Décrypter les règles du jeu des trônes

L’épopée sanguinolente de «Game of Thrones» multiplie éviscérations et massacres avec plus de 456 morts recensés en quatre saisons au petit écran.
Photo: HBO L’épopée sanguinolente de «Game of Thrones» multiplie éviscérations et massacres avec plus de 456 morts recensés en quatre saisons au petit écran.

Encore plus d’éviscérations. Toujours plus de massacres. Comme un tableau vivant de Jérôme Bosch. Ou un croisement entre Le seigneur des anneaux et Les Soprano, ou entre Dynastie et Shakespeare. Des rois et des reines à profusion, trois dragons, un nain et un tas de prétendants au trône de fer plus roués que Richard III. La série mondiale de la décennie reprend du service ce dimanche pour une cinquième saison. Voici quelques pistes — huit en tout, autant que les saisons prévues — pour s’y retrouver ou s’y préparer.

Un livre. La série télé de HBO, diffusée depuis 2011, est une adaptation des romans de George R. R. Martin publiés depuis 1996. L’histoire se situe dans un Moyen Âge irréel sur des continents fictifs où sept maisons se disputent le Trône de fer (c’est le titre de l’adaptation française diffusée ici par Super Écran et AddikTV). Avec la cinquième saison, la production rattrape le dernier volume publié. Cette manne sera épuisée avant la fin de la prochaine saison, alors que le plan de tournage en prévoit huit. Les producteurs ont annoncé qu’ils travailleraient ensuite à partir de canevas fournis par le romancier, qui devancera ainsi à l’écran sa vision littéraire prévue s’étendre sur sept volumes. Bref, la série va bientôt « spoiler » les livres.

Des encyclopédies. L’univers imaginé par le romancier et les scénaristes David Benioff et D. B. Weiss est tellement riche et complexe qu’il a engendré des encyclopédies complètes, des wikis, en plusieurs langues, dont l’allemand, le turc et le néerlandais. Celle en français, baptisée La garde de nuit, comporte déjà plus de 6340 articles proposant des portraits des personnages, des royaumes et des sociétés en lutte, de leur climatologie comme de leurs armes.

Un documentaire. Comment se fabrique une série capable de susciter les passions mondiales ? Avec beaucoup, beaucoup de moyens, évidemment. Ils sont mis en évidence dans le documentaire A Day in the Life, disponible en ligne sur le site du diffuseur HBO. On y suit le tournage de la cinquième saison pendant 240 jours (et plusieurs nuits) sur quelque 150 plateaux répartis dans cinq pays. Les équipes emploient plus de 1000 techniciens, 166 acteurs principaux et environ 5000 figurants. Quand la compagnie de production a fait un appel pour trouver 600 figurants pour des scènes tournées en Andalousie pour la cinquième saison, elle a reçu 86 000 candidatures. 

 

Des retombées. La série s’ancre dans la ville croate de Dubrovnik, en Irlande du Nord, en Islande, à Malte et maintenant en Espagne, où le palais de l’Alhambra de Grenade, la plus majestueuse acropole médiévale, a été fermé aux touristes pour quelques jours. Le désagrément sera largement compensé par les hordes de nouveaux visiteurs qui viendront à la rencontre des lieux phares de la série. Le maire de Dubrovnik, transformée en King’s Landing, a indiqué que la moitié des 10 % de croissance annuelle du chiffre d’affaires du secteur touristique était attribuable aux fans en pèlerinage.

Une synthèse. Quatre saisons du Trône de fer en quatre minutes : c’est le défi relevé haut la main par le site du journal Le Monde, en français ou en anglais, s’il vous plaît, la synthèse ayant tout pour faire le tour du monde, comme la production télé elle-même. Le tour de force utilise des cartes et des explications en voix hors champ, mais pas d’extraits de la série qui auraient alourdi et allongé la proposition. Le résultat serré fait comprendre les forces en présence, les enjeux et les principaux rebondissements de cette course sanglante au pouvoir suprême. 

