Bébés à vendre: la fiction et la réalité

La série de fiction «Le berceau des anges» est inspirée de la découverte, en 1954, d'un marché noir de bébés québécois illégitimes.
Photo: Séries + La série de fiction «Le berceau des anges» est inspirée de la découverte, en 1954, d'un marché noir de bébés québécois illégitimes.

Les chaînes spécialisées québécoises appartenant à Cogeco tentent de marquer un grand coup cette semaine en présentant un projet commun : Le berceau des anges, à la fois une série de fiction inspirée de « faits réels » et un documentaire qui donne un éclairage plus « historique » à ces faits : la mise au jour d’un réseau de vente d’un millier de bébés québécois nés de mères célibataires, principalement à des couples juifs fortunés américains et du Canada anglais, en 1954.

Un grand coup parce que Séries + a choisi de diffuser cette production originale en rafale, quatre soirs de suite, plutôt que d’opter pour la traditionnelle présentation d’un épisode par semaine. Le changement d’habitudes des téléspectateurs, qui sont de plus en plus enclins à engloutir tout d’un coup les séries qu’ils regardent, y est sans doute pour quelque chose. Historia complète cette offre en diffusant son documentaire, qui démêle la réalité de la fiction, tout de suite après le générique de fin du dernier épisode.

La série Le berceau des anges raconte en parallèle l’enquête conjointe des polices new-yorkaise et québécoise (la « police provinciale » n’est pas clairement nommée…) pour mettre la main au collet des responsables des cliniques privées montréalaises qui s’adonnent à ce commerce immoral ainsi que le destin d’une jeune mère célibataire en devenir débarquée dans la métropole pour donner naissance à son enfant à l’hôpital de la Rédemption et qui le fuit pour aller dans une de ces fameuses cliniques privées dans l’espoir de pouvoir garder son bébé.

Pour donner vie à cette série historique, on a fait appel à un vieux routier en la matière, le scénariste et écrivain Jacques Savoie (Les Lavigueur, la vraie histoire, Les orphelins de Duplessis, Bombardier), et au réalisateur Ricardo Troggi (1987, Montréal-Québec). À la lumière des deux premiers épisodes, on est tentée de dire que Le berceau des anges ne passera pas à l’histoire. Les interprètes, au premier chef Sébastien Delorme et Ève Durenceau en enquêteurs en action et Sandrine Bisson en vendeuse de bébés peu recommandable, font ce qu’ils peuvent pour rendre crédibles leurs personnages relativement unidimensionnels.

La réalisation de Troggi, compétente dans les circonstances, n’arrive pas à camoufler les lacunes du scénario, convenu, qui manque de références historiques claires et qui déplace même des événements quelques mois après qu’ils sont réellement arrivés… C’est du moins ce qu’on comprend en écoutant le volet documentaire, certes pas très bien pourvu en matière d’archives visuelles, mais fort instructif pour comprendre la nature de ce commerce troublant qui avait d’abord été révélé par… un journaliste du Devoir et ses conséquences à long terme. Cela dit, il est fort probable que la seconde moitié de la série soit plus réussie. C’est ce qui est souhaitable pour un sujet aussi intéressant, riche et pertinent. À voir, malgré ce début pas très convaincant.

Séries +, du lundi 16 au jeudi 19 mars à 21 h

Le berceau des anges

Historia, jeudi 19 mars à 22 h

Le berceau des anges : le documentaire