Vingt ans plus tard

Diffusé à Historia, le documentaire «Dans les coulisses du référendum» donne particulièrement la parole à deux stratèges de l’ombre : Jean Royer et John Parisella.
Photo: Historia Diffusé à Historia, le documentaire «Dans les coulisses du référendum» donne particulièrement la parole à deux stratèges de l’ombre : Jean Royer et John Parisella.

Soir du 30 octobre 1995, référendum historique sur l’avenir du Québec. Dans le camp du Oui, après y avoir cru en début de soirée avec le dépouillement des premières boîtes de scrutin, la désillusion est complète. Et dans le camp du Non, ce n’est pas la joie. Plutôt un immense soulagement, avec le sentiment d’avoir frôlé le désastre.

Vingt ans plus tard, rien n’est vraiment réglé. Pour souligner cet anniversaire, Historia propose un documentaire exclusif présenté par le nouveau retraité de Radio-Canada Simon Durivage, qui sera suivi d’une table ronde avec Mario Dumont, Jean-Martin Aussant et Stéphane Dion. De son côté, RDI présente une semaine complète de programmation spéciale.

Dans les coulisses

Chez Historia, donc, un documentaire d’une heure nous amène Dans les coulisses du référendum, en donnant particulièrement la parole à deux stratèges de l’ombre : Jean Royer, qui était alors chef de cabinet de Jacques Parizeau, et John Parisella, qui était conseiller principal de Daniel Johnson.

Les propos des deux hommes rejoignent ceux qu’on avait pu entendre dans le grand documentaire de Radio-Canada/CBC présenté il y a dix ans, Point de rupture, que RDI rediffuse pendant quatre soirs. Des propos qu’on pourrait ainsi résumer : les souverainistes étaient partis en campagne référendaire avec beaucoup d’inquiétude, les sondages situant toujours l’appui au Oui entre 40 et 45 %. C’est la décision de mettre en avant Lucien Bouchard, prise à contrecoeur par Jacques Parizeau, qui a fait frôler la victoire. De leur côté, les fédéralistes n’avaient aucun plan B en cas de défaite, ce qui est fort étonnant. C’est à la toute fin de la campagne qu’ils ont réagi pour tenter de redresser le navire.

Le document apporte quelques anecdotes inédites. Jean Royer déclare que le camp du Oui avait un espion chez ses adversaires, mais il ne dit pas qui. John Parisella, lui, soutient que le camp du Non n’avait pas d’espion de l’autre bord… Autre révélation : au lendemain du vote, Mario Dumont (qui faisait partie de la coalition pour le Oui avec le Parti québécois et le Bloc québécois) a carrément offert à Lucien Bouchard la chefferie de son parti, l’Action démocratique.

Le documentaire ne fouille pas tous les enjeux. Il livre peu de détails sur l’organisation et le financement du fameux love-in des fédéralistes à Montréal. Mais sa description de la soirée référendaire est assez saisissante. Jacques Parizeau y apparaît très seul, finalement. Jean-François Lisée lui avait écrit un discours qu’il met dans sa poche sans s’en préoccuper. Son entourage tente de lui expliquer que le résultat du vote représente une grande avancée, mais sa déception est trop grande. Jean Royer n’est même plus présent lorsqu’il monte sur scène pour faire son discours. Lorsqu’il prononce sa fameuse phrase sur l’argent et les votes ethniques, c’est la stupéfaction. « Ça venait défaire tout le rapport de force du Québec d’après [le référendum] », fait remarquer Éric Montigny, conseiller de Mario Dumont.

Royer décrit l’affreuse déception de Jacques Parizeau en ces termes : en début de soirée, le navire voyait le rivage, il voyait le pays… et plus la soirée avançait, plus le rivage s’éloignait…

Témoignages personnels

À RDI, la production originale de la semaine est un documentaire personnel et engagé de Danic Champoux, produit par le groupe Urbania. Le réalisateur, qui votait pour la première fois il y a 20 ans, est allé voir d’« anciens jeunes » qui avaient 20 ans en 1995. Certains d’entre eux sont connus — Mathieu Bock-Côté, Robin Aubert, Marc Cassivi, Daniel Boucher. Bock-Coté reprend d’ailleurs en entrevue une image similaire à celle de Royer dans le documentaire précédent : le soir du référendum, entre 20 h et 21 h 30, « j’ai vu le pays », dit-il… avant de voir ce même pays s’éloigner.

À travers les différents témoignages, une grande désillusion se dégage. Plusieurs étaient convaincus qu’un autre référendum allait suivre très bientôt, compte tenu du résultat si serré. « Jamais j’aurais pensé que vingt ans plus tard, on n’aurait pas notre pays, explique Daniel Boucher. L’idée que l’indépendance est une idée dépassée est en train d’entrer de façon insidieuse dans la tête des Québécois. »

Jennifer Lys Grenier, seule femme interviewée, avoue se sentir orpheline. « Il me tarde d’aller aux urnes et d’être excitée par quelque chose, dit-elle. On est nombreux à voter par dépit depuis vingt ans. »

Dans les coulisses du référendum

Historia, jeudi à 21 h, «Point de rupture», RDI, de dimanche à mercredi à 20 h et «Ça fait vingt ans», RDI, jeudi à 20 h.