La pression monte pour le retrait de la licence de MAtv

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Vidéotron doit perdre sa licence d’exploitation de MAtv et une véritable télé communautaire montréalaise doit prendre le relais, selon l’Association canadienne des usagers et chaînes de télévision communautaire (CACTUS, d’après l’acronyme anglophone).

Le regroupement trouve donc que le jugement rendu récemment par le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) ne va pas assez loin. Après avoir reçu une plainte en janvier 2014 pour non-conformité du mandat, l’organisme fédéral, gardien des ondes, a établi que MAtv, la télé communautaire gérée par Vidéotron à Montréal, remplit effectivement mal son mandat. La chaîne ne fait pas assez de place aux groupes communautaires dans sa programmation et elle couvre trop peu de sujets locaux.

Le Conseil exige des redressements d’ici le renouvellement de la licence en août. Un comité consultatif sur la programmation doit voir le jour d’ici le 15 mars.

Par contre, le jugement refuse de retirer MAtv à Vidéotron pour la remettre au groupe TVCI, qui a déposé la plainte et qui souhaite toujours prendre le relais. Cette possibilité de transfert existe depuis 2002, mais n’a jamais été appliquée.

« Nous avons accompagné TVCI dans sa démarche pour transférer la licence de Vidéotron, précisément pour tester le règlement sur la non-conformité du mandat », explique Cathy Edwards, directrice de CACTUS. « Personne n’avait confiance dans la possibilité d’aller au bout du processus. C’est la première fois que la règle réussit le test et Vidéotron est le cas parfait puisque les plaintes à son endroit s’accumulent depuis plus de dix ans. »

CACTUS demande une réunion avec des représentants du CRTC dans l’intention de savoir « pourquoi ils n’ont pas suivi leur propre politique », comme le résume Mme Edwards. Elle veut aussi savoir « s’il vaut la peine pour nous d’encourager d’autres groupes à travers le pays à faire une demande pour gérer leurs télés communautaires » non conformes, le cas échéant.

L’organisme incorporé en 2010 rappelle que le problème persiste au pays depuis des années. « Le Canada a déjà compté plus de 300 chaînes communautaires, dit la directrice. Il en reste moins d’une centaine. Nous militons pour la création d’un fonds d’accès communautaire qui serait alimenté par les distributeurs. Le CRTC refuse et l’argent est toujours géré par les câblos. »

La Fédération des télévisions communautaires autonomes du Québec n’a pas l’intention de réagir pour prendre position dans ce conflit. « C’est sûr que nous, de prime abord, nous sommes pour les télévisions communautaires autonomes, dit Amélie Hinse, directrice générale de la Fédération. Mais TVCI n’est pas membre chez nous. Donc nous n’avons pas vraiment de position à prendre. »

Le groupe représente une quarantaine de télévisions communautaires autonomes du Québec. MAtv, lié au diffuseur, n’en fait pas partie, comme une dizaine d’autres chaînes du genre. « Nous défendons les principes derrière la décision du CRTC », répète Mme Hinse.

TVCI aussi a contacté le CRTC. Le regroupement veut se faire expliquer plus en détail le mode d’évaluation de la grille de MAtv, au coeur du litige. Le CRTC évalue que 30 % de la programmation est dite d’accès, soit celle produite par des membres de la communauté. Le seuil exigé est de 45 %. La programmation dite locale, elle, doit refléter « la réalité de la collectivité ». Elle est présentement de 37,5 %, alors qu’elle devrait atteindre 60 %.

TVCI, un projet porté par des représentants de groupes communautaires, demande aussi à pouvoir faire partie du comité de révision de la programmation que doit mettre en place Vidéotron dans les prochaines semaines.

Le diffuseur lié à Québecor n’a toujours pas réagi à la décision du CRTC. Il a encore été impossible jeudi d’obtenir une entrevue.