Quand le Québec sortait danser (plus souvent...)

«Sortons danser» se penche sur le rapport étroit qu’ont entrenu les Québécois avec cette forme de divertissement à travers le XXe siècle.
Photo: Historia «Sortons danser» se penche sur le rapport étroit qu’ont entrenu les Québécois avec cette forme de divertissement à travers le XXe siècle.

Historia n’offre pas une tonne de productions originales, comme c’est souvent le cas pour les canaux câblés québécois, qui doivent essentiellement construire leur programmation sur des acquisitions étrangères, et bien souvent américaines. La chaîne en service depuis maintenant 15 ans arrive heureusement à offrir bon an mal an une dizaine de courtes séries documentaires originales qui explorent des pans de notre histoire, celle avec un grand H, et le plus souvent avec un petit h, l’histoire populaire. La dernière née d’Historia, intitulée simplement Sortons danser, fait partie de cette vaste catégorie.

Comme son titre l’indique, cette minisérie en trois épisodes porte sur la petite histoire de la danse populaire dans le Québec du XXe siècle, et plus particulièrement sur le rapport étroit qu’ont entretenu les Québécois avec cette forme de divertissement, qui est devenue avec le temps pour certains une passion, une discipline « sportive ».

La série scénarisée et réalisée par Denise Payette (déjà rompue à cette recette « maison » de la chaîne, puisqu’elle a réalisé les triptyques À toi pour toujours. La petite histoire du mariage et Nos commerçants) se livre à une étude de nos habitudes de danse, surtout à l’évolution de la pratique des danses sociales depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Elle a surtout fait appel à des intervenants de « première main » pour documenter son propos : des danseurs amateurs de longue date, des professionnels et professeurs de danse, musiciens et chanteurs qui ont construit leur carrière sur l’engouement pour les soirées dansantes qui ont animé toute la province, surtout pendant les années 50 et 60. Quelques spécialistes d’histoire populaire et de l’histoire de la danse au Québec viennent ajouter une dimension un peu plus scientifique à ce portrait livré sur un ton émotif et nostalgique… mais pas du tout dénué d’intérêt. L’ensemble aurait peut-être eu avantage à être un peu resserré, puisqu’il y a beaucoup de redites. Deux épisodes un peu plus chargés auraient sans doute suffi… Cela dit, ceux qui se sentent interpellés par le sujet ne seront peut-être pas de cet avis.

Danser partout, tout le temps

Le premier épisode est consacré aux lieux qui ont été le théâtre de l’âge d’or des soirées dansantes, des salles et autres établissements pour la plupart disparus de nos jours. Des années folles à l’après-guerre, les danseurs des villes doivent se rendre dans les grands hôtels de Montréal et Québec, comme le Ritz Carleton et le Château Frontenac pour s’adonner à ce loisir « swignant ». Ces établissements réservés à une certaine élite accueillent de grands orchestres les soirs de fin de semaine pour faire valser l’auditoire. Progressivement, les cabarets, devenus fort populaires auprès des Québécois, mais aussi des Américains qui y ont trouvé leur compte pendant la prohibition, accueillent également des orchestres qui feront danser les foules jusqu’aux petites heures de la nuit. Au faîte de leur popularité dans les années 50, on en comptait plus de 200 dans la métropole et quelques-uns dans la capitale nationale, dont les très connus Mocambo, Casa Loma, Café Saint-Jacques à Montréal et Baril d’huîtres à Québec. Certains d’entre eux étaient même ouverts en après-midi pour accueillir une abondante clientèle dansante, souvent trop jeune pour fréquenter ce type d’établissement. Leur déclin correspond avec l’avènement de la télévision, cet objet de divertissement qui nous rendra paresseux…

L’avènement du rock et ses danses plus « individuelles » et la soudaine popularité des juke-box font déménager les planchers de danse populaire auprès de la jeunesse dans les restos du coin et les hôtels de la province.

À cette même époque, l’orée des années 60, se multiplient les salles de danse pour accueillir les baby-boomers alors adolescents qui commencent à sortir. Ces nouveaux refuges de la jeunesse dorée organisent des concours de danse, qui viennent ajouter au plaisir de la sortie. Le chanteur Sylvain Roger rappelle qu’il lui est arrivé de remporter une caisse de cola après avoir remporté l’une de ces compétitions. Les adultes, eux, se tournent plutôt vers le DoRéMi, dans le quartier Rosemont, qui a finalement fermé ses portes à la fin des années 2000. Chacha, rumba, et même messe de minuit organisée dans cette populaire salle y faisaient le plaisir des amateurs de danse sociale.

La belle saison offre aussi son lot de lieux où il fait bon lâcher son fou : le parc Belmont, et la place des Nations deviendront des endroits de prédilection pour aller danser, tout comme une flopée de plages, clubs nautiques, et autres lieux de villégiature pour les urbains en vacances. On nous donne l’exemple du village de Saint-Gabriel-de-Brandon, un haut lieu de la danse dans les années 60 avec ses 17 hôtels et de nombreuses salles ouvertes pendant la belle saison.

Les deux autres épisodes poursuivent sur l’enseignement de la danse, qui prend ses racines à Montréal à la fin du XIXe siècle, et sur la multiplication des écoles de danse sociale dans les années 50 et 60, qui connaîtront des passages à vide à la fin de cette décennie pour renaître avec l’avènement du disco et la démocratisation de l’accès à cet enseignement grâce aux cours de groupe et à des formules hybrides. La série se penche finalement sur les moyens de diffusion et de promotion de la danse populaire : les médias de masse que sont la radio et la télévision, puis les compétitions de danse, de plus en plus organisées et à portée « internationale », un modèle qui fera éventuellement des « émules » au petit écran et qui redonnera le goût à plusieurs de fréquenter les planchers de danse, comme dans le temps…

Sortons danser

Historia, mercredi, 22 h



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