Monsieur Pompadour

Jean-Philippe Wauthier : « Inévitablement, ma face va être plus vue cet automne. »
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Jean-Philippe Wauthier : « Inévitablement, ma face va être plus vue cet automne. »

Qu’elles le souhaitent ou non, certaines vedettes peuvent se réduire à un de leurs attributs typiques. Le regard de l’une. Le nez de l’autre. La corpulence de plusieurs.

La marque Jean-Philippe Wauthier se concentre dans « sa Pompadour ». Cette coiffure typique, popularisée par la favorite de Louis XV, fait tirer les cheveux vers l’arrière pour bien dégager le front. La Pompadour a périodiquement refait surface, avec maintenant un nouvel âge d’or inégalé depuis les années 1950 d’Elvis et de James Dean.

Les coiffeurs parlent aussi de banane décontractée. Jean-Philippe Wauthier promène une version moins rockabilly et plus soignée, parfaitement agencée à ses vêtements de marque tout aussi choisis avec soin. Ce hipster dandy est looké comme une sorte de Bekham des micros. Le jour du dévoilement de sa nouvelle émission, Les dieux de la danse, il portait un chapeau, des bermudas, une marinière et des souliers de ville lui donnant un air de villégiateur amish branché.

« Je m’excuse, je suis en short en plus, et Dominique n’aime pas ça », a-t-il lancé à la rigolade au parterre des journalistes et des artisans de la production de pirouettes et galipettes. La Dominique en question c’est Mme Chaloult, grande patronne de la télé radio-canadienne qui a eu l’idée de le placer à la barre de son nouveau show de danse du jeudi soir. « J’ai tout de suite pensé à lui, dit celle qui a connu son protégé à Télé-Québec. Et je savais bien que ça ferait débat par rapport à son image habituelle. »

 

Fond et forme

Le ramage est à la hauteur du plumage. Diplômé de sciences po, il a d’abord chroniqué pour des émissions d’infodivertissement (dont Infoman) avant de se tourner lui-même vers l’animation et la conception de productions radiophoniques (Le spornographe, La soirée est encore jeune), toujours sur ce ton enveloppant la désinvolture étudiée, le scepticisme constant, l’invective polie et la polémique gentillette dans une bonne dose d’humour.

Bref, Jean-Philippe Wauthier n’a pas vraiment un physique pour faire de la radio, et pourtant, c’est là qu’il a fait ses classes médiatiques et continue de briller.

Cette mixtion enviable de fond et de forme, de corps et d’esprit, en fait une bête à média qui ne pouvait qu’aboutir dans la boîte à images. Elle y est, et maintenant trois fois plutôt qu’une. En plus des Dieux de danse sur ICI Radio-Canada Télé, monsieur Pompadour continue de coanimer Deux hommes en or (Télé-Québec) et coproduit une version télé de son émission La soirée est encore jeune pour ICI ARTV.

« Je suis assez versatile, reconnaît-il sans fausse modestie. Je peux faire des entrevues politiques, je peux animer une émission d’actualité. C’est ce que je fais à TQ et à la radio. L’idée, maintenant, c’est de me faire connaître un peu plus largement et de voir si le public m’accepte comme ça. »

Et pourquoi pas ? Il faut bien oser sortir de sa zone de confort. Son très sérieux collègue Patrick Lagacé, l’autre Homme en or, a choisi de parler prostate à sa première chronique dans le cadre de la nouvelle émission Marina Orsini, l’après-midi à ICI Télé. Lui est déjà partout dans tous les médias, depuis longtemps.

En plus, M. Wauthier est tout nouveau papa, ce qui lui rajoute de la broue dans le beau toupet. Au moment de l’entrevue téléphonique, un peu après la conférence de presse montréalaise, il avait eu le temps d’enregistrer des capsules pour l’émission, de magasiner un évier et de faire un tour à la maison. Il se déplace en mobylette.

