Fictions télé et sociétés réelles

«Télé en série» se penche sur les histoires que l’on se fait raconter ici, au Québec, et dans deux autres contrées qui se démarquent par leur importante production télévisuelle.
Photo: Télé-Québec «Télé en série» se penche sur les histoires que l’on se fait raconter ici, au Québec, et dans deux autres contrées qui se démarquent par leur importante production télévisuelle.

On vient à peine de se souhaiter une bonne nouvelle année que déjà sonne l’heure de la « rentrée » hivernale de la télévision. Les grands réseaux laissent patienter un peu les fidèles de leurs plus populaires séries et téléromans, tandis que la plupart des chaînes spécialisées et la télévision publique québécoise lancent leurs nouveautés d’hiver cette semaine.

Dans ce lot, nous avons choisi d’accorder cet espace à un documentaire qui n’a pas de suite la semaine prochaine, mais qui aurait très bien pu s’étendre sur plusieurs épisodes. C’est d’ailleurs ce qu’il devait être au départ : une série documentaire. Et pas sur n’importe quel sujet : la fiction télévisuelle produite dans plusieurs coins de la planète et ce qu’elle dit sur ceux qui la regardent.

La maison de production Trio Orange (Voir, Formule Diaz) a dû ramener son projet à des dimensions plus « réalistes » : Télé en série se penche sur les histoires que l’on se fait raconter ici, au Québec, et dans deux autres contrées qui se démarquent par leur importante production télévisuelle. Et pas nécessairement les pays que l’on attendait dans ce détour...

On aurait pu s’imaginer un détour en Scandinavie, dont certaines séries des dernières années ont réussi à se frayer un chemin vers les petits écrans du monde entier, ou encore au Brésil, grand pays exportateur de telenovelas. Le guide de ce petit périple, Sébastien Diaz, nous emmène plutôt en Turquie, le deuxième pays producteur de séries télé et de téléromans après les États-Unis, et en Floride, plus précisément à Miami, où l’on fabrique de nombreux feuilletons hispanophones distribués en Amérique latine.

Histoires qui nous ressemblent

 

L’exercice d’observation débute chez nous, en compagnie d’acteurs importants de notre petit écran (François Avard, Jacques Davidts, Réjean Tremblay), qui admettent tous à leur façon que les Québécois recherchent avant tout à se reconnaître dans les fictions auxquelles ils sont fidèles. À cet effet, Guy Nadon, qui incarne plus souvent qu’à son tour une figure paternelle familière, résume bien le rôle des téléromans et autres séries de fiction qui occupent nos soirées : « une torche électrique qui éclaire un pan de la société ». L’acteur Réal Bossé, également coauteur de la très réaliste série policière 19-2, dépasse le constat en avançant que la télévision devrait dépasser la société.

Histoires d’émancipation

C’est un peu ce qu’arrive à faire la télévision turque, qui serait « en train de littéralement changer le monde ». Il faut dire que les séries produites en Turquie sont exportées dans 70 pays et que certaines atteignent jusqu’à 400 millions de téléspectateurs. Certaines d’entre elles se veulent d’une société « musulmane, moderne et prospère », parvenant à faire changer les mentalités et favorisant l’émancipation des femmes du monde arabo-musulman, même dans des sociétés très conservatrices. C’est le cas de Lovebird, une adaptation d’un classique de la littérature turque qui raconte la quête d’une jeune étudiante du début du XXe siècle aspirant à une carrière et à un mariage d’amour. Ce personnage féminin avant-gardiste devient une source d’espérance pour les téléspectatrices accros à cette série, autant dans leur vie que dans leur destination vacances... puisqu’elles se rendent à Istanbul pour voir les « décors » de leur feuilleton favori.

Rêve et opulence caractérisent donc la télévision de ce pays aux frontières de deux mondes. La superproduction Magnificent Century, qui romance des épisodes de la vie de Soliman le Magnifique, en est un très bel exemple : des costumes et décors somptueux et des scènes de batailles avec des centaines de figurants... On est loin de « l’austérité » québécoise...

Histoires distrayantes

 

Une visite des immenses studios de Latin Entertainment World laisse croire que l’« austérité » n’atteint pas non plus l’industrie télévisuelle hispanophone aux États-Unis. C’est ce qu’on peut constater dans ce dernier arrêt, qui s’attarde moins aux raisons du succès des telenovelas qui y sont créés — à part peut-être le divertissement de millions de Latinos des États-Unis et d’Amérique latine — qu’à la démesure des moyens consacrés à leur production. On y tourne tellement rapidement que les acteurs portent des oreillettes plutôt que d’apprendre les textes !

Quand on se compare, on se désole donc un peu en regardant ce portrait malheureusement trop partiel d’univers de création télévisuelle « dynamiques ». On en aurait pris beaucoup plus, plus en profondeur, et un peu partout dans le monde. L’exercice reste tout de même fort intéressant, et donnera peut-être des idées à des producteurs « fortunés » pour lui donner une suite...

«L’Agenda» 2015

L’Agenda change de format et de formule en 2015. Voici donc le dernier numéro de ce guide culturel créé il y a 15 ans. Mais voilà, chers lecteurs, les réalités financières qui sont les nôtres nous obligent à faire des choix, dont celui de réduire les coûts d’impression de L’Agenda sous format magazine. Vous trouverez à compter de samedi prochain un nouvel Agenda inséré dans le cahier Culture. Ce « guide des écrans », facile à consulter, rassemblera les suggestions de nos journalistes et de nos collaborateurs pour les émissions de télévision, les films à la télévision et au cinéma. Les horaires détaillés de cinéma seront disponibles sur notre site LeDevoir.com et dans Le Devoir sur tablette. Ne manquez pas ce nouveau rendez-vous !

Télé en série

Télé-Québec, 20 h. En rediffusion le mercredi 7 janvier à 13 h.



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