L’argent pousse dans les arbres

Ce documentaire traite autant des enjeux politiques de l’industrie acéricole que de l’origine du sirop d’érable, de sa composition et de ses effets sur la santé.
Photo: Canal D Ce documentaire traite autant des enjeux politiques de l’industrie acéricole que de l’origine du sirop d’érable, de sa composition et de ses effets sur la santé.

En 2012, un vol spectaculaire survenait dans l’entrepôt de la Fédération des producteurs acéricoles du Québec, à Saint-Louis de Blandford. Six millions de livres de sirop d’érable, d’une valeur totalisant des dizaines de millions de dollars, avaient été subtilisés dans les barils abritant la « réserve mondiale stratégique » de la Fédération.

Plusieurs suspects ont été accusés dans cette affaire, qui avait des ramifications jusqu’en Ontario, au Nouveau-Brunswick et aux États-Unis. Les procès sont à suivre, mais tout porte à croire que ce sont des opposants à la réglementation stricte imposée par la Fédération aux producteurs de sirop d’érable qui auraient fait le coup.

C’est que le sirop d’érable, cet or blond qui jaillira avec le printemps dans les forêts québécoises, vaut cher. Trente-deux dollars le gallon lorsqu’il est de première qualité (A), soit treize fois le prix du pétrole. Le Québec en est le plus important producteur au monde.

C’est ce que raconte ce documentaire qui traite autant des enjeux politiques de l’industrie acéricole que de l’origine du sirop d’érable, de sa composition et de ses effets sur la santé. Le précieux sirop, issu de la sève qui retombe de l’arbre après l’avoir nourri au printemps, porterait en effet un antioxydant puissant, surnommé le Quebecol par un chercheur du Rhode Island, qui agirait entre autres comme anti-inflammatoire.

Mais pour contrôler la circulation de ce « trésor national », la Fédération est très stricte. Les producteurs ont des quotas à observer et doivent céder leur surplus à la Fédération, qui les met en réserve. Les prix sont aussi fixés collectivement.

C’est un contrôle serré qui déplaît à de nombreux producteurs. « Je n’ai pas la liberté de vendre mon sirop à qui je le veux et au prix que je le veux », déplore l’un des producteurs interrogés dans ce documentaire.

Selon la réglementation en vigueur, l’ensemble de la production de sirop d’érable est analysé et coté selon différents labels de qualité. On trouve du sirop Canada extra-clair, clair, médium, ambré et foncé. Et les prix sont fixés en fonction d’une grille préétablie. « C’est unique dans le monde que l’ensemble de la production soit ainsi vérifié », reconnaît Simon Trépanier, de la Fédération des producteurs acéricoles du Québec. « La réglementation tue le romantisme », se plaint un autre producteur interrogé dans le documentaire.

C’est dans ce contexte de contrôle très serré de la production que le marché noir du sirop d’érable a fait son apparition. L’un des suspects dans le vol de Saint-Louis de Blandford, Étienne Saint-Pierre, qui a récemment été soumis aux détecteurs de mensonges par la Sûreté du Québec, faisait des affaires également au Nouveau-Brunswick et soutient donc qu’il n’est pas soumis aux règlements québécois.

À ce jour, le Québec produit toujours 75 % du sirop d’érable qui circule dans le monde. Il en a exporté pour plus de 200 millions de dollars en 2013 seulement. Les producteurs visent aussi à développer bientôt le marché prometteur de l’Asie. Le Japon en est désormais le deuxième importateur au monde après les États-Unis. On y utiliserait notamment le sirop d’érable pour faire des produits diététiques (!). La Chine, au potentiel infini, pourrait aussi tomber sous le charme de l’or sucré.

Dans ce contexte, la concurrence affûte ses armes. L’État de New York subventionnerait sa propre industrie du sirop d’érable, soutient-on dans le reportage, comme l’État du Maine ou celui du Vermont. Les produits de l’érable se diversifient aussi. On produit de la moutarde à l’érable, de la fleur de sel à l’érable et même des soins corporels à l’érable. Des « perles d’érable », issues de la nouvelle cuisine moléculaire, peuvent être déposées jusque dans le champagne. La compagnie SEVA commercialise aussi l’eau d’érable brute.

Les autochtones ont sans doute, les premiers, découvert les vertus et les parfums de l’eau et du sirop d’érable, qu’ils consommaient pour prendre des forces au moment de partir à la chasse. Jacques Cartier en aurait peut-être trouvé par hasard en coupant un érable. Mais on en trouve désormais à peu près partout au Québec, et ce, même à Montréal, où les délices de l’érable sont dégustés, lorsque vient la saison, au beau milieu des parcs.

Docu-D: Sirop en folie!

Canal D, dimanche 22 mars à 21 h. En rediffusion jeudi 26 mars à 2 h et vendredi 27 mars à 15 h.



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