« Je travaille sept jours sur sept, avec des trous où j’essaie de passer le plus de temps possible avec ma blonde et mon petit gars. Je fais du mieux que je peux. J’ai un horaire de ministre, mais je ne règle pas de problèmes dans le monde : je fais juste de la TV. »

L’échelle Martineau

Pas juste de la TV. Avec les combines et les cumuls médiatiques, la menace de surexposition monte d’un petit cran sur l’échelle de Martineau, celle des éléphants médiacrates occupant toute la place sur toutes les plateformes. « Je suis peut-être la saveur de la saison, dit M. Wauthier. C’est dur de faire la part des choses entre ce que tu es et ce que tu veux être. En même temps, je commence dans ce métier, j’arrive à la télé. Je ne suis pas connu en fait. TQ reste une chaîne confidentielle. Inévitablement, ma face va être plus vue cet automne. »

Elle devrait y rester encore longtemps. Au départ des Deux hommes en or, le jeune surdoué semblait trop accroché à sa tablette électronique en guettant le moment de placer ses punchs préparés. Wauthier est beaucoup plus à l’aise ad lib, quand il fait confiance à son esprit fin pour lancer les traits et les piques.

Avec un peu d’imagination, on peut très bien l’imaginer au gouvernail d’une émission de fin de soirée, un talk-show à l’américaine où il servirait de contrepoids « dépeopolisé » et politisé au divertissant Éric Salvail du réseau V. L’idée peut d’autant plus lui être soumise que l’entrevue a eu lieu quelque heure avant l’installation de Stephen Colbert dans le fauteuil de Letterman au Late Show de CBS.

« J’adorerais ça évidemment, commente Monsieur Pompadour. Je n’ai pas de prétention et je dis simplement que j’adorerais recevoir des politiciens et des membres de l’Union des artistes sur le même plateau de variétés. Je trouve que ça manque. »

À rebrousse-poil

La popularité des télécrochets de danse, avec ou sans vedettes, ne fléchit pas. Radio-Canada n’avait pas la sienne depuis l’abandon du Match des étoiles en 2008. La correction est faite.

Les dieux de la danse, plus sobre, fait maintenant s’opposer des couples de personnalités assorties pour l’occasion : Émily Bégin et Sébastien Benoît, France Castel et Marc Hervieux, Marie-Claude Savard et Jean Airoldi… Le modèle tout simple enchaîne répétition, prestation et évaluation. Au bout de 48 artistes et treize semaines, un couple gagnant recevra la statue du dieu de la danse, soit 600 livres de plâtre sculptées sur une quinzaine de pieds de hauteur.

Personne n’attendait Jean-Philippe Wauthier à la barre de ce divertissement, lui le premier ne s’y voyait pas, et pourtant, ça marche très bien. La belle réussite d’ICI Radio-Canada Télé (jeudi, 20 h) s’explique en partie par la transposition du ton espiègle caractéristique de l’animateur, à la fois vif et piquant, avec une bonne dose d’autodérision.

Les juges ont été choisis en conséquence avec un gentil (le danseur Nico Archambault), une reine de la formule moqueuse (l’animatrice Chantal Lamarre) et un faux méchant (le metteur en scène Serge Denoncourt). Les participants aussi se prêtent au jeu doucereux, puisqu’ils acceptent de se retrouver du mauvais côté de la cognée ou du bon bord du plumeau.

« Il y a un peu de mordant, ce n’est pas consensuel sans être méchant, résume Jean-Philippe Wauthier. C’est un peu de la vie quoi. Tu peux accepter de te faire dire que tu danses comme un frigidaire, tout dépend de la manière… »
1 commentaire
  • Jean Lacoursière - Abonné 12 septembre 2015 08 h 15

    Un aboutissement souhaité

    "...une bête à média qui ne pouvait qu’aboutir dans la boîte à images."

    Puisse cet aboutissement se poursuivre jusqu'à la totalité, de sorte que je ne le retrouve plus dans ma boite à sons.