Le rêve de Champlain, toujours vivant

Le comédien Maxime Le Flaguais (au centre) incarne l’explorateur, cartographe et écrivain Samuel de Champlain.
Photo: Martin Lipman Le comédien Maxime Le Flaguais (au centre) incarne l’explorateur, cartographe et écrivain Samuel de Champlain.

Champlain ? Le pont, le mail, la place, le restaurant, l’école, le collège, les taxis, la promenade, le boulevard, le château, le parc, la ville, le collège, la mer.

Oui, bien sûr, et plus encore. Mais qui est vraiment ce Samuel de Champlain omniprésent ?

Pour le comprendre, de notre temps, ici et maintenant, il faut lire Le rêve de Champlain, monumentale biographie de l’Américain David Hackett Fischer, traduite par Boréal, maintenant transposée à l’écran en six volets de trente minutes chacun diffusés par TFO à compter de cette semaine.

La série docufiction entremêle la vulgarisation savante et les reconstitutions historiques. Le comédien Maxime Le Flaguais incarne l’explorateur, cartographe et écrivain. L’animatrice Marie-Louise Arsenault sert de guide générale avec des « correspondants » sur les lieux de mémoire, au Canada, aux États-Unis et en Europe, de Brouage, ville d’origine de Champlain, à Cape-Cod, Tadoussac ou Québec, partout où il est encore possible de traquer les indices de ses aventures et les effets multicentenaires de ses découvertes.

Au premier épisode, on suit les expériences formatrices du héros né pendant les guerres de religion du XVIe siècle, qui vont faire des millions de morts en France avant la pacification par l’édit de Nantes (1598). Le document rappelle l’hypothèse pesante voulant que Champlain ait été un bâtard de l’architecte de cette paix tolérante, le roi Henri IV, surnommé le Vert galant en raison de ses nombreuses conquêtes. Il est peut-être même un protestant converti au catholicisme. Une reconstitution le montre alors qu’il espionne les Espagnols dans leurs colonies des Caraïbes, où il découvre un empire bâti sur l’exploitation massive et féroce des terres conquises et de leurs habitants, contre-exemple inhumain de sa future Nouvelle-France.

« C’est un travail remarquable », a dit David Hackett Fischer, rencontré après la diffusion de presse. Le savant a découvert la production en même temps que les journalistes. « Je crois que la série réussit à faire deux choses en même temps. Premièrement, elle prend beaucoup de soin pour respecter les histoires, non seulement celle que j’ai racontée, mais aussi celles de plusieurs autres historiens qui apparaissent d’ailleurs dans le documentaire. Deuxièmement, la série capture l’énergie du personnage et de son entreprise. Et ce n’était pas facile de combiner aussi agréablement ces deux perspectives. » 

Un creuset de tolérance

Le professeur Hackett Fischer est rattaché à l’Université Brandeis, près de Boston. Il a remporté un prestigieux prix Pulitzer pour son livre Washington‘s Crossing (2004) portant sur « les moments charnières de l’histoire américaine ». Il a expliqué au parterre rassemblé pour le visionnement de presse cette semaine à Montréal que l’idée du livre sur Champlain lui est venue alors qu’il devait prononcer une conférence sur le passage de Champlain dans le Maine.

Il explique maintenant comment l’historiographie a évolué autour de cette phase charnière de l’histoire du monde. « Pendant une première période, les Européens étaient décrits comme les civilisateurs et les Indiens comme des sauvages. Puis les Européens ont été condamnés à cause des crimes commis contre les habitants du Nouveau Monde. Maintenant, les historiens réexaminent cette période en sortant des clichés autour des bons et des méchants. Il faut aussi comprendre les différents effets produits sur le continent quand ces groupes se sont rencontrés. On voit alors les différentes solutions proposées à des problèmes qui nous concernent toujours aujourd’hui aux États-Unis ou au Canada. Et dans ce cadre, Champlain nous enseigne encore de grandes leçons. »

Pour lui, cette pédagogie historique s’ancre dans des valeurs « profondément humanistes » qui ont permis d’unir les influences européennes et amérindiennes pour créer une identité métissée, interculturelle dirait-on maintenant. Des historiens plus critiques ont mis des bémols sur cette vision idéalisée et tolérante, tout en reconnaissant que le rêve de Champlain n’est pas devenu le cauchemar observé dans d’autres recoins de la neuve partie de cette terre des hommes.

Un modèle pédagogique

Le parpaing de référence d’environ 1000 pages est paru en 2008, au 400e anniversaire de l’installation de Champlain à Québec. Le documentaire est diffusé quatre siècles exactement après le passage de l’explorateur dans la région de l’Outaouais.

« Nous cherchions un projet pour cette commémoration quand la lecture du Rêve de Champlain m’a complètement séduit, explique Glenn O’Farrell, président et chef de la direction de TFO. Pour moi, cette lecture a été une sorte d’épiphanie. C’était très ambitieux pour nous de nous lancer dans cette production. Nous sommes une chaîne multimédia qui fait surtout dans l’éducatif pour les 2 à 12 ans, avec du cinéma en soirée pour les adultes. C’est notre plus grand chantier à vie, avec encore une fois une forte valeur pédagogique. »

La série a coûté environ 4 millions de dollars. La production diffusée par TFO (en grand débrouillage pour l’occasion au Québec) sera reprise par Télé-Québec et Canal Savoir.

Reste maintenant à souhaiter que cette fabuleuse histoire puisse aussi inspirer des fictions, peu importe sous quelles formes. Un exceptionnel historien vient de recomposer un Champlain pour notre temps. Il serait intéressant que des cinéastes ou des romanciers d’ici ou d’ailleurs s’inspirent de ce personnage plus grand que nature pour faire rêver autrement.

« Il est important de se répéter que cette histoire est riche et universelle, qu’elle est porteuse de valeurs et de leçons encore valables, conclut le directeur O’Farrell. Un historien américain est venu nous le rappeler. Il est temps de bien se le raconter à nous-mêmes. »

La tablette de Samuel

Plusieurs déclinaisons numériques accompagnent la diffusion de la série : un site pour l’émission ; un site pédagogique bourré de renseignements et de suggestions d’activités thématiques dans plusieurs matières scolaires ; un jeu pour tablettes (Le petit Champlain, disponible à compter de lundi) ; un jeu Web de stratégie (Champlain 1603 : le Nouveau Monde, à compter de juin) ; une application pour pénétrer dans l’univers intime de l’explorateur.

« En téléchargeant l’application, votre tablette vous donne l’impression de naviguer dans la tablette de Champlain, explique le patron de TFO, Glenn O’Farrell. Vous avez même accès à son compte Twitter et à sa page Facebook. On découvre par exemple que son capitaine, Pont-Gravé, est ami Facebook avec lui. Vous voyez comment il aurait interagi, comment il aurait mené ses affaires dans notre monde. L’idée, c’est de rendre cette riche histoire disponible et accessible. »

Pour aller plus loin

Regarder un entretien de l'auteur David Hackett Fischer et de son épouse — aussi collaboratrice — Judy Fischer accordé à l'émission 360tfo.

Le rêve de Champlain

TFO, tous les lundis, à 21 h, à compter du 16 mars

1 commentaire
  • Sylvio Le Blanc - Abonné 16 mars 2015 13 h 29

    Des millions ? J'en doute sérieusement.

    « Au premier épisode, on suit les expériences formatrices du héros né pendant les guerres de religion du XVIe siècle, qui vont faire des millions de morts en France avant la pacification par l’édit de Nantes (1598). »