Des morts. Un slogan célèbre de la série annonce « Valar Morghulis » en haut valérien, langue imaginée de ce monde inventé. Ce qui veut dire : tous les hommes doivent mourir. Il en meurt effectivement beaucoup, le meurtre, y compris et surtout de personnages centraux, fournissant une très riche matière à surprises à cette complexe machine narrative. Il y en a donc beaucoup, mais combien ? Le Washington Post a recensé tous les morts des premières saisons pour arriver à un grand total de 456. La quatrième saison s’avère la plus létale avec 182 meurtres. Les fans savent que les noces peuvent être sanglantes. Les plus importantes disparitions pour l’intrigue ont droit à un rappel détaillé du moyen employé pour le trépas (le feu, l’épée, un animal, les mains nues, etc.). La classification cartographie et classifie aussi les lieux les plus mortels, King’s Landing remportant la triste palme avec 117 exécutions. En prime, un blogue du très sérieux journal propose une liste des dix morts les plus spectaculaires (ou choquantes) jusqu’ici. 

Des nus. La série est souvent accusée de racolage par le sexe, avec une forte propension à déshabiller les belles jeunes femmes qui défendent par ailleurs des rôles puissants dans un univers macho et patriarcal. La critique Sam Moore de Yahoo TV a carrément parlé d’une série sexiste « malgré des personnages forts comme ceux de Cersei, Daenerys et Arya ». L’écrivaine britannique Danielle Henderson trouve la production infréquentable, surtout depuis la scène de viol de la dernière saison. Le prince Jaime Lannister violait sa soeur la reine régente Cersei devant le corps de leur enfant mort (vous avez bien lu). Les créateurs ont été obligés de défendre leur choix. « C’est une série télé avec un scénario qui parle de deux personnes qui ont une relation dysfonctionnelle. Ce n’est pas sain », a expliqué le comédien danois Nikolaj Coster-Waldau, qui interprète Jaime Lannister.

Des philosophies. Est-ce seulement une série réactionnaire ? Il y a beaucoup de marginaux dans cette production. Le personnage central est un nain, Tyrion Lannister, magnifiquement joué par Peter Dinklage. On y croise aussi l’eunuque Varys et l’aveugle Targaryen, mais aussi un colosse niais (Hodor) et une androgyne soldate (Brienne). La philosophe Sandra Laugier, fan de la production, y voit une fiction « transgénérationnelle, transgenre et grand public » aux indéniables qualités pédagogiques. Un autre philosophe, Thibault de Saint-Maurice, y observe un monde sartrien où chacun peut se réinventer en niant sa condition originelle. Pablo Iglesias, leader espagnol du mouvement Podemos, a consacré un essai aux leçons politiques de Juego de tronos intitulé Ganar o morir (Gagner ou mourir). The Guardian a même proposé une étonnante perspective marxiste sur ce monde fantaisiste qui concentrerait la crise du féodalisme avant la poussée du capitalisme, avec en toile de fond une féroce lutte des classes. Dans ce cas, la maison Lannister serait menacée parce qu’elle est très endettée après avoir épuisé les ressources de ses mines d’or. Selon ce modèle, le pouvoir des marchands ne pourra que s’affermir. Le problème, c’est qu’on ne les voit pas dans le portrait général brossé jusqu’ici…

2 commentaires
  • André Savary - Abonné 11 avril 2015 11 h 42

    games of thrones...

    Je me suis abonné a HBO...et je pratique mon anglais!!!
    Je suis devenu dépendant suite à la première saison en DVD...ensuite 2, 3 et 4... Toujours en anglais (avec sous titre anglais) Alors saison 5 ça commence demain soir!!
    Violent, sexiste... peut importe la critique ou les critiques!!!

  • Jacques Gagnon - Abonné 12 avril 2015 23 h 38

    Un bémol

    S'il y avait un dragon dans House of Cards, ça me couperait tout le plaisir. Pour moi, c'est comme Le Seigneur des Anneaux. Pourquoi les dragons ?