Par la porte d’en avant

Créé en mars 2010 par René Richard Cyr et Daniel Bélanger, le théâtre musical «Belles-soeurs» a été enregistré par Radio-Canada.
Photo: Ici Radio-Canada Créé en mars 2010 par René Richard Cyr et Daniel Bélanger, le théâtre musical «Belles-soeurs» a été enregistré par Radio-Canada.

Écrite en 1965, montée en 1968, la pièce Les belles-soeurs relate une condition féminine à cran et un Québec francophone engoncé dans ses carcans sociaux et religieux. Le regard de Michel Tremblay est aiguisé et empathique. Sa langue est au joual. Créé en mars 2010 par René Richard Cyr et Daniel Bélanger, le théâtre musical Belles-soeurs préserve tout cela, les chansons en plus. Bonne nouvelle : il subsistera une trace de ce succès retentissant puisqu’ICI Radio-Canada a réalisé une captation, comme au temps glorieux de ses téléthéâtres.

Dans sa cuisine du Plateau Mont-Royal, Germaine Lauzon pavoise. Gagnante d’un million de timbres-primes qui lui permettront de « toute se racheter en neu’ », elle a rameuté ses voisines pour l’aider à les coller tous. Envieuses, ces dernières déroberont timbres et superbe à la ménagère. René Richard Cyr démontre un instinct très sûr dans ses choix de mise en scène, comme lors du numéro Ode au bingo : à des paroles qui expriment une passion frénétique pour ladite activité, il oppose une action jouée au ralenti qui se meut en Dernière Cène. Saisissante, la séquence dilate un rare moment de bonheur.

Avec sa partition tantôt pimpante, tantôt de boîte à musique déréglée, Daniel Bélanger propose un habillage sonore qui rehausse et complète. Les comédiennes sont formidables, toutes autant qu’elles sont. Réunies sous couvert de solidarité, les belles-soeurs s’assènent critiques et jalousies, la mesquinerie de surface dissimulant mal une profonde détresse. Comme elles le chantent en choeur, elles sont « prises à la gorge » par une société dans laquelle les hommes et le clergé décident pour elles. De cette oppression naît un ressentiment délétère que les belles-soeurs s’infligent entre elles — sur qui d’autre peuvent-elles se défouler ? Or, chacune vit un drame : grossesse non désirée, homosexualité refoulée, prostitution, complexe d’infériorité, maltraitance...

Du passé, tout cela ? Réglé, le débat sur la laïcité ? Et celui sur l’avortement ? Et la question de la prostitution, et, tant qu’à y être, celle du partage de la richesse ? Campée au passé dans le texte, l’intrigue résonne au présent en son sous-texte. En filigrane, Michel Tremblay raconte l’aliénation et la haine de soi intériorisée. C’est de l’art, et du grand. Ainsi ces belles-soeurs ne sont-elles jamais monstrueuses, ni même antipathiques. Elles sont tragiques.

«L’Agenda» 2015

L’Agenda change de format et de formule en 2015. Voici donc le dernier numéro de ce guide culturel créé il y a 15 ans. Mais voilà, chers lecteurs, les réalités financières qui sont les nôtres nous obligent à faire des choix, dont celui de réduire les coûts d’impression de L’Agenda sous format magazine. Vous trouverez à compter de samedi prochain un nouvel Agenda inséré dans le cahier Culture. Ce « guide des écrans », facile à consulter, rassemblera les suggestions de nos journalistes et de nos collaborateurs pour les émissions de télévision, les films à la télévision et au cinéma. Les horaires détaillés de cinéma seront disponibles sur notre site LeDevoir.com et dans Le Devoir sur tablette. Ne manquez pas ce nouveau rendez-vous !

Belles-soeurs

ICI Radio-Canada, 20 h



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