou de méchant dans cette attitude. C’est loin des yeux, loin du coeur…

C’est ce qui explique que Le clan se déroule à la fois au Québec et en Acadie ?

Ce que je peux dire, c’est que moins on en fait, moins on a de chance d’en faire. Moi-même, je pense que je ne me risquerais pas à faire une production de série uniquement avec des Acadiens. Je sens encore qu’il faut flatter les Québécois. Très franchement, ça prend des vedettes, et les vedettes sont québécoises. Le Québec a eu l’heureuse idée de développer et d’entretenir un star-system. Nous, en Acadie, nous commençons à peine à travailler dans ce sens. Il faut des vedettes pour faire des émissions, et des émissions pour faire des vedettes.

1 commentaire
  • Denis Lanteigne - Abonné 31 octobre 2015 18 h 25

    Denis Lanteigne Caraquet

    Mme Chevrier dit les choses comme elles sont. Loin des yeux loin du coeur quelque soit le talent et les possibilités que les Acadiens peuvent offrir. Toutefois des portes s'ouvrent et ce justement avec des gens comme Mme Chevrier et co. et là , la magie opère. Merci à tous ces artisans qui croient et agistent.