Les derniers jours des condamnés

Le documentaire «Des adieux» suit des mourants en mettant l’accent sur ce quotidien qui s’en va, précieux butin de chacun accumulé au fil des ans.
Photo: ICI RDI Le documentaire «Des adieux» suit des mourants en mettant l’accent sur ce quotidien qui s’en va, précieux butin de chacun accumulé au fil des ans.

Le goût d’un légume, une caresse, un coup de vent dans les arbres : chaque petit rien prend une intensité nouvelle quand on le vit peut-être pour la dernière fois. Le documentaire Des adieux, de Carole Laganière, qui suit des mourants au cours de leur séjour à la maison de soins palliatifs Michel-Sarrazin à Québec, met l’accent sur ce quotidien qui s’en va, précieux butin de chacun, accumulé au fil des ans.

Sur les visages pourtant, peu de sourires percent à travers l’inquiétude palpable : celle de laisser ses proches, celle de souffrir, celle de ne pas connaître la suite. Penchée sur les malades, une médecin propose des solutions : supprimer les médicaments qui donnent la nausée à une mourante, par exemple, pour qu’elle retrouve le regain d’énergie qui lui permet, encore, de sourire.

Malgré la vue sur le jardin au gazon fraîchement coupé, malgré le son du piano dans le salon de la maison, on sent que la mort rôde et que personne n’y peut rien. Cette femme, par exemple, se fait coiffer, mais doit immédiatement après reposer sa tête sur l’oreiller, au risque d’abîmer sa coiffure.

Ne reste plus qu’à tenir la main des mourants. Qu’à les entendre égrener doucement leurs derniers souvenirs, comme ces framboises que telle mourante adorait cueillir, avant d’être dévorée par quatre cancers qui l’ont prise d’assaut en une seule nuit.

Car il y a aussi ceux qui restent. Une mourante ne dort pas parce que son mari a perdu 12 livres depuis qu’elle a quitté la maison. Pour lui, le bonheur se compose désormais de ces journées passées auprès de sa femme, avant de retourner, seul, entre les quatre murs de sa maison.

Il y a aussi ces questions auxquelles les mourants ne répondent plus, après un certain temps, parce qu’ils ont déjà un pied dans un autre monde, loin des vivants. C’est ce fossé qui se creuse entre les vivants et les mourants que le documentaire observe en silence. Un deuil que les bons soins des intervenants aident à faire, mais auquel ils ne peuvent pourtant pas remédier.

Grands reportages : Des adieux

ICI RDI, 20 h

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